•        De retour sur le net, plutôt épuisée et je dirais même "anéantie" par l'aimable tourbillon que j'ai eu l'honneur d'emprunter, je vois que, comme le monde extérieur et comme la télé, il est rempli de bonnes intentions ("je vous offre des fleurs, des poèmes, de la douceur"...) et rempli d'horreurs (notamment sur facebook : "Changeons le monde !" "Partout la violence !" "Je n'aime pas ça !" "Je veux autre chose !")   

          "Je" semble se débattre dans la louable intention de faire du beau où il y a du laid.

         Je commencerai de nouveau cette réflexion par un poème de Phène, moins violent il est vrai que ma propre vision actuelle.

     

    Moi-jeu

    forge des chimères

    martèle des vérités refuges

    édifie de colossaux néants

    fomente la trahison

    couronne la crapule

     

     

    Moi-je

    grand maître des couchants

    condamne le Lumineux

    à l'exil

    de

    Soi

     

    Phène- Feuillets Apocryphes
    Éditions Caractères

     

          Aujourd'hui je vois l'ego comme un véritable "Gremlin", ce petit monstre qui se multiplie soi-même de façon exponentielle pour la jouissance et la destruction. 

    Delacroix - Mort de Sardanapale

     

         Avide d'expérimentation, il se crée un cinéma qui le maintient sans cesse en alerte et justifie sa survie.

         Alors que la Vie...



       .... C'est juste un passage dans un champ où la nourriture surabonde... Puis la disparition.

     


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  •       Aujourd'hui, je reviendrai à la simplicité que vous aimez pour vous proposer ces quelques fleurs... Des violettes de la rue, et la première rose de mon jardin.

     

    Violettes

    Elles sont belles et discrètes.

     

    Rose

    Elle est encore timide...

     

           J'ajoute que je suis prise dans un tourbillon qui va m'éloigner d'internet quelques jours, et que si vous ne me voyez pas sur vos blogs ce sera faute de temps et de connexion.

           C'est pourquoi d'ailleurs je préfère m'éloigner sur un sourire !

              Amitiés à tous.

     

     


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  •      Le combat de Jacob avec l'Ange de Dieu est un passage de la Genèse qui a beaucoup inspiré les peintres comme les commentateurs.

             Comme tous les passages où l'Éternel se manifeste de façon quasi matérielle, plus que par sa seule Voix, celui-ci frappe et interroge. 

     

    Gravure de Gustave Doré

     

           Beaucoup d'illustrations en ont été faites, cependant celle qui me séduit le plus est cette gravure de Gustave Doré, car elle correspond à ma compréhension de cet épisode.

            Bien sûr, l'interprétation que j'en fais n'est pas littérale ni strictement biblique ; elle ne correspond pas à une connaissance de la tradition religieuse, qu'elle soit hébraïque, chrétienne ou islamique. Non, je m'orienterai plutôt vers une vision archétypale, vers un éclairage à valeur initiatique.

         Voici le texte :

    23 Cette nuit-là, Jacob se leva ; il prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et passa le gué du Yabboq.
    24  Il leur fit passer le torrent et fit aussi passer ce qui lui appartenait.
    25 Jacob resta seul. Or, quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.
    26 L’homme, voyant qu’il ne pouvait rien contre lui, le frappa au creux de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant ce combat.
    27 L’homme dit : « Lâche-moi, car l’aurore s’est levée. » Jacob répondit : « Je ne te lâcherai que si tu me bénis. »
    28 L’homme demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Jacob. »
    29 Il reprit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire : Dieu lutte), parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. »
    30 Jacob demanda : « Fais-moi connaître ton nom, je t’en prie. » Mais il répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? » Et là il le bénit.
    31 Jacob appela ce lieu Penouël (c’est-à-dire : Face de Dieu), « car, disait-il, j’ai vu Dieu face à face, et j’ai eu la vie sauve. »
    32 Au lever du soleil, il passa le torrent à Penouël. Il resta boiteux de la hanche.

    Genèse 32, 23-32
    Site AELF

     

         Gustave Doré montre Jacob monté sur un rocher. Ce n'est pas vraiment l'impression que donne le texte biblique qui souligne qu'il était parvenu à un gué, mais c'est ce qu'évoque cette rencontre absolument exceptionnelle. 

         Dans sa marche si difficile car faite de luttes et de défis vers la révélation de ce qu'il est réellement, Jacob est parvenu à un seuil, à un passage qui est certainement primordial dans son cheminement. On peut en donner pour preuve qu'il abandonne tout : sa famille, ses biens, toutes ses possessions, et qu'il demeure seul.

          C'est cette solitude absolue, ce dépouillement de tout, que l'illustre graveur traduit par une situation élevée - qui bien sûr le rapproche du Ciel et l'expose à la Rencontre qu'il va connaître.

           Jacob se heurte alors à une Force tombée d'on ne sait où (puisqu'il était demeuré seul), qu'il identifie à "quelqu'un" : les traducteurs disent "un homme" mais si l'on navigue d'une traduction à l'autre on voit qu'il n'est jamais fait mention que d'un pronom, "Il" sans autre précision, et que l'aspect "humain" n'est supposé que dans le seul fait qu'il y ait lutte... De plus c'est la nuit totale, et Jacob ne peut voir à qui il a affaire.

