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        Voici un sonnet de facture un peu spéciale (le mot "jardins" est ajouté au début du premier vers de chaque quatrain, et de celui des tercets), que j'ai écrit je crois en avril 1975, alors que je vivais à Paris.

    La Pâque des jardins


     
     
    Jardins ! Confiez votre secret au messager des fleurs !
    Un habile ouvrier de nouveau vous façonne,
    Et je vois éclater le bourgeon qui frissonne,
    Livrant au frais soleil sa chétive pâleur.

    Jardins ! Quel souffle merveilleux vous a gorgés d’odeurs ?
    Un à un entrouverts, les pétales s’étonnent,
    Et le muguet paraît, dont les clochettes sonnent,
    Avec la primevère aux ardentes couleurs.

    Jardins ! Jardins si doux ce soir, ô jardins de mes rêves,
    Recevez ma prière, et ma plainte, et mes pleurs…
    Oh ! Rendez-moi la vie et la force et la sève,

    Que je rie avec vous de ce rire enjôleur,
    Que je vive à jamais votre métamorphose !
    Jardins transfigurés du miracle des roses… 
     
     
     

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  •    Voici un petit sonnet irrégulier, composé à la manière d'Arthur Rimbaud dans "Rêvé pour l'hiver" et inspiré d'une promenade en forêt faite hier1.

     

    Promenade-foret-3mars05.jpg

     

     

    Quelle étrange forêt pataugeant dans la mousse,
    Dédale pour lutin
    Qu’en mille coloris le soleil éclabousse,
    M’apparaît ce matin ?
     

    Des filaments soyeux sont pour chaque racine
    Un bottillon poilu,
    Et sur la souche brune un chapeau se dessine
    De lierre chevelu…
     

    On les croirait à peine émergés d’une mare,
    Ces branchages tordus. Quel est le plus bizarre,
    Saluant les beaux jours ?
     

    L’on voudrait être nain pour toucher leur fourrure,
    Et pour s’emmitoufler de leur verte parure
    Ainsi que d’un velours.

     

     

    Promenade-foret-3mars06.jpg

     

    1 NB : dans cette version revue en 2017 j'ai  rétabli des hexasyllabes dans la seconde strophe en correspondance avec ceux des autres strophes.

     

     

     

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       Traversant la campagne ensoleillée aux abords du Cher aujourd'hui, j'ai cru voir un héron planté au milieu d'un champ.

        Il avait bien le long bec du héron, mais se tenait droit sur une patte et une belle couleur rouge ornait son front, si bien que n'ayant pu le photographier et cherchant maintenant une illustration sur le net, je me demande s'il ne s'agissait pas plutôt d'une grue cendrée, qui aurait perdu son groupe et se serait arrêtée pour se reposer.

       Mon poème est donc un peu inexact.

     

    grue-cendree.jpgGrue cendrée (photo tirée du net)

     

     

    La lumière est rasante
    Au blond soleil d’hiver,
    Et le Cher y plaisante
    Au milieu du pré vert.

     

    Mais un œil écarlate
    Habillé d’un corps gris
    Paraît sur une patte
    Dans les joncs rabougris.

     

    Un oiseau de passage ?
    Mais il semble bien sage…
    Immobile et serein

     

    Le héron solitaire
    Enveloppe sa terre
    D’un regard souverain.

     

     

    heron_cendre.jpgHéron cendré (photo du net)



     

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  •      Suite de mes corrections sur le sonnet publié ici, puis  (mais déjà édité sous sa version initiale dans "Le Rossignol d'Argent").

        Après que j'aie, pour suivre le conseil de Darius Hypérion, supprimé les rimes entre "azurés" et "forêts" (pas la même sonorité), entre "ardemment" et "imperceptiblement" (on ne fait pas rimer deux adverbes), et entre "les Iles Délicieuses" et "l'onde fallacieuse" (on ne fait pas rimer un singulier avec un pluriel !), voici que Stellamaris me signale encore un hiatus à corriger : "si ardemment" selon lui ne convient pas, pour deux voyelles qui se suivent. Il me proposait donc "tant ardemment", que je n'aime pas du tout et auquel j'ai dit préférer "si vivement"...

