•     Amusons-nous ! Classons le billet d'aujourd'hui dans "Promenades" ! Mais vous me connaissez... Je ne fais plus que méditer. Et je n'ai pas pris la moindre photo de la radieuse escapade faite aujourd'hui dans la campagne environnant ma ville, sous un ciel d'azur éclatant.
     

          Aussi l'image qui accompagnera cette initiation à la "Marche Nordique" sera-t-elle tirée du Tarot d'Osho Zen, car je trouve qu'elle l'illustre parfaitement.

     

    Rajneesh-Tarot Zen- L'instant Présent

     

           Les Vierges Sages attendent la venue de L’Époux. Mais elles n'en connaissent ni le jour, ni l'heure. La nuit se fait longue et l'attente douloureuse. Que peuvent-elles donc faire, sinon entretenir soigneusement la petite lampe qui leur permet de rester éveillées ?

           À tout instant je peux trouver de l'huile pour ma lampe. Ainsi lors de cette première approche d'une pratique que j'ignorais. Voyez plutôt.


           La Marche Nordique se pratique avec deux bâtons, ce qui est relativement bien connu. Mais ces bâtons doivent mesurer les deux tiers de votre taille, ce qui les rend assez hauts ; et de plus il faut les attacher non à la main, mais au poignet, ce qui conduit à cette étonnante remarque : on ne les tient pas droits, mais inclinés. Ils ne servent pas à s'appuyer, mais à se propulser. On ne les pose pas alternativement auprès du pied opposé, mais au milieu de l'enjambée, en-dessous de soi dans l'axe du corps, ce qui oblige à les pousser très loin en arrière à chaque pas.

            Après quelques tâtonnements, en écoutant les recommandations de l'instructeur  et en cherchant à imiter son mouvement , voici ce que je découvre :


         Tandis que le pied arrière est poussé jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que le gros orteil sur le sol, le bâton opposé est entraîné par le bras loin derrière, au point que la main doit s'ouvrir et qu'il serait lâché s'il n'était pas attaché.

         Ce mouvement doit créer l'impulsion vers l'avant de l'autre pied et de la main correspondante serrant de nouveau la poignée de son bâton.


        Sur le chemin caillouteux, on n'entend plus que les ricochets des bouts ferrés qui peinent à s'incruster. Il faut dire qu'il fait très sec et que la voie sillonnée par les tracteurs présente des inégalités importantes entre les rails où sont passées les roues et les mottes herbeuses qui les bordent.

          Et voici que soudain l'expérience me parle...

           Derrière moi, je lâche le passé ; ouvrant la main, relevant le pied, je le rends à la poussière dont il est issu.

           Devant moi, j'ai le regard porté à l'infini. Les champs labourés, les quelques bocages égayant la plaine rase jusqu'à l'horizon émettent à peine leurs notes colorées sous l'immensité grandiose du ciel radieux. Le pied porté vers l'avant n'est même pas encore posé.

             Où suis-je ? Qui suis-je ?

              Le chemin derrière est lâché ; le chemin devant n'est pas encore atteint... Où suis-je ? Dans quel intervalle lancée, pas encore posée, et en mouvement, peut-on parler d'instants ?? Il n'y a pas de présent, le présent n'existe pas, c'est un perpétuel abandon dans un espace où rien n'est encore advenu ; c'est un perpétuel projet, un jaillissement vers l'avant, un à venir non encore touché, encore ignoré.

             Cela m'a grisée quelque temps.

            Cela illustrait parfaitement la découverte que j'avais faite hier en  réécoutant La Journée de l'Existence d'Ivan Wyschnegradsky (dont je vous ai maintes fois parlé). Depuis la première audition de cette œuvre diffusée pour la première fois en juillet 1978 et que j'avais enregistrée, je n'ai jamais cessé de chercher à comprendre le cheminement de la pensée de ce musicien mystique qui y décrit le développement de la conscience humaine jusqu'à l’Éveil parfait, sans que jamais m'apparaisse l'élément qui déclenchait pour lui la révélation finale.

