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    Le Soi

     

     

    Seul existe le Soi unique.
    Un silence invariable, immuable.
    Il n'est pas dans l'attente.
    Et Il n'est pas en contemplation.
    Il ne réfléchit pas.
    Il ne se questionne pas.
    Il ne se repose pas.
    Tout cela pourrait être perçu
    comme autant de modes du mental lui-même.
    Qu'est-ce que c'est, ce qui n'est pas en prise ?
    Ce n'est pas un état.
    Ce n'est pas entre un état et l'autre.
    Ce n'est pas l'intervalle entre les pensées.
    Ce n'est pas un intervalle.
    Ce ne peut être ni fait, ni défait.
    Pour Lui-même, il n'existe rien de tel qu'une pratique.
    Rien de tel que des êtres qui Le contemplent, méditent sur Lui ou L'atteignent.
    Caché, pourtant rien ne peut Le cacher.
    Révélé, pourtant rien ne peut Le voir.
    Se connaissant Lui-même, pourtant Il ne possède aucun savoir.
    Réalisé par Lui-même, pourtant Il est dépourvu de mental.
    Se bénissant Lui-même, pourtant Il est au-delà de la dualité.
    Il est, pourtant Il est au-delà de l'être.
    Insondable, imprenable, insaisissable.
    Qui ou qu'est-ce qui est là ?
    Au-delà du péché et au-delà de la vertu.
    Il annonce Sa présence dans le corps par la sensation "je suis".
    Mais Il est au-delà du "je" et au-delà du corps.
    Insaisissable, et pourtant l'attention et le pur intellect
    peuvent Le reconnaître et En prendre conscience.
    Il se révèle, mais Lui-même ne révèle rien.
    En reconnaissant Son absolue omniprésence, la joie emplit le Cœur.
    L'intelligence danse.
    La paix est très heureuse.
    Les univers se prosternent,
    et pourtant ils ne peuvent pas voir leur Seigneur.

    ~ Mooji

     

    Tart Zen - 0 - Le Mat

     

     


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  •         Voici deux lectures qui se sont offertes à moi quasi simultanément et qui présentent un point commun : rien ne peut être changé à Ce qui est.

            Cependant, tandis que la première se positionne dans l'immuable, appelé Soi face au monde changeant et périssable, la seconde se positionne dans le manifesté, qui retourne à la poussière face à ce qu'elle appelle Dieu ou Élohim ("Celui qui fait être ce qui est") - question de culture, le premier texte étant d'origine védantique et le second hébraïque. 
     

    Ascète hindou  

     

    Asthâvakra Gîtâ, chap. 6 traduit par Jacques Vigne
    (éd. de L'Originel).

    Janaka dit :

    « Dans cet océan infini que je suis, la nef du monde est ballottée de-ci, de-là par l'effet de sa propre nature. Cela n'induit pas en moi de rejet.

    Dans ce grand océan que je suis, la vague du monde s'élève et redescend par l'effet de sa propre nature. Cela n'induit pas en moi d'augmentation ni de diminution.

    En moi qui suis l'océan infini, le monde n'est qu'un nom, une forme mentale. Je suis parfaitement paisible, dépourvu de modification, c'est sur cela seulement que je prends appui.

    Le Soi n'est pas à l'intérieur des objets, et il n'y a pas d'objets dans ce Soi qui est infini et immaculé. Je suis sans attachements, sans contact aucun, paisible ; c'est sur cela seulement que je prends appui.

    Oh ! Je ne suis que Conscience et ce monde est pareil à un tour de passe-passe. Ainsi donc, comment pourrait-il être question pour moi de ce que je dois rejeter ou accepter ? »  
     

    L'endroit et l'envers des choses
     

     L'Ecclésiaste (Le Qohélet) chap. 3 traduit par Jean-Yves Leloup
    (Presses du Châtelet).

    « Je sais que tout ce que Dieu fait demeure pour toujours ; à "Ce qui est ainsi", il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher. Élohim permet à l'homme d'éprouver cela et d'en frémir.

    C'est ainsi ; ce qui était, ce qui est, ce qui vient. En Dieu rien ne se perd.

    Mais qu'est-ce que je vois sous le soleil ? Non la droiture, mais le crime ; non la justice, mais le meurtre.

    Je me dis en moi-même : « Le juste et le criminel »,  Élohim, l'Être qui fait être tout ce qui est, les jugera. Il y a un temps pour toutes choses et pour toutes actions.

    Je me dis en moi-même, à propos des enfants des hommes : Élohim, l'Être qui les fait être, les éprouve pour qu'ils sachent qu'ils sont des bêtes. 

    Le joie de l'homme et la fin de la bête sont identiques, comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre et c'est un même souffle qu'ils respirent tous les deux ; la supériorité de l'homme sur la bête est nulle, tout est illusion.

    Tout s'en va vers un même lieu : tout vient de la poussière et tout retourne à la poussière.

    Qui sait si le souffle des fils de l'homme monte vers le ciel et le souffle des bêtes descend vers la terre ?

    Je vois qu'il n'y a de bonheur pour l'homme que de se réjouir de ce qu'il accomplit, c'est là sa part ; pourquoi se soucierait-il de ce qui vient après lui ? »

     Tarot Dakini-13-Mort-Tranfiguration

     

                À nous de comprendre alors, que si nous nous situons dans le manifesté comme c'est le cas dans le second texte nous sommes semblables aux bêtes en effet, animés d'émotions, sujets à la souffrance et destinés à la mort ; mais qu'en nous est le germe de la Vie Divine, qui nous permet de nous rallier au plan de l'Immuable où comme le constate Janaka, le disciple d'Asthâvakra, plus rien ne nous blesse, notre Nature véritable étant incorruptible.

