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    Apollon-et-les-Muses.jpg

    Femme à la cithare.
    Extrait de la décoration d'un vase représentant "Apollon et les Muses".

     

         Sappho, même si ses amours étaient compliquées, était maman.

         Voici la traduction d'un joli extrait de poème écrit à l'intention de sa petite fille, à qui elle avait donné le nom de sa propre mère : Cléis.

     

     

    Je possède une belle enfant,

    Un vrai trésor en fleur, ma Cléis adorée ;

    Je ne la cèderais pas même

    Pour toute la Lydie !

      Traduction de © Martine Maillard

     

        Comme vous le savez, nous n'avons retrouvé aucun manuscrit original de Sappho et ne la connaissons que par les citations qu'en ont faites des auteurs ultérieurs.  Le fragment  traduit ici provient d'une citation faite par le grammairien Héphestion dans son Manuel de métrique au chapitre XV (paragraphes 18 et 19).

     

     

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    Femme grecque parée pour la fêteFemme grecque parée pour un mariage.

     

          Sappho tenait une école pour jeunes filles, dans laquelle elle les instruisait de tout ce qu'il était nécessaire de savoir, dans la belle société raffinée de Mitylène au VIIe siècle avant notre ère, pour trouver un digne époux.

        Il serait erroné de s'imaginer que l'amour des femmes était au coeur de ce projet : ou alors il s'agirait d'une sorte de sacerdoce, afin d'offrir à chacune d'entre elles le meilleur moyen d'épanouir ses potentialités. D'ailleurs Sappho semble avoir eu dans sa ville une telle notoriété qu'il serait douteux d'imaginer qu'elle n'effectuait pas le travail demandé avec le plus grand sérieux.

          L'île de Lesbos à cette époque était un comptoir rapproché de l'Asie mineure et à ce titre vivait richement de marchés avec le Moyen-Orient. Aussi les jeunes filles fréquentant l'institut gouverné par Sappho y apprenaient-elles les manières du grand monde, d'abord la danse pour avoir un joli maintien, puis le chant pour posséder une voix mélodieuse, l'art de parler et de deviser avec intelligence, et éventuellement l'art de jouer d'un instrument pour être en mesure de charmer leur époux ; car leur but ultime était de trouver le meilleur parti possible.

     

         Ainsi la poétesse, décriée par la suite par les Romains trop pudiques qui s'offusquèrent de sa vie privée - pourtant demeurée privée - n'en avait pas moins écrit des centaines d' « épithalames », ou poèmes composés à l'occasion des noces de ses élèves quittant l'établissement (vous en avez un exemple ici).

     

        C'est parmi ceux-ci que l'on peut trouver aussi les quelques-uns qu'elle consacra à celles qui n'avaient pas trouvé d'époux - et que pourtant elle appréciait autant que les autres...

           Voici le plus complet, donc le plus agréable à relire. Je vous le communique dans le texte établi par Théodore Reinach pour "Les Belles Lettres", page 279 de l'édition de 1966 (fragment 112 du Livre IX, "Epithalames"). 

     

     

    Texte Sappho

     

        Et voici la traduction que j'en ai établie en vers libres  :

     

    Comme on voit le doux fruit rougir haut sur la branche,
      Si haut... les ramasseurs l'auraient-ils oublié ?
    Mais non, ils n'ont pas pu tout simplement l'atteindre.

     

     


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    (Apollon rivalisant avec un merle)

     

    Vous savez sans doute que la poésie en Grèce était toujours chantée, accompagnée de la lyre ou de la cithare. Nous avons pu retrouver les textes, dont la versification atteste d'un rythme très étudié, nous avons également le témoignage des auteurs et celui des vases peints ou des fresques et bas-reliefs ; mais de la musique elle-même, aucune trace !... Jusqu'à cette "épitaphe" (c'est-à-dire une inscription sur un tombeau) datant du 1er siècle après JC, qui elle enfin, indique des notes. Et elle se chante ! En effet, pour les Grecs initiés aux Mystères Orphiques, la mort n'était pas triste, ce n'était qu'une renaissance.

         C'est pourquoi d'ailleurs sur la tombe où repose Seikilos il est aussi écrit : 
    "Seikilos, fils d'Euterpos, vit...

     

     Ci-dessus, la colonne funéraire.

    Ci-dessous, l'inscription décryptée : au-dessus des lettres, en capitales, on voit d'autres petits signes : ils représentent les notes de musique. (Images tirées du site).

     

    Voici une traduction en vers de mon cru* :

      Tant que tu vis, sois rayonnant,
    Ne pleure pas outre mesure ;

    À pas comptés marche le temps,
    De tes jours réclamant l’usure.

     

    Une autre* :

    Que toute ta vie soit lumière !
    Ne t'afflige jamais longtemps.

    La vie est chose passagère :
         Son terme est fixé par le temps...

     

     Adaptations de Martine Maillard*

         Quant à la musique... eh bien, peut-être peut-on la découvrir ? Ci-dessous la notation moderne telle qu'elle fut décryptée par l'éminent musicologue Théodore Reinach, avec sa traduction littérale.

     

    Extrait du livre de Paule Druilhe : "Histoire de la Musique"
    (Hachette, 1966), p. 22.

           
          Vous trouverez également ici  un bel article (avec le texte en grec) dans Wikipedia.