          Et brusquement hier j'avais réalisé que c'était cette proposition :

    «   Si réellement la Vie n'est qu'un Souffle Unique des ténèbres du Rien vers la Lumière du Tout...! »

          Proposition qu'il reprend dans sa conclusion en ces termes, illustrés parfaitement par la musique :

    «   Et je proclame cette Vérité qui est :
          - le Tout           [paroxysme orchestral]
          - et le Rien ! »   [extinction subite]

     

           C'était cela bien sûr : ce jaillissement venu de l'intérieur, comme une fleur qui s'ouvre... le Tout qui apparaît ! Puis cette rétraction immédiate vers le Rien - le passé balayé - ; puis de nouveau le jaillissement vers le Tout - l'instant recréé ! Comme un cœur qui bat, comme des poumons qui respirent, tout cela venu du Centre de Soi-même... ! La Vie, une pulsation sans cesse renouvelée, la Joie, la Joie permanente !

           J'avais entendu cette phrase des quantités de fois auparavant sans en comprendre ni le sens ni la portée, et il est vrai qu'avec un mental encombré il est difficile de concevoir ce que peut être un "Souffle Unique" : ainsi, de même que lors de la promenade-exploration racontée précédemment, j'ai pu aujourd'hui remarquer combien l'exercice physique, en "vidant la tête", peut être enrichissant pour l'âme.

      

    Jaillissement

     

     


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        Comme je vous le disais, les mots (maux) disparaissent au fur et à mesure qu'ils sont déposés ici.

           Changement de décor... 

            Le billet du jour n'entre dans aucune catégorie : ni Musique puisque ce qui compte c'est le sens, ni Poèmes puisque celui-ci n'est pas de moi, ni Citations puisqu'il y a beaucoup plus, ni Réflexions ou Philosophie puisqu'il n' y touche qu'à peine... On aurait pu songer à Peintres ou à Promenades ? Mais j'ai finalement choisi Musique, pour ce cher Francis Poulenc qui sait si bien nous faire méditer sur de beaux textes.

    * * *

     

        Après avoir modifié ma page d'accueil comme vous le constatez, je me suis réveillée ce matin avec en tête ce poème d'Apollinaire découvert grâce à sa mise en musique par Francis Poulenc : la Grenouillère.

              En effet, ne sommes-nous pas dimanche ?

     

     

     
        En voici le texte pour ceux qui ne pourraient entendre correctement la vidéo ; mais il s'apprécie vraiment avec la musique de Francis Poulenc, qui en exprime toute la profondeur méditative.

    Au bord de l'île on voit
    Les canots vides qui s'entre-cognent
    Et maintenant
    Ni le dimanche ni les jours de la semaine
    Ni les peintres ni Maupassant ne se promènent
    Bras nus sur leurs canots avec des femmes à grosse poitrine
    Et bêtes comme chou
    Petits bateaux vous me faites bien de la peine
    Au bord de l'île.

    Guillaume Apollinaire (Il y a)

     

         Ce poème fait allusion à des toiles d'Edouard Manet que l'on peut voir ici ou , et rappelle celle d'Auguste Renoir portant le même titre (ici).


    * * *

          Mais ne peut-on s'imaginer que ces petits bateaux qui se reposent, ce sont nos corps ?

       Et que "les peintres" et "Maupassant", ce sont nos ego momentanément endormis ?

           
          Et dans ce cas, quelle paix !... 

     

    La Grenouillère -Renoir - Extrait

     

     


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    Voici pourquoi est apparue la Séparation :

    Pour que l'Amour soit ressenti ;

    Puis la Souffrance ;

    Puis la Tristesse ;

    Puis la Joie.


    Pour que l'Amour soit extériorisé,

    Que la Beauté soit perçue,

    Que la Forme soit vue,

    Et les sons entendus,

    Et les saveurs goûtées ;

    Et que le Miracle naisse dans le Cœur comme éclot une Fleur.

     

    Ainsi naquit la Trinité :

    De la Source ou Sujet ou Père

    S'extrait la Créature ou Objet ou Fils,

    Ce qui libère entre eux un puissant courant d'Amour appelé aussi Vision ou Esprit Saint.

    De la Source Vide, Immobile et Silencieuse émane la Vie qui est Mouvement et Forme, et entre elles circulent les opérations mentales - ressentis, émotions, pensées.

    De cette Séparation est né l'Espace, distance du Père au Fils qui est aussi Esprit Saint, Blessure d'Amour que rien ne peut guérir ;

    Et le Temps, attribut de l'Espace né du désir de Retour.

    Toutes les relations humaines reflètent ce modèle de base.

    Toute la douleur humaine a son fondement dans cette Vérité.

