•         L'autre jour Binh An se demandait pourquoi je citais Mooji. 

            C'est simple : j'aime tant ce qu'il écrit que je le recopie pour continuer de ressentir le bonheur qu'il me procure ! 

           J'ai peut-être tort. En effet les choses ne sont pas faites pour être gardées ; pas même le bonheur.

             Notre vie se déroule en expériences à travers lesquelles nous éprouvons joie ou tristesse, bien-être ou mal-être, agacement ou paix, excitation ou désillusion, admiration ou déception, enthousiasme ou fatigue... et tout cela passe et disparaît, nous laissant juste des souvenirs, des regrets ou des amertumes. Les merveilles perçues il y a quelque temps sont évanouies comme un rêve, et si je cherche ce qui en moi ne disparaît pas je ne trouve que cette machine super performante à percevoir et à ressentir, qui est, en définitive... un corps-mental. 

           Il absorbe tout, il étiquette, retient, efface, trie ; il se laisse marquer de mille traits, blessures ou caresses ; il est persuadé d'être confronté à un monde extérieur qui lui envoie toutes ces expériences et s'efforce de choisir celles qu'il préfère ! Notamment il cherche d'autres individus pour échanger avec eux, si possible de manière gratifiante.

           Malheureusement cela ne se passe pas toujours comme il le souhaite. Et plus il s'attache à conserver les impressions qui lui sont agréables, plus il s'aperçoit que cela ne dépend pas de lui, et que les choses se produisent de façon aléatoire. Il veut construire un monde où "tout le monde s'aime", et cela ne fonctionne pas... Il veut trouver un univers non menaçant, et les menaces ne cessent de fondre sur lui !

           Mais cette belle machine humaine, qui dit "je" et semble être ce que je suis, n'est-elle pas elle aussi appelée à disparaître ? Partout surgit l'image de la mort ; et en cherchant la sécurité, je ne fais que chercher un refuge contre la mort. 

           Et pourtant, ne suis-je pas encore le témoin de cette situation ? Ne suis-je aussi celui qui contemple cela, qui voit la totalité de ces choses, et ce depuis que je suis éveillé ?

           ... On parle de "naissance" ; mais personne ne se souvient d'être né. La seule chose dont on soit conscient, c'est que, aussi loin que l'on remonte dans ses souvenirs, on a toujours été le même. Si par exemple vous vous rappelez un très lointain souvenir où vos parents vous affirment que vous aviez 1 an, pour vous l'expérience était la même que celle que vous connaissez aujourd'hui : vous étiez conscient de vous-même de la même manière, vous perceviez les choses de la même manière. 

               Ainsi, vous avez plutôt conscience de vous être "éveillé" dans un corps - que de surcroît, si vous vous rappelez bien, vous ne ressentiez pas vraiment à l'époque ! Le ressenti du corps est venu progressivement, par la suite. D'ailleurs les pensées, les émotions, sont aussi venues progressivement, par la suite.

         Donc, ce corps-mental, n'est-il pas un simple vêtement endossé momentanément ? Endossé juste pour faire cette merveilleuse expérience de connaître ? De se connaître ?

     

             Justement voici qu'aujourd'hui, en début d'après-midi, deux personnes sont venues sonner à ma porte. Allons donc ! Il y avait longtemps que je ne les avais vus : un homme et une femme - des Témoins de Jéhovah ! 

           Comme je m'approchais du portillon de mon jardin derrière lequel ils étaient postés, le monsieur commença à m'interroger sur la souffrance... Bienheureuse souffrance qui est la pierre d'achoppement de toute recherche sur notre identité ! En effet, ne sachant pas qui nous sommes il est naturel que nous souffrions. 

             - Savez-vous Madame, que l'on peut connaître un monde meilleur ? 

       Cela, me dis-je, tout le monde en rêve mais quant à changer ce qui reflète le Tout, comment faire ?

