•      Autre sonnet de jeunesse : c'était une commande de mon père, qui m'avait mise au défi d' "écrire un poème sur un sujet très ordinaire, comme une peau de banane..." Il n'avait pas tort, car j'avais trop tendance à épancher mes états d'âme sous forme rimée. Je n'eus alors de cesse que de lui prouver ma capacité à me plier à l'exercice ; et il fut je crois agréablement surpris du résultat ! Comme vous le verrez dans les commentaires, j'ai déjà publié ce sonnet sur ce blog en 2005.
     
     
     


    Au travers de l'assiette une peau s'étalait,
    Jaune comme un serpent aux larges taches noires,
    Ouvrant nonchalamment sa robe dérisoire
    Pour ne plus découvrir qu'un vieil os de poulet.

    Comment dans les déchets ce détritus si laid
    Avait-il pu garder souvenir de sa gloire ?
    Tandis qu'au vil trognon sont réduites les poires,
    La banane restait de soi-même un reflet.

    Entre les pans défaits, on devinait la manne,
    Qu'avait couverte, épais, l'habit de courtisane.
    Tranquille, elle semblait rêver au ciel lointain

    Qui l'avait vue éclore au sein de ses pareilles,
    Au pays du soleil, des fleurs et des merveilles,
    Lorsque l'or de leur robe éclipsait le matin.
     
     
     
     

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       Couverture-La-nuit-des-poetes

     

     

          Après avoir lu "La nuit des poètes" (éditions Stellamaris), j'ai eu la nostalgie de ces poèmes à forme fixe que j'écrivais plus jeune. 

         Aussi vais-je ouvrir une rubrique pour vous en présenter quelques-uns.

          Voici une sorte de sonnet composé en octosyllabes : 

     

    Aspiration 

    J'aime étudier les belles lettres :
    Les Du Bellay et les Ronsard
    M'apprennent un peu de leur art,
    Et il n'est pas de meilleurs maîtres.
     

    On me répète que peut-être
    Je pourrais devenir plus tard
    Petit professeur quelque part...
    Je ne sais si je dois l'admettre. 

    Je veux étudier, mais après ?
    La vie a perdu son attrait !
    Je voudrais mieux que le lycée.
     

    Un bonheur qui dure toujours
    Et qui fait mourir tous les jours :
    Chanter, chanter ! Joie insensée ! 

     

         En effet, à l'époque je ne rêvais que de devenir cantatrice et en avais une vision plus que romantique : le chant du cygne, correspondant à des rôles où les trois quarts des héroïnes finissaient par mourir sur la scène... (mourir d'amour, comme il se doit) ; ce qui pour moi était le paroxysme même de la vie - celle qui explose comme une étoile.

     

    tristan-et-isolde.jpgMort d'Isolde sur le corps de Tristan, par Rogelio de Egusquiza

     

     

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    L'envol des corbeaux

     

     

    C'est l'envol des corbeaux hors du fossé natal,
    Fatigués de porter les misères humaines.
    Sur la route déserte où nul ne se promène
    Ils fuient l'auto qui passe en ouragan brutal.

    Sur l'asphalte échauffé ils ont pris leurs quartiers
    En meute vagabonde, en troupe jacassante ;
    Nul ne vient déranger la foule croassante
    Qui part en vague sombre au-devant des routiers.

    Picorant dans les champs les fragiles semences
    Ou dormant sous leur aile au fil de leurs errances,
    Les voici de retour, ces corbeaux de l'hiver.

    Quand se tait l'appel clair de la douce mésange,
    Quand la grisaille tombe et que le froid dérange,
    Ils sont les astres noirs de notre ciel couvert.
     
     
    ***
     
    (Sonnet extrait de "Instants Secrets", déjà publié sur ce blog en 2006 mais corrigé depuis).
     
     

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    L’ombre fuit devant moi avec ses traînées bleues,
    Ses îles de lumière en dérive dans l’air…
    Je vois encore tes yeux qui m’implorent et qui pleurent,
    Qui boivent dans les miens la rosée de mon cœur.

    Tu es la fleur bénie à l’orée de ma vie,
    Accrochée à la rive ainsi qu’un coquillage,
    Et ton parfum m’enivre et me pousse en avant
    Comme un vent de vigueur déployé pour ma soif.

    Petite âme précieuse endormie loin de moi,
    Que la nuit te réchauffe et te dise tout bas
    Tout ce que je voudrais te glisser à l’oreille :

    Tous les secrets d’amour de l’univers complice,
    Les promesses à venir que murmurent les ombres,
    Le doux chant des étoiles, et l’appel clair du jour…

     

     

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  •      En clin d'oeil à Nat et à son bel article sur l'olivier je réactualise ici un de mes sonnets, écrit à l'époque de ma jeunesse où, fréquentant Malherbe, Ronsard et  Du Bellay, j'aimais à pratiquer cette forme poétique.
     


    Olivier

     

    Sous l’éclatant soleil de la divine Hellade,
    Dans le vert paysage ébloui de chaleur,
    Il est un clair ruisseau frais au milieu des fleurs
    Qui chante de l’argent et coule des roulades.

    Endroit chéri des dieux, où flottent les senteurs
    Des bois silencieux où dorment les dryades !
    Par-delà les parfums surgis de la cascade,
    Une haleine divine exhale sa douceur.

    Entre les oliviers passe une tiède brise ;
    Au creux du ruisselet que le soleil irise
    Scintille le gravier : tout est félicité.

    C’est ici, sous ce pâle olivier qui palpite,
    Que vient se délasser la rêveuse Aphrodite
    Tandis qu’Éros brandit son arc avec fierté.

     

    Écrit le 15 mai 1967

     
     
     

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