     

    Ainsi nos rencontres ne sont que symboles.

    Rien de ce qui apparaît n'est Réel ;

    N'est Réel que ce que nous ressentons alors.

    Les mots que je dépose ici sont brûlés à mesure parce qu'ils sont faux.

    Il n'y a qu'une brûlure : la brûlure de l'Amour.

    Il n'y a qu'un mot : le Cri, modulé de toutes les façons.

    Jésus poussa un grand cri et expira.

    Le Père a entendu son Enfant crier Grâce et il a frappé.

    Le Maître, Archer Suprême, atteint toujours sa cible.

    L'Enfant nouveau-né ne peut manquer le sein de sa Mère.

    Il ne peut y avoir d'erreur puisqu'il n'y a qu'une seule Blessure,

    Un seul Sang versé,

    Un seul Souffle émis,

    Une seule Larme coulée.

     

     Mais que d'épreuves traversées dans cette seule Larme d'Amour !

     

    Crucifixion- peinture Italienne du XVe siècle

     

     


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  •           Y a-t-il des "limites" à dépasser ou à franchir ?

               Y a-t-il des murailles à détruire ?

              La conclusion de mon précédent récit pourrait donner à penser que le salut est dans l'abolition de tout, et le Néant un but en soi.

     

    Trompettes de Jéricho

     

            Pourtant je me suis efforcée d'exprimer que cet espace illimité découvert à la fin était en même temps un Cœur vibrant et véritablement vivant.

           Or bien sûr ce qui vibre est de nature énergétique, donc matérielle ; et ce qui est vivant est définissable.

           Le Sutra du Coeur (du "coeur", justement), passage principal de la sublime "Prajna Paramita" ou art d'atteindre à la Suprême Sagesse du Bouddha, commence par ces mots très puissants : 

    « La forme est vide ; le vide est forme.

      La forme n'est pas autre chose que le vide et le vide n'est pas autre chose que la forme.

       Là où il y a forme il y a vide et là où il y a vide il y a forme. »

     
         Il est temps de cesser ce mouvement de bascule entre le fini et l'infini, de cesser d'opposer l'illimité au limité.

              L'infini a le visage du Vide ; le limité a le visage de la Forme. Mais il ne faut pas en conclure que l'infini ne serait pas habité ; ni que le mot limite serait réduit à l'idée de structure mentale.

           La Forme a l'aspect du Vide parce qu'elle n'est pas nommée, elle échappe à tout concept ou définition ; mais elle demeure en tant que contact, sensation, preuve de la Vie de l'Être.

            Le Vide a l'aspect de la Forme parce qu'il est vivant, sensible, expressif, qu'il se déploie en manifestation joyeuse et riche, quoique dénué d'appartenance comme de parties séparées.

            La seule limite que nous ayons à ôter est donc ce tracé mental qui sépare en catégories le vivant et en fait des choses soumises à perpétuelle évaluation. En d'autres termes : ce qui substitue sa loi au réel et que nous avons coutume de nommer ego, car il se résume à un je - "je vois, je pense, je dis, je fais"... "Je" illusoire puisque le Réel s'accomplit de Soi-même.

           Ainsi, comme l'écrivait Phène :

    « L'Être est à la fois la Lumière et Cela qu'elle éclaire. »

     
    Lotus

     


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  •         Voici un conte inspiré d'une méditation guidée que l'on m'a fait effectuer en 1991 : la "Méditation du Trésor Caché".

           Elle consistait à visualiser que l'on descendait dans la cave de sa maison, et qu'en y creusant on découvrait un Trésor. Cette trouvaille était sensée représenter notre créativité ignorée, nos dons secrets, et nous permettre d'en prendre conscience afin de l'exploiter.

           Bizarrement le souvenir m'en est revenu, mais tout est devenu différent. 

     

    Tarot de la transformation - Rajneesh

         Je suis un sannyâsin, et depuis vingt ans je sers mon Maître, respectueusement, fidèlement, attentif à ses moindres gestes, à ses moindres demandes.

          Hier enfin, mon Maître m’a confié un tout nouveau travail. Me tendant une pioche, il m’a demandé d’entrer dans la cabane que j’habite et d’y creuser profondément afin de trouver le Trésor qui s’y cache.

          Je me suis empressé de lui obéir. J’ai creusé toute la matinée, et vers midi enfin j’ai déterré un coffre, que je lui ai porté.