            Et lui de me citer aussitôt cette phrase qu'Olivier Messiaen a si divinement mise en musique dans "Éclairs sur l'Au-delà" (ici, à partir de 41'58) : 

    « Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux... »

          J'opinai avec un sourire ravi, songeant en moi-même : « Oui, mais qui est Dieu, et comment le trouver ? »

            Mais lui d'enchaîner :

             - Connaissez-vous le nom de Dieu ? Dans la Bible, Dieu est nommé UNE SEULE FOIS, par son vrai nom.

             Surprise, je hasardai qu'Il était nommé plusieurs fois, que ce nom était "JE SUIS", mais que de toutes façons il ne s'agit jamais que d'approches imparfaites car le VRAI Nom de Dieu ne peut être connu du mental humain.

          Cependant ce monsieur se jeta sur son téléphone portable pour me chercher ce qu'il appela le psaume 83 au verset 18 (alors que dans nos Bibles cela pourrait être le psaume 82, où ce nom de Yahvé est cité deux fois, au verset 17 et au verset 19 - mais jamais au 18) :

    « Qu'ils sachent que Toi seul as nom Yahvé, Très-Haut sur toute la terre »

        Seulement pardon, je recopie là ma Bible de Jérusalem, et lui il n'a pas lu "Yahvé", mais "Jéhovah" bien sûr !

           Ces deux mots ne sont que des variantes du célèbre tétragramme hébreu YHWH formé de quatre consonnes, et qui selon ces gens signifierait plutôt : "je fais devenir".

           Cette idée m'a plu : en effet, le Principe qu'est ce Dieu, appelé par Jésus "le Père" et dans le Vedanta "Parabrahman" (ou dans l'Islam "Allah"), se projette dans le monde sous forme humaine et cette projection, évoluant dans un espace-temps, se fait "devenir" ... Une création en perpétuelle formation, en perpétuelle modification, en perpétuelle amélioration, se cherchant soi-même, se concevant soi-même... Quelle beauté ! 

           Bref, le monsieur n'a pu qu'approuver ma connaissance de la Bible, à quoi il a ajouté que je devrais essayer de l'approfondir ; mais j'ai décliné poliment. 

     

             Ceci m'a conduite à chercher, sur internet, le fameux psaume 83... et voici ce que j'ai trouvé :

    « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l'univers ! »

    (voir ici)

         Encore un psaume sublimement mis en musique par Olivier Messiaen dans La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ (1er septénaire, partie V, "Quam dilecta tabernacula tua") ! Et là, rien que pour ce psaume, je remercie le monsieur d'être passé.

            Vous voudriez que je parle de moi-même ? Mais que dirais-je, sinon cela !

    Mon âme s'épuise à désirer les parvis du Seigneur ;  mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !

     L'oiseau lui-même s'est trouvé une maison, et l'hirondelle, un nid pour abriter sa couvée : tes autels, Seigneur de l'univers, mon Roi et mon Dieu !

     (...)

     Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s'ouvrent dans leur cœur !

     Quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en source ; de quelles bénédictions la revêtent les pluies de printemps !

    (...)

     Oui, un jour dans tes parvis en vaut plus que mille. J'ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter parmi les infidèles.

    (trad. AELF)

     

        C'est là qu'il importe de revenir sur un point essentiel : le mot "infidèle" a de quoi choquer, pour ceux qui s'imagineraient que l'on compare entre eux des individus pour leur comportement. Mais comme dans tous les textes spirituels, il faut considérer qu'il s'agit là d'état intérieurs et d'instances situées en nous-même.

           Dieu est ce "Je Suis", cet espace d'être dépouillé de toute tendance mondaine qui est situé au faîte de notre conscience ou au tréfonds de notre cœur, comme l'on voudra. Se tenir sur le seuil, c'est être capable de ramener sans cesse sa conscience à la pensée "Je suis". Habiter parmi les infidèles par contre, c'est se laisser détourner de Ce qui  Est vers les choses de la terre, se laisser attirer par les désirs et joies matérielles en oubliant qu'elles ne sont que le pâle reflet du Réel.

