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        Garder l'espoir envers et contre tout, ce n'est pas toujours facile. Et il est des "résurrections" qui parfois se laissent attendre... Telle celle d'Ingrid, vers laquelle en ce temps de Pâques vont toutes nos pensées.
        C'est pour entretenir cette flamme que j'ai écrit ce poème : il n'y a pas que la flamme olympique, qui mérite d'être entretenue. Tout être qui souffre pour une noble cause prend une stature universelle, devient une figure exemplaire... Et c'est la force de cet amour qu'elle suscite qui peut agir encore, par-delà la distance, et la ramener vers nous, en sauvant s'il le faut tous ceux qui sont entraînés avec elle dans l'horreur de la guerre.
     
     

     


    À  chaque heure qui s'ajoute
    De ce temps infini
    Qui nous sépare de toi
    Ingrid
    Nous voudrions crier
    Nous voudrions allumer des lumières
    Partout dans le monde
    Nous voudrions marcher vers toi

     

    Marcher sur la mer
    Marcher sur ces arbres immenses qui t'emprisonnent
    Marcher sur les nuages sur les montagnes
    Marcher sur les fleuves sauvages
    Pour te voir libérée
    Pour te voir revivre
    Pour te voir enfin sourire
    Et embrasser tes enfants

     

    Toi si forte
    Toi si grande
    Toi qui domines à présent le monde
    De la noblesse de ton âme
    De la grandeur de ton sacrifice
    De la force de ton courage
    Ingrid

     

    Fasse le Ciel
    Fasse tout l'amour des hommes
    Avec leurs cris et leurs lumières
    Avec leur marche victorieuse
    Et leur désir et leur espoir
    Que tu revoies enfin ta ville
    Que tu revoies ta mère
    Et tes enfants et ta famille
    Et tout ton peuple et ceux qui t'aiment

     

    Veuille le Monde
    Que tu nous sois enfin rendue
    Riche de tant d'années d'amour
    De labeur de souffrances
    De patience et d'endurance
    Enfin vivante
    Et souriante

     

     

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        J'avais oublié la magie de Pâques.
        On pense trop "cloches" et puis "lapins".
        On pense trop "œufs et "chocolats".
        On pense "coucous" et "pâquerettes", et gai soleil et vent léger...

        Alors que Pâques est un travail en profondeur, une puissante alchimie qui agit en nous-mêmes comme dans la terre, une fois pas an.
        Cette année, c'est bizarre : elle est tombée le 23 mars ; le surlendemain de la Pleine Lune du Bélier, jour de force où les puissances masculines s'allient aux puissances féminines, où les puissances du Mal s'opposent aux puissances du Bien, où s'équilibre la pulsion vers la vie matérielle et l'aspiration vers le Ciel (jour de Force donc pour un vendredi Saint !) ; et la veille de la Saint-Gabriel (archange de l'Annonciation) ; l'avant-veille de la fête de la Fécondation de la Vierge Marie (fête de l'Annonciation).
        Ce fut chez nous une journée de lumière, entachée seulement par le froid et l'annonce d'une proche perturbation qui ne nous toucha que le soir ; puis le lundi fut, malgré les prévisions de météo France, plongé dans les ténèbres de plus en plus profondes : rare en cette fête de la résurrection.

        Mais quelle résurrection ? Voici un mot qui ne nous parle plus dans son sens vrai. Oui, bien sûr on se dit : "ce qui était mort redevient vivant". Et on n'y croit pas, sauf pour la nature : eh oui, les arbres dépouillés bourgeonnent à nouveau... mais pour le reste ?

        Non, ce n'est pas "ressusciter" qu'il faut dire. Il faudrait revenir à l'ancienne formule, celle qu'illustra Moïse à la sortie d'Egypte : c'est traverser, trouver l'issue, dépasser une épreuve. Tout ce noir ambiant, toute cette agressivité de neige et de grêle que nous avons affrontée, elle représente les désordres qui sont en nous, et sous lesquels nous nous laissons peu à peu engloutir.
        Le monde nous semble de plus en plus hostile, nous nous battons. Et nous avons oublié la grande force de lumière, celle qu'on appelle de tous ces beaux noms d'amour, de courage, d'espérance, de volonté, de foi en la vie, celle qui d'un coup peut faire de nous d'autres êtres, plus vivants, plus joyeux, plus vigoureux.