          Du bout de sa canne, il a fait sauter le loquet, le couvercle s’est renversé, et sont apparues des pierreries, une couronne et un sceptre.

          D’un regard de feu, il embrasa mon trophée et le réduisit en cendres. « Ce n’est pas cela, me dit- il, creuse encore ». Je retournai donc à la tâche.

         Tout l’après-midi, je m’évertuai à creuser, toujours, toujours plus profond… La sueur coulait sur mes tempes, mes membres et mon dos, et tout mon corps me faisait souffrir. J’étais descendu bien profond déjà quand je découvris enfin une large poche de cuir brune, épaisse et douce.

           Tressaillant de joie, je la lui portai aussitôt. Assis en méditation face au soleil couchant, il ne me prêtait plus attention et c’est avec difficulté que je lui exposai ma trouvaille.



    Le Trésor Caché - dessin de 1991

     

           D’un mouvement de sa canne, il détacha les lacets qui accolaient les peaux et dégagea un cœur vivant, qui battait doucement et régulièrement en émettant chaleur, lumière et harmonie.

          Levant vers moi un œil compatissant, il me dit : « Prends-le, il est à toi. Mais tu n’as pas encore trouvé. Creuse encore. »

         La nuit tombait. Je me sentis plus seul et misérable que jamais. À la fatigue et au découragement s’ajoutaient la honte de ne pouvoir satisfaire mon Maître. Voyant avec désespoir celui-ci se fondre peu à peu dans la nuit je retournai creuser le puits profond qui maintenant avait envahi le sol entier de ma cabane.

         Je creusais plus lentement, épuisé, dans les ténèbres. Je pensais avoir échoué, avoir déçu mon Maître. Seul me tenait en éveil le bruit régulier que faisait ma pioche en frappant la terre. Par moments je dégageais de grosses pierres que je lançais sur le côté. Le temps, dans l’obscurité, s’était comme suspendu. La tristesse et la fatigue mêlaient leurs larmes sur mon visage et mes épaules.

         Soudain, ma pioche me parut m’échapper, elle fut comme aspirée, ne rencontrant plus d’obstacle ! Une béance s’ouvrait sous mes pas... Y avait-il une cavité là-dessous ?

         Voici qu’à chaque nouvel effort la béance s’élargissait, de plus en plus ténébreuse, trahissant une ouverture toujours plus vaste ne laissant paraître aucune transition entre mon argile solide et ce vide inattendu. Un vent venu des profondeurs soufflait vers moi son haleine fraîche, me stupéfiant autant que m’effrayant. Comment cela se faisait-il ? Y avait-il là-dessous un passage ouvrant vers le cosmos, vers l’espace infini ?!

         De peur, je reculai et cherchai à m’agripper aux parois, pour remonter vers la sécurité de ma petite maison. J’étais à bout de forces. Ne comprenant plus rien, je me creusai un nid dans la paroi et m’y blottis pour dormir.

          Ce fut un sommeil profond et pesant. Le mystère et la terreur m’avaient comme englouti. Il ne restait plus rien de mes certitudes et de mes espoirs du passé, ils avaient été détruits par le regard de feu de mon Maître en même temps que le premier coffre. Et quant à ma foi en la possibilité d’aboutir dans ma quête, elle s’était dissoute avec la silhouette du Maître perdue dans la nuit et avait succombé à la vanité de mes efforts.

    ..........……………………………………………………………

         Quand je m’éveillai le Jour se levait, et devant moi la béance ouverte dans la nuit avait pris la forme du Cœur que m’avait rendu mon Maître ; mais cette fois, immense et lumineux, il se dilatait lentement et régulièrement de lui-même, tout en conservant sa pulsation gracieuse et paisible.

         Émerveillé, ébloui, je contemplai l’espace limpide qu’il révélait, s’ouvrant sans cesse davantage vers un abîme de clarté où il me semblait distinguer, sans le voir, le regard rayonnant de mon Maître.

         Bientôt il n’y eut plus de maison, plus de sol, plus de monde, et tournant mon attention vers moi-même, je m’aperçus que je n’avais plus de corps, plus de contours… Toute forme, toute couleur, toute sonorité, toute sensation avaient disparu.

          Qui étais-je ? Où étais-je ?

          Je n’étais plus qu’immensité radieuse.

          Qu’un Cœur souriant à l’Infini.

     

     

     


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