     

     Messiaen, Transfiguration, I, 5.
    Avec en plus : 

    "Candor est lucis aeternae"
    "C'est la splendeur de la lumière éternelle". 
    (Sagesse 7,26)

     

     


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  •           Sri Ramakant Maharaj est un disciple de Nisargadatta Maharaj. Il enseigne depuis une dizaine d'années en Inde et est surtout connu par l'ouvrage intitulé "The Selfless Self" (adapté initialement en français sous le titre "Le Soi Sans Rien" puis sous celui de "Soi sans Soi" 1) qui, comme ce fut le cas pour les ouvrages connus de son maître ainsi que pour ceux de la plupart des maîtres de l'advaïta vedanta, est une compilation de ses enseignements enregistrés en direct. 

          On y retrouve ce mode d'expression rapide et incisif qui caractérisait son illustre prédécesseur ; en quelques phrases lapidaires et précises il nous "martèle" (comme il le dit lui-même) les quelques vérités simples que nous avons besoin de redécouvrir mais avons totalement occultées à cause de notre enfouissement dans un corps. 

     

     

    Ramakant Maharaj

     

          Voici un extrait de ce livre. De même que les phrases y sont courtes et percutantes, de même les chapitres sont très brefs avec des titres imagés, comme dans celui-ci : "Visitez votre propre site Web" ! De plus des paragraphes entiers sont retranscrits en caractères gras et en capitales, afin de frapper l'esprit du lecteur et sans doute pour restituer graphiquement le martèlement effectué par Ramakant Maharaj avec sa voix lorsqu'il insistait fortement sur certains points.

     

           Sans la Présence, qui peut étudier la philosophie ou la spiritualité, les centaines de milliers de mots, le Brahman, l'Atman, Dieu, le Maître, le disciple ? Personne ! Quand avez-vous rencontré tous ces mots ? À quoi servent tous ces mots ? Questionnez le Soi ! Découvrez ! Ne continuez pas à juste lire, lire, lire.

          « Comment étiez-vous avant d'être ? Que vous arrivera-t-il après la dissolution de l'être ? Qui veut la paix et une vie sans peur ? » Ces questions doivent être éclaircies et c'est pourquoi vous suivez des études philosophiques, sur la connaissance et la connaissance spirituelle. Mais vous devez aller plus profondément.

        VOUS DEVEZ ALLER PLUS PROFONDÉMENT À LA RACINE DES CAUSES, PLUTÔT QUE PENSER AUX CONSÉQUENCES. ALLEZ À LA RACINE DES CAUSES ET DÉCOUVREZ POURQUOI VOUS LISEZ TOUS CES LIVRES SUR LA SPIRITUALITÉ. (...)

          Le but de la connaissance est basé sur le corps. (...) La connaissance basée sur le corps est seulement pour le corps. (...) Quelle est votre Identité ?

           VOTRE IDENTITÉ EXISTANTE EST L'IDENTITÉ NON IDENTIFIÉE (...), L'IDENTITÉ INVISIBLE, ANONYME.

         (...) VOUS ne vous trouverez pas dans les livres. VOUS n'êtes pas à l'intérieur des mots. Tout ce que vous devez faire est d'accepter et de savoir que « Vous êtes l'Ultime Réalité ». Tout est à l'intérieur de vous, donc :

        CONNAIS-TOI TOI-MÊME ET SOIS À L’INTÉRIEUR DU SOI SANS RIEN. 2

          (...) REGARDEZ À L’INTÉRIEUR DE VOUS-MÊME. LISEZ VOTRE LIVRE. VISITEZ VOTRE TEMPLE. CHERCHEZ VOTRE SITE WEB.

           La connaissance spirituelle vous donne une indication de votre Ultime Vérité. Ce n'est pas l'Ultime Vérité.

             VOUS ÊTES L'ULTIME VÉRITÉ.

            Vous devez avoir cette Conviction. Vous êtes avant tout. La connaissance est venue après. Avant toute connaissance, il y avait votre Présence. Avant même de parler de cette connaissance, votre Présence est requise. Votre Présence est Invisible, Anonyme.


