•       J'aime à associer des enseignements de diverses voies pour trouver en quoi elles convergent. Sur la Vérité elles se retrouvent toutes.

          Voici deux déclarations concernant le lâcher-prise véritable (l'abandon de toute volonté de contrôle), l'une émanant de Ramana Maharshi (advaïta vedanta), l'autre de Chögyam Trungpa (bouddhisme tibétain, branche de la "folle sagesse").

     

     

    Ramana Maharshi

     

       « Celui qui s’abandonne au Soi, qui est Dieu, est un excellent dévot. S’abandonner à Dieu signifie se souvenir constamment du Soi. Tout fardeau que nous remettons à Dieu, Il le portera.

         Puisque le pouvoir suprême de Dieu anime tout, pourquoi ne pas nous y soumettre, plutôt que de nous tracasser de ce qui doit ou ne doit pas être accompli, et comment ? Sachant que le train transporte tous les bagages, pourquoi nous éreinter à porter nos petits bagages sur la tête, au lieu de les déposer dans le train et d’être à l’aise ? »

    RAMANA MAHARSHI (Qui Suis-Je )


     

    Chögyam Trungpa

     

    «  Nous devrions arrêter d’essayer de nous protéger et de nous améliorer. Il est possible que nous ayons entrevu la futilité de notre combat et que nous souhaitions lâcher prise, abandonner complètement nos efforts pour nous défendre.

         Le lâcher prise signifie s’ouvrir complètement, essayer d’aller au-delà de la fascination et de l’attente. Lâcher prise, cela veut aussi dire que l’on reconnaît les qualités rudes, grossières, maladroites et choquantes de son propre ego, et que cette reconnaissance est un abandon.

        Se tenir en estime ou se blâmer, ce sont là fondamentalement des tendances névrotiques qui proviennent de ce que nous n’avons pas suffisamment confiance en nous-mêmes, « confiance » dans le sens de voir ce que nous sommes, savoir ce que nous sommes, et savoir que nous pouvons nous permettre de nous ouvrir. La déception est le meilleur véhicule que l’on puisse utiliser sur le sentier du dharma. Elle infirme l’existence de notre ego et de ses rêves.

        Le point fondamental est qu’il est inutile de lutter si vous voulez vous ouvrir. Une fois que vous avez engagé vos pas dans le sentier, si vous abandonnez la lutte, cela règle tout le problème.  »

    CHÖGYAM TRUNGPA (Le matérialisme spirituel)

     

     


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    «   Ô mon coeur, ne te laisse pas décourager si facilement. Aie la foi ! Dans le monde caché il y a beaucoup de mystères, beaucoup de merveilles. Même si la planète entière menace ta vie, ne lâche pas la robe du Bien-Aimé même pour un souffle... »

    Rûmî

     

    Miniature persane

     

     


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           Quelques quatrains de Rûmî aujourd'hui, pour nous rappeler que quoi qu'il paraisse, nous baignons dans la Lumière. Quoi qu'il semble survenir, nous sommes en Paix.

        L'agitation possible de notre esprit qui s'inquiète, anticipe, s'affole, projette, suppose, n'est que le même tourbillon qui agite les éléments, comparable à un assaillant qui surgirait armé de cent épées acérées... Il n'a en fait aucune incidence sur notre Être intérieur, réel, qui demeure à jamais immaculé et parfaite sécurité...

     

    Rumi dansant

     

    Dans la pauvreté spirituelle, sois tout à fait pauvre, et dans la puissance, sois pur ;
    Armé de pauvreté et de pureté, viens au combat.
    Si ton ennemi se vante de posséder cent épées,
    Puisqu'il ne voit rien, où peut-il frapper ?


       Je pense que vous avez compris de quel combat il s'agit et de quel ennemi. Mais pourquoi ne voit-il rien ?... Poursuivons.


    Ce visage invisible, dont l'ennemi a entendu parler
    Et auquel il pense par analogie (avec lui-même)
    Est devenu manifeste comme le soleil :
    Où qu'il tourne son regard, l'ennemi ne le voit pas.


        Bien sûr ! Tout le monde sait que « l'Essentiel est invisible pour les yeux ». Vous savez donc où est l'ennemi ! Continuons...


    Si tu regardes l'extérieur, tu vois le visage de l'homme,
    Tu vois les créatures étranges de Byzance et de Khorassan.
    Dieu a dit : « Retourne-toi », et se retourner, c'est ceci :
    Regarder à l'intérieur, pour voir autre chose que l'homme.


       Ce Retourne-toi, on le traduit trop souvent par convertis-toi ou pire : repens-toi (je dis "pire" à cause du jeu de mots qui rappelle le désespoir de Judas). Mais on le retrouve pourtant dans les "Leçons de Ténèbres" (adaptations des Lamentations de Jérémie qui étaient chantées au XVIIe siècle au temps pascal) sous cette forme constamment répétée :

    Jerusalem, convertere ad Dominum Deum Tuum.
    « Jérusalem, tourne-toi vers le Seigneur Ton Dieu. »

       Voyons donc maintenant clairement ce qui attend celui qui réussit à se retourner vers le dedans de lui-même.

    Les neuf cieux sont les esclaves de notre nature autoritaire,
    L'existence est le ferment de la non-existence.
    De l'autre côté du voile se trouve quelqu'un qui est notre Mère ;
    Ce n'est pas nous-mêmes qui sommes venus, c'est notre ombre.


       Et qu'est-ce qu'une ombre, sinon l'inexistant ?...


