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          Ami lecteur,

          Comme pour d'autres rubriques déjà réorganisées (certains voyages par exemple) voici un fil conducteur qui te permettra de lire ces articles dans l'ordre le plus limpide :

     

       Le premier des articles est à cette page.

        Les autres te seront indiqués à la suite.

     

     

     


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        Pour faire suite à mon article du 29 juillet, voici la troisième version annoncée de cette série d’œuvres sur le thème d'un quotidien étrange... Je vous rappelle que, rattachées par leur titre à une lithographie du peintre Michel Salsmann, elles sont toutes trois inspirées d'un poème écrit par Robert Bichet sur l'île de Naxos : "Escale"...

     

    ESCALE

    Les bateaux se préparent lentement
    Leurs antennes se tendent comme des doigts

    La lune oublie d’éclairer cette nuit sans ombre
    et le temps passe comme un chat silencieux
    l’escale fugitive…
    partir sans jamais arriver…

    Tant d’espoirs foisonnant mais en vain…

    Ce beau miroir d’argent
    Ce ciel demi-ouvert
    Et cette mort latente suspendue à son fil…
    Ce pourrait être celui d’Ariane ou de Kronos
    ou celui d’une attente mystérieuse.

    Détestable araignée
    tu tisses encore une histoire triste
    et tes yeux de verre s’illuminent
    comme ceux des cargos
    qui vont bientôt partir
    nonchalamment, paresseusement.

    Et la nuit magicienne transportera leurs rêves…

    © ROBERT BICHET
     

        À chaque fois l'artiste s'est intéressé à un groupe précis de musiciens pour lesquels il a écrit une partition destinée à évoquer la fuite du temps au sein d'une journée très ordinaire.
        La présente pièce fut écrite en 1990 pour la soprano dramatique Catherine Boni et son accompagnateur d'alors Jean-Paul Cristille. Une bande de sons y est ajoutée, comprenant des voix enregistrées, une partie de piano préenregistrée, ainsi que des cris de mouettes et un départ de chalutier... La soprano, qui s'est vivement intéressée à la création de l'oeuvre, chante tantôt sur des extraits du poème (qui sera entièrement lu à la fin), tantôt sur des onomatopées,  y ajoutant même parfois des chuintements destinés à évoquer le bruit de la mer. Son oreille musicale est extrêmement sollicitée, car elle évolue sur des mélodies complexes entièrement écrites tandis que le piano module de façon planante et répétitive, à l'image du flot étale d'une eau paisible.
     

     Voici un extrait de l'oeuvre,
    enregistrée le 6 décembre 1991 lors du vernissage d'une exposition à Issoudun
    avec Catherine Boni, soprano et Robert Milardet au piano

     
     
     

    Mardi 13 février ou une journée à vivre... (2)

    Photo prise à la Maison du Berry d'Issoudun par Michel Vasseur (Nouvelle République).
    De gauche à droite :
    Robert Bichet, compositeur,
    Robert Milardet, pianiste
    et Catherine Boni, cantatrice .

    Au mur, des encres et des plis postaux de Robert Bichet.

     
     
     
     
     

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          Et si nous revenions un peu à Robert Bichet, que j'avais laissé en suspens ?
        J'aimerais vous faire découvrir aujourd'hui ses acrostiches, qui sont pour lui un exercice très particulier. Il les appelle
    "Poèmes venus d'ailleurs", car il les utilise comme prétexte, un peu comme les "textes à contrainte" que d'autres pratiquent : le principe pour lui est de partir d'un prénom féminin, généralement entendu par hasard et dont la propriétaire ne lui est rien (à de rares exceptions près), et de laisser courir son imagination en se tenant de très près aux règles de la versification ; puis de faire oublier le prénom initial en omettant systématiquement les majuscules de début de vers (sauf la toute première). Le résultat, vous le verrez, est des plus fantastiques...
        Ces
    Poèmes venus d'ailleurs ont été publiés en 1974 aux éditions Saint-Germain-des-Prés à Paris (aujourd'hui devenues Le Cherche-Midi éditeur), dans un recueil général intitulé Mes Saisons de Bracieux illustré d'encres de l'auteur et préfacé par moi-même, qui est aujourd'hui malheureusement épuisé mais s'est arraché à 90€ récemment dans une vente aux enchères à Paris (c'est vous dire combien vous devriez profiter de l'offre à 7€50 parue récemment sur ebay, pour le fascicule Parcours secret derrière Orion qui lui aussi contient quelques Nouveaux poèmes venus d'ailleurs ainsi que de très belles illustrations).
        L'acrostiche proposée ici a été construite sur le prénom de... Tiens, eh bien vous trouverez bien vous-mêmes, n'est-ce pas ? Et comme elle fait déjà allusion à la grande constellation d'Orion, je vous donnerai en illustration l'aquarelle correspondante à Parcours secret derrière Orion...