        Quand nous plongeons en nous et nous abandonnons à l'immense ciel bleu qui dort au fond de notre coeur, nous y rencontrons la lumière, et d'autres forces alors nous sont données. Nous respirons plus amplement, l'espoir renaît, et une voix nous dit :
    "Non ! Ce n'est pas fini ! Non ! La vie est Belle ! Non, la Terre est puissante et forte !" Et nous repartons pour de nouvelles batailles.

        Pâques est l'image de cette transformation. On y bénit le feu nouveau. On y bénit l'eau baptismale. Elle matérialise notre aptitude à choisir entre le bien et le mal, c'est à dire à donner sens à ce qui n'est que terre, à habiter ce qui est mort pour en faire du vivant, à respirer dans les choses. Un sacrement. j'ai toujours été fascinée par la présence dans la religion chrétienne, un peu dans la catholique, encore plus dans l'orthodoxe, de "sacrements".

        Je crois que le "sacrement" - reprise au quotidien de l'ancien mot "initiation" - est le fondement même d'une "religion" (en son sens de reliance), et l'élément le plus nécessaire à notre vie. Il est la rencontre entre un souffle de vie descendu d'ailleurs, et notre matière morte par sa propre nature.

        L'Esprit (Spiritus) est ce qui respire... Lorsque nous respirons, l'Esprit est en nous. Plus nous respirons grand, et plus l'esprit en nous est fort, et plus la Vie se dilate, et plus l'espoir se développe, et plus l'Amour grandit.

        Parfois l'on parle de Dieu mais cela n'a rien à voir avec les dieux païens.

        Cependant on ressent ce qu'il signifie, lorsque Messiaen fait dire à l'Ange, dans Saint-François d'Assise :
     
    "Ton Cœur t'accuse ; mais Dieu est plus grand que ton Cœur !"

        Et lorsque Claudel fait dire à Jeanne, brûlant sur le bûcher :

    "Il y a la Joie, qui est la plus forte ;
    Il y a l'Amour, qui est le plus fort ;
    Il y a Dieu, qui est le plus fort !"


    « Elle est retrouvée. - Quoi ? - L'éternité !
    C'est la
    Terre
    allée
    Avec le Soleil... »

    (Panorama de Fontainebleau vu depuis la Croix du Calvaire, et interprétation libre
    d'un poème d'Arthur Rimbaud qui dit : « C'est la
    mer... »)
     
     
     

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            Ce soir, France Musique retransmet la Passion selon Saint-Matthieu de Jean-Sébastien Bach - hommage traditionnel pour un Vendredi Saint.
        Et comme chaque fois, je suis frappée par les résonances poétiques de l'avant-dernier air de basse :

    Am Abend, da es kühle war,
    (...)
    Am Abend kam die Taube wieder,
    Und trug ein Oelblatt in dem Munde.
    O schöne Zeit, o Abendstunde !

        Je n'écris pas tout, j'écris surtout ce qui me parle, ce qui évoque des souvenirs (d'ailleurs ma traduction est libre, mais si quelqu'un en a une meilleure, qu'il nous la donne !) :

      « Au soir, comme il faisait plus frais,
    (...)
    Au soir revint la colombe,
    Portant en son bec un rameau d'olivier...
    O beau moment,  ô l'heure du soir !  »

        Bien sûr je déplore en passant la mode actuelle, qui consiste à confondre Jean-Sébastien Bach, musicien allemand profond et mystique, sérieux et même sévère, avec le style baroque courant à Versailles, jusqu'au point d'interpréter cette oeuvre grandiose comme un menuet de Lulli. La musique est si belle qu'on arrive à dépasser la sottise d'une interprétation primesautière, toute en escamotage et en hoquets - qu'heureusement la voix de basse évite au maximum, dans l'envolée lyrique de cette phrase sublime.
      
        En regard, je vous offre ici le début de cet air dans une version je crois dirigée par Michel Corboz ; mais je n'en ai pas les coordonnées précises et m'en excuse.

       

        Ce texte m'en a toujours évoqué un autre antérieur d'une dizaine de siècles, écrit en grec éolien sur l'île de Lesbos.


        L'éolien ne pouvant être retranscrit ici, j'ai préféré vous livrer la photocopie partielle d'une page du très précieux livre des
    éditions "Les belles Lettres", collection Guillaume Budé
    : "Alcée, Sapho". Le texte est établi et traduit par Théodore Reinach.