    Veux-tu que se dévoile pour toi l'existence du Bien-Aimé ?
    Renonce aux apparences, pénètre le réel.
    Bien des voiles cachent Son essence !
    Il est immergé en Lui-même et les deux mondes sont immergés en Lui.


       Voyez que Celui qui plus haut est nommé Dieu, peut aussi être nommé Mère, puis Bien-Aimé... Tant de termes conviennent pour l'Innommable ! Mais voici pour finir le miracle dévoilé :


     La vision de ce Visage qui pour toi est Regard
    Est pour nous la Lumière du cœur et des yeux ;
    Ce même Visage qui, de l'aube de l'Être jusqu'à l'éternité,
    Ne cesse un seul instant de regarder ton visage...


    Quatrains extraits du livre Rubâi'Yât déjà cité 

     

       ... Et dans ce cas, ne baignons-nous pas en permanence dans la douce Lumière de la Paix ?

     

    Visible-invisible

     


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    Rûmî

     

     

    Mon Bien-Aimé m'a emmené dans un lieu de délices
    En-dehors du monde du corps et de l'âme.
    J'ai dit : « Je n'y vais pas », cherchant des prétextes.
    Il m'a dit : « Tu iras » et m'a emmené de force.

    Rûmî
    Rubâi'yât

     

          

    Le Cygne

     


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          Au moment où en ce monde se déchirent les contraires, tandis que s'élèvent de plus en plus haut les voix qui cherchent l'Éveil et l'Harmonie alors que d'autres (et parfois à leur insu les mêmes !) accusent, jugent, frappent et crient sans relâche contre leurs voisins, je me souviens de ces vers écrits par le musicien français d'origine russe Ivan Wyschnegradsky, que j'ai déjà si souvent évoqué sur ce blog :

     

    Ô Diversité de tout l’Être fleurissant dans une multitude de formes,
    Se manifestant dans une multitude de formes,
    Ô éternel remous de l’Existence !

    (Ivan Wyschnegradsky, La Journée de l'Existence)

    Bouddha

     


        L'Être est unique, vivant ; et dans sa forme vivante, palpite d'innombrables façons, même s'il s'agit d'une lutte apparente puisque la lutte est l'image même de la vie ...

         Et cependant l'Homme en tant que Sujet conscient se perçoit séparé et souffre. Il s'imagine multiplié à l'infini sans concevoir qu'il est partout le même, au-delà des formes apparemment diverses.

     

    Mais l’heure du réveil n’est pas encore sonnée ;
    Et l’homme s’agite dans la recherche du but et du sens,
    Plein d’angoisse et de détresse.
    Et l’univers hostile qui l’environne
    Le contraint à une lutte perpétuelle,
    Aux efforts, à la haine...!

    (Ibid.)

          Wyschegradsky qui par son origine russe est certainement lié à l'orthodoxie mais qui à l'instar de son maître Scriabine avait étudié la philosophie orientale (et lu Nietzsche et le Vedanta), a connu l'Illumination très jeune et s'en fait le témoin à travers cette oeuvre qu'il a portée toute sa vie : "La Journée de l'Existence" (ici une présentation détaillée,  un enregistrement intégral). Il y montre notamment que l'on ne peut décider du moment de l'Éveil... Car celui-ci est programmé par plus puissant que nous ; et de même que Jésus disait : « Mon heure n'est pas encore venue » ; ou « l'heure est proche » car il savait que seul son Père pouvait en décider, de même l'Homme évoqué ici ne peut réussir à s'éveiller par sa seule volonté, mais doit attendre qu'une Volonté plus haute intercède pour lui.

          Cette méditation se déploie sur 350 vers environ au sein d'une oeuvre majestueuse pour récitant et orchestre, et retrace la descente du Verbe dans l'Incarnation et son Retour Glorieux en son propre Sein... Celui-ci prend en effet conscience de Lui-même juste au milieu de la partition par la célèbre question "Qui suis-je ?" :

    Et Qui suis-je moi-même, être pensant,
    Forme mortelle,
    Par la Connaissance pareil à Dieu,
    Par la Destinée égal à la Créature ?

    (Ibid.)

        Si l'on doute de la relation entre cette interrogation et le Verbe incarné, ces quelques vers retirés de l'enregistrement public car ils étaient destinés à être chantés par un choeur manquant alors à l'appel, évoquent bien les phrases finales de l'Apocalypse (22,13) et un arrière-plan Christique  :

         Au temps opportun Je t'ai entendu,
        et au jour du salut Je t'ai assisté.
        Voici, à présent, c'est le temps opportun,
        voici, à présent, c'est le jour du salut !
        Je suis alpha et omega,
        le premier et le dernier,
        le commencement et la fin.

    (Ibid)

          Ces phrases sont également essentielles pour montrer que dans toute la solitude qui caractérise cette quête - au cours de laquelle l'Homme ne cessant de se poser des questions ne reçoit nulle réponse du Ciel, mais a malgré tout et de façon totalement inopinée une extraordinaire "Vision de la fin", une subite et totale Compréhension de ce qu'il est - que dans cette apparente solitude, il y a cependant un Maître (on l'appellera comme on voudra : Dieu, Père, Bouddha... mais je préfère ce terme qui traduit le latin Dominus - le Seigneur des chrétiens), un Tout-Puissant (égal aussi au Soi de Ramana Maharshi) qui le guide par des étapes déterminées jusqu'à l'aboutissement suprême.

     

    Om

     


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