    Déplaçons les objets sur la ligne incertaine
    orion dissimulé fera le transitoire ;
    la courbe éparpillée fugitive et lointaine
    ouvrira dans le ciel pour notre échappatoire...
    retardons l'alambic sur l'ovale et le cercle
    évaporés d'en bas pour l'hallucinatoire ;
    saisons du sablier que l'illusoire encercle...
     
     
     
    (Extrait de "Poèmes Venus d'ailleurs"
    in "Mes saisons de Bracieux",
    © Editions St-Germain-des-Prés, Paris 1974)
     

    Parcours secret derrière Orion-Robert Bichet
    "Parcours secret derrière Orion", aquarelle originale de Robert Bichet :
    elle a été réalisée d'après la forme rectangulaire de la superbe constellation d"hiver.

     
     

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  •     Pour ceux d'entre vous qui auraient apprécié Robert Bichet, je viens de découvrir que son principal ouvrage, "Parcours secret derrière Orion" est en vente sur ebay !! A ne pas manquer !
        Pour 7€50 seulement (+2,40 de frais de port), vous avez :
        - un magnifique livre de poèmes dont vous avez eu quelques extraits sur ce blog, mais à quoi s'ajoutent des poèmes d'amour, des acrostiches...
        - un descriptif de toute son œuvre musicale et picturale avec le relevé de tous les concerts et expositions déjà réalisés, accompagné de photographies.
        - de très nombreuses reproductions de dessins de Robert Bichet, qui illustrent le recueil tout au long, à commencer par les encres, et en terminant par les belles aquarelles dont je vous ai donné quelques aperçus (en couleurs pour celles-ci).
        Aux éditions François Villon (édition créée par le groupe poétique du même nom qui siège à Issoudun), un beau livre de format 23,5 x 17,5 cm (particulièrement grand) et de 90 pages.

    Parcours secret derrière Orion

     
     
        Et pourquoi ce titre ?...
        Je vous l'ai dit, Robert Bichet est un passionné... Après les insectes (voir sur ce blog mon "Voyage en Côte d'Ivoire"), après le cinéma (voir sur ce blog mon "Noël au Sahara"), il se passionna pour les champignons...  
         ... Puis pour l'astronomie, pour laquelle il acquit une lunette sophistiquée, et enfin pour les timbre-poste - sur quoi nous reviendrons ultérieurement.
     

         Orion, cette immense constellation qui embellit le ciel d'hiver, l'a immédiatement fasciné, et pour elle, toujours passionné du chiffre trois, il a créé :
        - un recueil de poèmes
        - une superbe aquarelle, qui reproduit le tracé de la constellation
      - une oeuvre musicale, dans laquelle les différents instrumentistes occupent chacun la place d'une des étoiles de la constellation.
        De l'aquarelle et de l'oeuvre, nous parlerons ultérieurement.
    Je vous laisse pour le moment apprécier un nouveau poème tiré du recueil, et qui justement fait allusion à Orion.

            Tu fais de la vie
     
    Belle
    ce grand brasier d'étoiles
    où chantent
    où s'émerveillent
    les rêves les plus fous
    les mondes les plus secrets
    les plus lointains voyages
     
    Tu fais de la vie
    Belle
    ces forêts
    ces aurores
    des prairies printanières
    où je chante
    où je cours
    tel un tout jeune enfant
     
    Tu fais de la vie
    Belle
    ce parcours enchanté
    que tes doigts caressants
    tissent
    du côté d'Orion
     
    Et de tes mains posées
    sur mes nuits vagabondes
    naissent des terres nouvelles
    des espaces transformés
    où nous courons ensemble
     vite
    très vite
    de plus en plus vite
     
    Et les oiseaux s'envolent
    Et les statues se taisent
    Ils écoutent en silence
    les battements de ton coeur
    au plus profond du mien

    Robert Bichet, Parcours secret derrière Orion
    © Editions François Villon, 1997   
     
     
     
     
     
     

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        Lorsqu'il vivait à Paris, Robert Bichet fit la connaissance du peintre et graveur Michel Salsmann, et s'enthousiasma pour une de ses oeuvres, intitulée "Mardi 13 février" : c'est une lithographie représentant quatre baigneurs nus dans une piscine sans eau, alors que derrière la vitre il y a la mer...