      

    (Apollon et le merle)


     

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         Je voulais vous parler ici d'une jeune femme qui peint et dont le talent m'a touchée, et voici que le tableau que je choisis pour vous la présenter s'inspire d'un poème de Victor Hugo ! Je vais donc multiplier les sujets.

        Il s'agit de Céline Mirassou. Agée d'une trentaine d'années et originaire de Corrèze, elle s'est essayée successivement à de nombreuses techniques de peinture, avant d'organiser une exposition et d'ouvrir un site qui témoignent de la variété de son inspiration. Je vous invite à visiter ici ce dernier, en vous attardant particulièrement sur la qualité du dessin, tant dans la section qui porte ce nom, que dans ses reproductions de statues dans la section "surréalisme"; mais vous observerez aussi la richesse  des couleurs dans les parties "abstrait"  et "asiatique".
        Ce qui m'a le plus étonnée chez elle, c'est que, plasticienne en privé c'est une sportive de métier ; et justement cette qualité de sportive me semble particulièrement s'exprimer dans l'attention qu'elle porte au corps, comme dans le jaillissement des couleurs témoignant d'une vitalité intense.

        Voici le tableau que je vous offre en exemple : représentant un petit amour de style 18e, il cite en filigrane, sans les alinéas, tout le texte (ou presque : il manque les deux dernières strophes) du poème de Victor Hugo dont il porte le titre (Puisqu'ici bas toute âme...)... Et moi qui suis tant habituée aux mélodies que l'on charge d'interpréter les beaux poèmes, je suis ici en admiration devant l'aptitude qu'a Céline d'exprimer une oeuvre littéraire sous une forme plastique.
     


    undefinedCéline Mirassou : "Puisqu'ici-bas toute âme..." - Huile (2005)
     
     
     

    Puisqu'ici-bas toute âme

      
    Puisqu'ici-bas toute âme
    Donne à quelqu'un
    Sa musique, sa flamme,
    Ou son parfum ;

    Puisqu'ici toute chose
    Donne toujours
    Son épine ou sa rose
    A ses amours ;

    Puisqu'avril donne aux chênes
    Un bruit charmant ;
    Que la nuit donne aux peines
    L'oubli dormant ;

    Puisque l'air à la branche
    Donne l'oiseau ;
    Que l'aube à la pervenche
    Donne un peu d'eau ;

    Puisque, lorsqu'elle arrive
    S'y reposer,
    L'onde amère à la rive
    Donne un baiser ;

    Je te donne, à cette heure,
    Penché sur toi,
    La chose la meilleure
    Que j'aie en moi !

    Reçois donc ma pensée,
    Triste d'ailleurs,
    Qui, comme une rosée,
    T'arrive en pleurs !

    Reçois mes voeux sans nombre,
    Ô mes amours !
    Reçois la flamme ou l'ombre
    De tous mes jours !

    Mes transports pleins d'ivresses,
    Purs de soupçons,
    Et toutes les caresses
    De mes chansons !

    Mon esprit qui sans voile
    Vogue au hasard,
    Et qui n'a pour étoile
    Que ton regard !

    Ma muse, que les heures
    Bercent rêvant,
    Qui, pleurant quand tu pleures,
    Pleure souvent !

    Reçois, mon bien céleste,
    Ô ma beauté,
    Mon coeur, dont rien ne reste,
    L'amour ôté !

    Victor Hugo, les Voix intérieures
     

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        Pour faire suite à l'article "Mélancolie d'école", voici un poème issu de ma propre cancrerie... Ecrit en 1977. Si le "Cancre" de Prévert était un cancre joyeux (parce que encore jeune et non condamné par la société comme c'est le cas aujourd'hui), ce poème traduit le malaise bien réel né d'une situation d'échec, tel que le dénonce Pennac.

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    Je fais des entrechats
    (Pas très gracieux)
    Le ciel me tombe sur la tête

    Que voulez-vous
    J’étais trop bête

    *

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    Je m’applique à marcher
    (Très gauchement)
    Le ciel me fait un croc-en-jambe

    Que voulez-vous
    C’était tentant

     

    *

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    J’essaie de m’immiscer
    (Timidement)
    Le ciel me chasse avec mépris

    Que voulez-vous
    Question de place

    *

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    Je m’assieds sous un arbre
    (Dissimulée)
    Et regarde danser les autres

    Que voulez-vous
    C’est plus facile

     

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