      

    L'ascète Asthavâkra enseignant au roi Janaka

     

     


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    L'Ecclésiaste

     

     

    « Illusion, tout est illusion.

    À quoi bon toute la peine des humains sous le soleil ?

    Les générations se succèdent, la Terre est encore là.

    Le soleil se lève, le soleil se couche.

    Il va vers là d'où il vient, le vent tourne,  du midi au nord, il retourne au vent.

    Les fleuves coulent vers la mer et la mer n'est pas remplie, ils n'en finissent pas de couler.

    Toutes les paroles sont usées, incapables de dire, l’œil n'est jamais satisfait de ce qu'il voit, l'oreille n'est jamais remplie de ce qu'elle entend.

    Ce qui fut sera, rien de nouveau sous le soleil.

    Quelqu'un dit : « Voici du nouveau » ; cela était dans les siècles qui nous ont précédés.

    On ne se souvient pas de ce qui était, on ne se souviendra pas de ce que nous sommes.

    Moi, Qohélet, j'ai été roi d'Israël à Yeroushalaïm.

    De tout mon cœur j'ai cherché la Sagesse et observé tout ce qui se passe sous le ciel ; c'est un dur travail qu'Elohim, « l'Être qui fait être tout ce qui est », donne aux enfants des hommes pour qu'ils s'y exercent.

    J'ai observé tout ce qui se passe sous le soleil : tout est illusion et illusoire, poursuite du vent.

    Ce qui est tordu reste tordu, ce qui manque ne peut être mesuré.

    Je me suis dit à moi-même : voici que j'ai amassé et accumulé toutes sortes de savoirs plus que quiconque avant moi à Yeroushalaïm.

    J'ai acquis science et sagesse pour comprendre la bêtise et la folie : je sais maintenant que cela aussi est illusion, poursuite du vent. »


    L'Ecclésiaste (Le Qohélet)
    Adaptation de Jean-Yves Leloup
    (Presses du Châtelet, 2016)

     

     


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  •        Ce que dit Christiane Singer dans le texte cité précédemment n'a rien d'exceptionnel.

            C'est en parfait accord avec ce qu'écrivait Aurobindo dans ce passage cité sur mon blog il y a quelques années :

     

    «    Ce n'est que lorsque le voile est déchiré et le mental divisé dominé, silencieux et passif sous l'action supramentale, que le mental lui-même retourne à la Vérité des choses.

         Là nous trouvons une mentalité réflectrice, lumineuse, qui obéit et sert d'instrument à l'Idée-réelle divine. Là nous percevons ce qu'est réellement le monde ; nous savons de toutes les manières que nous-mêmes sommes en autrui, qu'autrui est nous-mêmes et que nous sommes tous l'Un universel qui s'est multiplié.

            Nous perdons la position individuelle rigoureusement séparée qui est la source de toute limitation et de toute erreur.  »

    ( La Vie divine, Albin Michel Spiritualités vivantes, tome 1, p.226)

     

          Nous nous souviendrons aussi de ce qu'écrivait Ivan Wyschnegradsky, dont "la Journée de l'Existence" m'a si longtemps poursuivie de ses questionnements métaphysiques :

     

    Quelque chose de nouveau, d’immense, de sublime s’accomplit,
    Un miracle comme il n’y en a pas eu jusqu’ici…

    Ah… Les flots d’un amour ineffable m’envahissent
    Et me portent sur leurs ailes.

    Ô vous, mes proches et mes lointains,
    Et vous, choses de tout l’univers,
    Je suis en vous, vous êtes en moi,
    Dans mon souffle - dans mon amour -
    Unique, tout-puissant, illimité… !


    Ivan Wyschnegradsky, La Journée de l'Existence,

    L'obtention - Entrée dans l'état final parfait
    (écouter ici de 44'58 à 45'50) 

      

    Autrement dit...


    Quand tout converge, on sait que l'on se rapproche de la Réalité...

     

     


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  •       À la demande de Capitaineecho dans son commentaire à l'article précédent, je reproduis ici le merveilleux texte de Christiane Singer que j'ai trouvé il y a quelques jours sur facebook (publié par Milko Angelo Mestdagh le 26 juillet).

            Il témoigne de ce que l'on découvre lorsque l'on se détache du corps qui nous emprisonne.


          

    Christiane Singer

     

    « C’est du fond de mon lit que je vous parle, et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous que je parle au creux de l’oreille. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais. Toute mon œuvre était un partage de mon expérience de vie. J’ai voulu faire de la vie un haut lieu d’expérimentation.

    Ma dernière aventure ? Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence, calcinée jusqu’à la dernière cellule.

    Il y a eu une nuit surtout où j'ai dérivé dans un espace inconnu. Et ce qui est bouleversant, c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure ! Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’Amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c'est pour en témoigner finalement que j'en sors parce qu'il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l'océan et ruisselle encore de cette eau. C'est un peu dans cet état d'amphibie que je m'adresse à vous. On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir.

    Je croyais jusqu’alors que l’Amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.

    Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j'ai de la peine à me séparer de vous.

    La main sur le coeur, je m'incline devant chacun de vous. »


    Christiane Singer

     

    « L’Amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. »

    « On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. »

    « Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. »

     

     

          


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