        Mais rien de tout cela ne sonnant vraiment juste à l'oreille, j'ai repris entièrement le 3e tercet, car je n'aimais pas non plus le "bref mouvement", et dans la foulée j'ai également repris le premier quatrain, le rejet de l'adjectif en fin de vers me paraissant assez maladroit.

        J'ajoute que j'ai eu conscience en écrivant ce poème de faire un écart en faisant rimer "azurés" avec "forêts", mais que je pensais pouvoir me le permettre car pour moi le sens prime sur la forme : je m'en suis autorisé bien d'autres par ailleurs, mais que j'ai parfois corrigés, reconnaissant que c'était paresse de ma part (voir "les corbeaux", entièrement refondu cette année, cependant vous ne trouverez pas le premier jet, que j'ai supprimé). Or j'ai également le sentiment de m'être permis une belle licence poétique en écrivant "Semblaient dans leur sommeil aux grands oiseaux sacrés..." au lieu de "Ressemblaient... aux", ce que bizarrement (et heureusement !) personne n'a relevé.

        Note après relecture par Stellamaris : je remplace "aux grands"  par "de grands"... Parfait !

     

     

    Comme je regardais dans le miroir des ondes,
    Je vis se dérouler des pays azurés,
    Des îlots lumineux verdoyants et dorés,
    Flottant nonchalamment parmi les mers profondes.

    De blancs voiliers ancrés auprès des rives blondes
    Semblaient dans leur sommeil de grands oiseaux sacrés
    Des cultes d’Orient, et les cieux adorés
    Miraient à l’infini les splendeurs de ces mondes.

    Et moi, je désirais la candeur des oiseaux,
    La sereine harmonie ample et grave des eaux,
    Le radieux éclat de l'Ile Délicieuse,

    Et j’éprouvais à cette idée un tel tourment
    Que, glissant vers mon rêve imperceptiblement,
    Je rejoignis dans l’eau l’image fallacieuse.

     

    Iles-Gambier.jpg

     

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      Je remets à l'ordre du jour un sonnet déjà publié sur ce blog en 2006, mais que j'ai écrit jeune, et croyant bien connaître les règles de la versification. En fait je n'en avais qu'un aperçu à travers les livres scolaires et ce que m'en avait dit mon père, et il est évident que lire les classiques ne suffit pas pour découvrir ce qu'il ne faut PAS faire... C'est pourquoi, comme vous le verrez en commentaire, Darius Hypérion m'apporta quelques critiques qui méritent peut-être un effort de correction.
        Cependant ce sonnet est déjà édité sous sa première facture (avec "azurés" rimant avec "forêts", etc.) ; et si Molière critiqua les adverbes mis à la rime par Trissotin, j'ai écrit moi ce sonnet alors que j'étais élève au lycée Molière, à Paris !! 


     Nicolas-Poussin-Echo-et-Narcisse.jpgÉcho et Narcisse, par Poussin

     


    Comme je regardais dans le miroir des ondes,

    Je vis se dérouler des pays azurés,
    Des îlots lumineux de verdure parés,
    Flottant nonchalamment parmi les mers profondes.

    De blancs voiliers ancrés auprès des rives blondes
    Semblaient dans leur sommeil aux grands oiseaux sacrés
    Des cultes d’Orient, et les cieux adorés
    Miraient à l’infini les splendeurs de ces mondes.

    Et moi, je désirais la candeur des oiseaux,
    La sereine harmonie ample et grave des eaux,
    Le radieux éclat de l'Ile Délicieuse,

    Et j’aspirais à fuir là-bas si ardemment
    Que, glissant vers mon rêve en un bref mouvement,
    Je rejoignis dans l’eau l’image fallacieuse.

     

    Poème initial extrait de "Pour Survivre",
    publié dans "Le Rossignol d'Argent"
     
     
       Je ne  sais pas ce que vous en pensez, mais j'aimais mieux la première formule (surtout "les îles déclicieuses" au pluriel)... C'est évidemment parce qu'elle est depuis longtemps écrite et ancrée ainsi en mon esprit.
       La poésie de forme classique "parfaite" est vraiment un challenge, et il vaut mieux être averti avant d'écrire, les corrections ultérieures n'étant jamais une méthode satisfaisante !

     

     

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