        Note du 27 juillet 2009 : Je découvre qu'un enseignant (Nikkojazz) a utilisé mes traductions sans me citer en tant que leur auteur. Pour un enseignant, c'est un peu fort... De plus, il attribue à un certain "Emile Martin" la traduction de Théodore Reinach ! Emile Martin, que j'ai recherché sur le net (le site est-il fiable ?), est juste un adaptateur pour des firmes de disques ; ce n'est ni un helléniste, ni un musicologue. Là je vois clairement que quand quelqu'un veut écrire sur internet, il puise ses sources dans d'autres articles sans grand discernement ! Mais au moins pourrait-il les signaler, ses sources.

     

            Et pour terminer en beauté, voici une interprétation trouvée sur Dailymotion.

     

     
     

     * Note de décembre 2014 : aujourd'hui je ne suis plus très fière de ces traductions ; en effet le verbe "phaïnou" habituellement traduit par "brille" et que j'ai abondamment accentué avec "sois rayonnant" ou "sois lumière", signifie en réalité "apparais", tout simplement. Il serait donc judicieux de re-méditer une traduction plus appropriée. À suivre... 

     

     

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    Puisque vous avez aimé l'Amour Mouillé, voici un autre poème d'Anacréon, une "chanson à boire", thème très prisé à l'époque (mais je pense aussi qu'Anacréon était un "chaud lapin" tout de même...)

    Je l'ai traduit à la même époque, mais j'ai eu beaucoup plus de mal. Vous vous en rendrez compte...
    J'y ai ajouté un petit topo sur l'auteur.
       
     

    Vase grec représentant des convives lors d'un banquet, avec une joueuse de flûte double.

     
        Anacréon, poète grec du VIe siècle avant Jésus-Christ, serait né à Téos, en Asie Mineure, d'un père lui-même déjà poète. En cette grande époque du lyrisme, qui voit s'épanouir au Moyen-Orient une civilisation riche et raffinée, il se fait le chantre des banquets, du vin et de l'amour facile. N'oublions pas que le dieu du vin est Dionysos, et que l'"ivresse" qu'il communique s'apparente à l'inspiration poétique aux yeux des anciens. Le terme de "poésie lyrique" lui-même provient du nom de la "lyre", l'instrument avec lequel s'accompagnaient les artistes, qui chantaient toujours leurs oeuvres, gaiement rythmées et soutenues par les petites flûtes et les tambourins. Le rythme affectionné par Anacréon était le rythme iambique, un rythme à trois temps particulièrement entraînant avec l'accent sur le 2e temps.

        Sa poésie devint si célèbre que les poètes latins, puis de la renaissance française s'en inspirèrent (par exemple, Ronsard).

     

     

    Je veux chanter ici le doux et gent Amour
    Aux diadèmes fleuris ; car des dieux il est maître
    Et des mortels nés ou à naître.

    Esclave, apporte l’eau, le vin et les fleurs, cours,
    Pour que je rivalise avec le bel Amour !

    Va, esclave, je veux boire à en perdre haleine !
    Prends dix mesures d’eau, cinq de vin et, bien pleine,
    Donne la coupe d’or : célébrons Dionysos.

    Va, et buvons sans cris, sans tapage et ivresse,
    Avec modération ; chantons notre allégresse
    Avec nos hymnes les plus beaux !

    Je n’aime pas celui qui, en buvant, rappelle
    La guerre triste et les morts tant pleurés ;
    Chantons les Muses, nous, Aphrodite si belle,
    La vie heureuse et le plaisir d’aimer !

    Traduction de Martine Maillard
     

    Tous droits réservés.

     

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  •     Voici un charmant poème d'Anacréon (Poète Grec du VIe siècle av. JC), que j'ai traduit étant élève, à 16 ans en classe de première. Il s'agit d'une adaptation en vers réguliers et rimés, reproduisant le plus fidèlement possible le style du modèle. Ronsard a fait également une adaptation de ce poème dans ses Odes (II, 19), et vous en trouverez une belle traduction de Leconte de Lisle ici (Ode n°III)

             

      

     


        Vers l’heure de minuit, un jour,

        Alors que l’Ourse fait son tour

        Par la main du Bouvier guidée,

        Et que la race fatiguée

        Des mortels dort profondément,

        Tout à coup Eros, m’éveillant,

        Frappa le heurtoir de ma porte.

        « Qui, dis-je, frappe de la sorte,

        Chassant mes rêves sans douceur ? »

        Mais il me dit : « Ne prends pas peur ;

        Je suis un enfant, ouvre vite,

        Qu’en ta demeure je m’abrite !

        Dans la nuit noire j’ai erré,

        Je suis trempé. » Je m’éclairai,

        Émue au son de sa prière,

        Et lui ouvris : à la lumière

        M’apparut un petit enfant

        Tout blond et délicat, portant

        Un arc, des ailes et des flèches.

        Je le guidai pour qu’il se sèche

        Devant mon feu, et de mes mains

        Lui épongeai ses cheveux fins,

        Le frictionnai ; lorsque la pluie

        Fut toute de son corps enfuie

        Et qu’il fut réchauffé, soudain,

        Il dit d’un petit air malin :

        « Je veux essayer cet arc, donne :

        La corde en est-elle encor bonne

        Malgré l’averse de ce soir ?

        Je vais le tendre un peu pour voir. »

        L’arc se tendit, la flèche fine

        Vola tout droit en ma poitrine

        Et m’y causa un mal cuisant.

        Mais lui bondissait en riant :

        « Ah ! Le bon tour ! Je t’ai bien eue,

        Ma flèche en ton cœur est venue !

        Ma corde a l’air en bon état,

        Mais c’est toi qui en souffriras ! »

    Traduction de Martine Maillard
    Tous droits réservés

     

     

     

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