           Il s'agit donc de ce qu'en langage initiatique on nomme un "Gardien du Seuil" : un "autre vous-même" qui s'oppose catégoriquement à ce que vous franchissiez une certaine limite.

            Cependant Jacob est un élu. Il n'abandonnera pas. Rien ne le fait lâcher prise. Pas même le coup puissant que lui assène l'adversaire, qui lui déboîte la hanche ! Outre la vive douleur qu'il a dû ressentir, Jacob essuie ici un choc qui semble signer son infériorité, car tout être boiteux correspond, en langage symbolique, à une personne ayant perdu sa puissance, sa stabilité, son assurance, et donc incapable de s'imposer.  

         Mais il n'abandonne pas et l'aurore se lève, lui permettant donc de discerner enfin son assaillant. Or à ce moment le texte ne nous délivre sur ce point aucune indication, si ce n'est que Jacob réclame une bénédiction... Puis que les protagonistes se demandent mutuellement leur nom.

          Et qu'est-ce que le "nom", sinon l'identité exacte de la personne concernée ? Le nom résume et décrit qui l'on est ; et si le nom de "Jacob" signifiait jusque là qu'il était "aimé de Dieu" (ou favorisé par Lui),  voici qu'un nouveau nom lui est non pas proposé, mais imposé : "Israël", celui qui "se mesure à Dieu" ! Et Jacob lui-même dit ensuite qu'il a vu la Face de Dieu sans mourir ; comme Moïse - tandis qu'Élie se voilera le visage en signe d'humilité...

          Celui-ci lui réplique simplement : "Pourquoi me demandes-tu mon nom ?"

         La phrase est impressionnante... Il y a deux sous-entendus qui crient sous les mots énoncés ; le premier : "tu le connais parfaitement !" ; et le second : "je n'en ai pas !" Si l'on se fie au premier, on doit comprendre que Jacob a reconnu instantanément son agresseur : la preuve en est qu'il lui demande sa bénédiction. Et pour le second, c'est le simple rappel que le Dieu de Moïse ne peut être nommé car il s'identifie par un tétragramme imprononçable (YHVH) que l'on évoque à peine avec la formule Je-Suis.

          Qu'a donc rencontré Jacob au passage de ce "gué" fatal ? Et est-il certain qu'il n'en soit pas mort ?

         Il s'est heurté à cette Puissance même dont il est issu et vers laquelle il se dirige, et qui tel le passeur Charon pour traverser le fleuve Styx, lui réclame d'abandonner jusqu'à son nom et sa force, ou volonté propre (la vigueur de ses jambes). Changeant de nom et d'aspect physique, il devient un autre : il se dépouille de lui-même, meurt à sa personnalité passée. Et s'il déclare "avoir eu la vie sauve", c'est simplement parce qu'il a su abandonner tout ce qui devait être abandonné pour accepter pleinement ce qui lui était donné, dans une simple bénédiction .

         S'il n'avait pas tenu tête, il serait resté piteusement tel qu'il avait toujours été et n'aurait pas traversé ce Seuil vers une manière d'être plus large et plus ouverte, vers l'accomplissement d'une Volonté qui le dépasse.

     


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  •  

    et même si le gueux
    a usurpé le Trône
    depuis des temps immémoriaux
    Sa Majesté
    demeure


    Phène 
    Feuillets Apocryphes (Lignée Royale)

     

    Autorité


         
       
    Et vous, que vous inspire cette image ?

     

     


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  •         J'ai déjà évoqué ce beau passage du Psaume 37, v.7 mis en musique par Félix Mendelssohn dans son Oratorio "Elias" (voir ici) :

    « Reste paisible auprès du Seigneur et attends-Le ».  

     

    Le jeune David
    Image tirée du site

     

           Il en existe une autre interprétation musicale dans l'oratorio plus récent et conçu en français d'Arthur Honegger  "le Roi David", sur un livret de René Morax.

           Par la fantaisie du librettiste qui s'attarde aux détours de l'histoire supposée du jeune David, et la fougue du compositeur âgé d'à peine 28 ans, il s'y ajoute une belle envolée d'oiseau vers les montagnes quand la flèche acérée de Saül le jaloux risque de transpercer l'innocent berger poète.


    « Ne crains rien et mets ta foi en l'Éternel !

       Pourquoi me dire : "enfuis-toi
       Comme fuit l'oiseau du ciel
       Vers les montagnes ?"
       Le méchant bande son arc 
       Et sa flèche va siffler,
       Car dans l'ombre il a tiré
       Sur l'innocent au cœur droit...

       Ne crains rien
       Et mets ta foi en l'Éternel. »

     

     

          Mourir est la principale crainte de l'ego. Pour cela il s'invente mille ennemis afin d'alimenter un réflexe de protection ; mais les ennemis font partie de son monde, ils sont issus de ses pensées. Celui qui s'enracine dans l'Éternel ne peut mourir. Il n'a pas à fuir, nul endroit à chercher, mais seulement à demeurer stable en sa nature profonde.

          Arthur Honegger, qui par son origine suisse était de confession protestante, imprègne cette oeuvre d'une foi rayonnante.

     

    Le Roi David

     


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