     

    Mardi 13 février -lithographie de Michel Salsmann

    Reproduction de "Mardi 13 février", lithographie de Michel Salsmann

     
        Après en avoir obtenu de son ami l'autorisation d'utiliser son titre, Robert, conscient de la vision volontairement tristounette porté par celui-ci sur un quotidien grisâtre, décida d'écrire une série de "sept" (car c'est un chiffre sacré !) "Mardi 13 février", en y ajoutant la mention "ou une journée à vivre".
        Pour le moment, il n'en a écrit que trois (et en restera peut-être là, puisque c'est aussi un chiffre sacré ?), qui possèdent entre eux ces deux points communs :

        1 - ce sont des œuvres dédiées à des groupes précis d'interprètes, et plus ou moins de commande.
        2 - elles ont pour trame un poème du compositeur, toujours le même, tantôt dit, tantôt chanté, et toujours illustré à la fin par des diapositives projetées derrière les musiciens.


        Ce poème, écrit par Robert Bichet en 1983 alors qu'il se trouvait à Naxos, dans les Cyclades, s'intitule "Escale", et le voici :

     
    Robert Bichet dans le port de Naxos
     
     
     
    ESCALE
     
     
    Les bateaux se préparent lentement
    Leurs antennes se tendent comme des doigts

    La lune oublie d’éclairer cette nuit sans ombre
    et le temps passe comme un chat silencieux
    l’escale fugitive…
    partir sans jamais arriver…

    Tant d’espoirs foisonnant mais en vain…

    Ce beau miroir d’argent
    Ce ciel demi-ouvert
    Et cette mort latente suspendue à son fil…
    Ce pourrait être celui d’Ariane ou de Kronos
    ou celui d’une attente mystérieuse.

    Détestable araignée
    tu tisses encore une histoire triste
    et tes yeux de verre s’illuminent
    comme ceux des cargos
    qui vont bientôt partir
    nonchalamment, paresseusement.

    Et la nuit magicienne transportera leurs rêves…

     
    Robert Bichet, Naxos, 15 juillet 1983
    © "Parcours secret derrière Orion", Éditions François Villon, 1997
     
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        Le premier "Mardi 13 février ou une journée à vivre" fut écrit pour le percussionniste Daniel Ardaillon et sa classe du Conservatoire de Montluçon - donc pour un ensemble de percussions comportant bien sûr vibraphones, xylophones et autres instruments harmoniques, auquel s'adjoignent des choeurs, un récitant, plus un violon, une clarinette et une trompette. Il fut donné en création par ses dédicataires au théâtre municipal de Montluçon le 12 mai 1987.
       

    "Mardi 13 février" à Montluçon, dirigé par Daniel Ardaillon
     
     
    -  2  -
     
           Le second est le plus étonnant, et c'est celui dont je vais vous joindre ici deux extraits.
        Passionné par tous les instruments de pointe, comme les ondes Martenot, les percussions nouvelles (gongs chinois, wood blocks, temple blocks, shimes...) ou les bandes de sons modifiés, il est naturel que Robert Bichet ait fait un jour la connaissance de Bernard Baschet, créateur de toute une gamme d'instruments dont le fameux "cristal" construit par Jacques Lasry, que l'on fait "chanter" en glissant dessus... (vous avez sûrement déjà expérimenté ce principe en passant votre doigt mouillé sur la circonférence d'un verre à pied).
         Cette seconde oeuvre, agrémentée de voix, d'un violon, d'une flûte, d'un basson et d'un piano tenus par les exécutants mêmes de l'instrumentarium Baschet, fut créée le 19 mars 1988 au Centre Culturel Albert Camus d'Issoudun, sous la direction du compositeur.

     
      Robert Bichet en répétition avec  les instrumentistes Baschet :
    on peut voir au fond les feuilles métalliques où se réverbèrent les voix,
    et devant les différents instruments avec leurs pavillons d'amplification.
    Juste sous la partition à droite, un cristal, dont pendent les petits tubes.
     

        En voici un premier extrait, où l'on entend les voix réverbérées par de grandes feuilles métalliques, et aussi le cristal - très doux et "magique" (ce sont des instants de la journée... ici très contemplatif vers midi).
     


     
        Ici un second extrait, issu de la conclusion de l’œuvre (dynamique, le soir), où, sur fond de "ressort" (cet instrument qui évoque une sorte de vrombissement sourd est en forme de ressort avec un haut-parleur, et s'utilise en frottant dessus avec une baguette), on assiste à un magnifique ballet de percussions rythmiques.
     

     
     
        Quant au troisième "Mardi 13 février", il fera l'objet d'un prochain article...   
     
     

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