    Le Soi Sans Rien, Entretiens avec
    Sri Ramakant Maharaj,
    édité par Ann Shaw, traduit par J.C. Dhainaut
    (chap. 22 p. 60-61)

     

         Les clés de ce texte sont au début et à la fin avec cette expression : "votre Présence".

         Il n'est rien de plus simple ; et en même temps rien de plus agaçant pour un mental habitué à couper les cheveux en quatre et à s'arnacher à toute occasion comme pour partir à l'assaut du Mont Blanc. Rien ne peut expliquer cette certitude d'exister qui est un ressenti inné ; et c'est cela le Soi, le "Soi sans Rien" car il n'a aucune identité propre et n'est en relation avec rien de manifesté.

         D'abord est apparue la conviction d'être, exprimée par l'affirmation "Je Suis" dont Nisargadatta a fait la base de son enseignement ; et tout le reste : corps, histoire personnelle, caractère, émotions, recherches etc. est venu ensuite.

          Mais cette Présence qui au profond de nous est invisible, anonyme, n'est qu'une projection spontanée, une apparition soudaine et gratuite, comme le disent également Nisargadatta et Ramakant ; elle s'apparente à la projection d'un film sur un écran, ou encore à un rêve. C'est pourquoi, pour répondre à certains commentaires, dans le poème qui précède cet article j'évoquais une rivière dont le flot demeure "intouché, inchangé", et qui serait apparue "on ne sait d'où ni comment"...

         En-deçà de la Présence il n'y a que le "Rien" du Soi sans Soi, l'Immensité.

     

        En illustration sonore à ce texte, voici un merveilleux chant indien mis en musique par Craig Pruess.


       Les  paroles :

    Shivoham Shivoham Shivaswarupoham
    Nityoham shuddhoham buddhoham muktoham
    Nityoham shuddhoham buddhoham muktoham
    Shivoham Shivoham Shivaswarupoham

    Advaitaananda rupam-arupam
    Brahmoham Brahmoham Brahmaswarupoham
    Chidoham Chidoham Satchidaanandoham
    Shivoham Shivoham Shivaswarupoham

    Leur sens :

    Je suis Shiva 3, je suis Shiva, je suis Shiva en vérité !
    Je suis éternel, toute pureté, toute intelligence et toute liberté !
    Je suis éternel, toute pureté, toute intelligence et toute liberté !
    Je suis Shiva, je suis Shiva, je suis Shiva en vérité !

    Unique, toute félicité, avec forme et sans forme,
    Je suis Brahma 4, je suis Brahma, je suis Brahma en vérité !
    Je suis Conscience, je suis Conscience, je suis Vérité-Conscience-Félicité !
    Je suis Shiva, je suis Shiva, je suis Shiva en vérité.

     


     1  Deux éditions existent en français avec le même contenu mais sous les deux intitulés différents à cause de la désapprobation des lecteurs lors de la sortie de l'ouvrage avec le premier titre considéré comme erroné. Cependant la traduction devrait en être aisée, Ramakant Maharaj s'exprimant en anglais et non en marati comme c'était le cas pour Nisargadatta. D'autre part, si l'on approfondit le propos du Maître, l'adaptation par "Soi sans Rien" est parfaitement pertinente puisqu'il s'agit d'aboutir à la Vacuité.
    2 ou "du Soi sans Soi".

    3 "Shiva" = le Souffle de Vie, l'Esprit, le Soi.
    4  "Brahma" = le créateur du monde manifesté.

     


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        Jésus disait : « Avant qu'Abraham fût, Je Suis. » (Jean 8, 58)

        De même, la dernière image de l'article précédent (le cygne s'envolant de la corne d'abondance dans un paysage magnifique) représente ce "Je Suis", que l'on peut assimiler à la syllabe sacrée Aum (ॐ) : le jaillissement spontané de la manifestation.

          Comment comprendre cela ?

     

    La Transfiguration-icône du monastère de Keratea

     

     

           Reprenons la parole de Jésus.

           Tout part du petit mot "avant"...

           Que représente Abraham pour les assistants  ? Un patriarche de la Bible, et pour eux un repère essentiel dans leur foi : il fonde leur religion ; il s'inscrit dans le temps ; il est associé à une quantité de textes et d'histoires lues ou entendues. Or tout cela est d'ordre mental : il s'agit de références, d'enseignements mémorisés, de concepts directeurs. Abraham n'est qu'une idée.

           À cela Jésus oppose le fait d'Être. "Je Suis" n'est même pas une situation présente, même pas un état, mais c'est d'abord une subjectivité : lorsque l'on se dépouille de tout, que l'on passe au crible toutes ses certitudes et élimine tout ce qui peut être contesté, il ne reste finalement qu'une seule certitude absolue et incontestable, c'est celle d'exister en tant que sujet conscient.

         Voici comment l'on pourrait développer son propos :

           «  Avant que vous n'ayez prononcé le mot « Abraham », avant même que vous n'ayez conçu ce nom, avant que la Bible et l'histoire du peuple hébreu n'aient été connues de votre esprit, avant même que votre esprit n'ait émis la moindre pensée, l'Être était déjà présent en vous, car il est la condition à toute pensée susceptible de se manifester.  » 

           Loin de se poser en personnage d'exception, Jésus cherchait en vérité à enseigner à ses disciples la voie menant à leur propre libération. Son "Je Suis" ne s'applique pas à l'idée "moi, Jésus de Nazareth", mais il est une invitation pour ceux qui l'écoutent à pénétrer au fond d'eux-mêmes pour y chercher ce même "Je Suis" (le YHVH de Moïse) qui se cache au-delà de toute pensée.

        Où étiez-vous lorsque vous dormiez ? Je ne parle pas de quelqu'un qui vous aurait "vu" dormir, ou de votre imagination vous représentant votre corps dans votre lit ; ni de votre promenade dans vos rêves, ni même encore de cet éventuel "voyage hors du corps" que certains s'enorgueillissent actuellement de savoir réussir !

          Je veux dire : lorsque vous étiez inconscient, plongé dans le sommeil profond. Vous existiez pourtant. Vous existiez, AVANT ce moment magique où une étincelle de conscience vous a réveillé et où subitement vous avez eu, en premier lieu conscience de vous-même (c'est-à-dire conscience d'exister), puis en second lieu, conscience du monde environnant, avec d'un seul coup une avalanche d'informations déversée par le mental : le temps, l'espace, les souvenirs, les projets, et les multiples perceptions qui brutalement vous envahissent et se chargent de noms, de couleurs, d'identifications, de jugements, d'évaluations, d'émotions, etc., etc. ... !

            Ceci, c'est l'enfer et le paradis, c'est le cercle du samsara, c'est l'infinie diversité des phénomènes qui se déploie comme une subite hallucination devant vous et accapare toute votre attention, pour vous noyer, vous absorber dans son tourbillon.

           Mais avant ce torrent de sensations il y avait  cet Être qui Est, qui était et sera, qui demeure et se trouve à l'origine de l'explosion observée car tout est en Lui et n'en est que l'expression... C'est pour cela que l'on parle aussi d'une Parole : du « Verbe » !  Il était avant (voyez le visage immuable du Bouddha dans l'article précédent) et il sera après car il n'a fait que se projeter dans une effusion d'Amour.

            C'est aussi ce qu'on appelle le Soi ou Pure Conscience, avec ses  deux facettes : l'une immuable et parfaitement sereine qui est la Réalité suprême, et l'autre mobile et en transformation permanente qui est sa manifestation et, à travers le mental, se diffracte en myriades de formes, de sons, d'odeurs et de couleurs dans une grande symphonie cosmique dont nous sommes ici-bas les témoins, les participants, les éléments ravis ou effrayés suivant les cas.

          Mais c'est à nous, et à nous seuls qui avons la chance de posséder la "conscience de soi", qu'il est donné de pouvoir remonter vers la Source, et de découvrir que cette Réalité immensément pure est la nôtre, au-delà et bien avant l'apparition de toute pensée.

     

    « Je Suis »

     


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