• Mélancolie d'école

     
     
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        Je viens de lire "Chagrin d'école " de Daniel Pennac.
        Rien de bien original, me dira-t-on.   
        Oui, mais sachant que tout ce qui touche à l'école me donne des boutons, il me fallait une certaine dose de motivation. Et cette motivation, elle m'est venue de la personnalité particulière de son auteur, qui me fascinait.
        Je n'ai pas été déçue. Outre la qualité de l'écriture,  la légèreté du style qui emporte sans effort, il y eut la profondeur de la réflexion et l'émotion communicative  dégagée par un être que l'on sent intimement concerné par son propos.


    undefinedDaniel Pennac
     

        Comme
    l'écrivain le dit lui-même,  c'est parce qu'il a souffert, enfant, à l'école, qu'il est aujourd'hui capable de comprendre et d'aider réellement ceux qui endurent la même situation que lui.
        Et il m'apparaît avec une certaine évidence que pour être un bon enseignant, il ne faut pas avoir été un trop bon élève. Car finalement, la réussite scolaire est loin de garantir la réussite sociale, et nombreux sont les cancres devenus des génies ! Aujourd'hui on sait que les inadaptés du système "scolaire" ont souvent une très forte personnalité et des capacités insoupçonnées.
        Ce fut le cas pour Daniel Pennac, mais aussi pour Albert Einstein, et sans doute pour bien d'autres comme Robert Bichet que je connais bien, qui retourna à l'école abhorrée pour y enseigner, et disait à ses élèves de La Courneuve :

        -"Il y a trois sortes d'enseignants : certains ont une véritable vocation de pédagogues, et il faut le reconnaître, ce sont les meilleurs ; d'autres sont d'anciens "bons élèves", qui ne savent plus se passer de l'école et y retournent jusqu'à la fin de leur vie... Et d'autres enfin sont d'anciens cancres - c'est mon cas ! - et ils y retournent pour se venger !!!"

        Médusés, ses élèves n'avaient jamais vu un prof de musique aussi extraordinaire ; aussi, à la stupéfaction du principal, aucune chaîne HIFI ne passa par la fenêtre, aucune plainte désespérée ne lui parvint, mais par contre tous les petits banlieusards bronzés se mirent à pratiquer la musique avec acharnement, tant et si bien qu'à la fin de l'année, un grand concert était organisé au Centre Culturel local, autour d'une vaste production transdisciplinaire où les élèves, avec leurs professeurs et des musiciens professionnels, interprétèrent musicalement des poèmes qu'ils avaient écrits pendant leurs cours de français. (Voir ici).
        "Se venger", cela voulait dire bien sûr : prendre sa revanche, car la sorcière chassée n'était que la honte, l'humiliation ressentie autrefois.
       
        Et c'est exactement ce qu'a fait Pennac à sa manière : non seulement, donner sa revanche à l'enfant bafoué qu'il avait pu être, mais en plus, aider d'autres enfants à ne pas connaître le même sort. Comme si en fait, il fallait que des êtres souffrent de handicaps pour pouvoir ensuite montrer aux autres comment on les dépasse.

        L'adaptation parfaite de l'enfant soumis conduit, les psychanalystes le savent bien, à une personnalité faible et peu développée. La rébellion du jeune est souvent le signe d'une personnalité riche et créative qui saura s'épanouir après l'adolescence, lorsque les difficultés à se comprendre soi-même voudront bien enfin s'estomper, et que  le travail prendra à ses yeux un sens réellement créatif et utile.

        Mais comment obtenir une école parfaitement adaptée ?
        Comme le dit Pennac, ce n'est pas de l'école elle-même qu'il s'agit, mais d'éducation ; or l'éducation est affaire de "maîtres", et seul un maître, au sens socratique, un véritable guide peut conduire une être à advenir à soi-même... Ce n'est donc pas l'école elle-même qui est en cause, et fabriquerait-on des écoles "miracles", comme celle de
    Célestin Freinet ou celle de Summerhill, que le résultat n'en serait pas forcément meilleur ; car sur une quantité d'enfants adaptés à ce type d'enseignement, il s'en trouvera toujours une poignée pour ne pas s'y sentir bien ou pour n'en pas retirer le bénéfice souhaité.
        Non, l'école telle qu'elle est peut demeurer la meilleure possible, avec la bonne volonté de tous. En fait, ce qui aide une personnalité à s'épanouir, ce qui la tire vers le haut, c'est une autre personnalité - comme une mère engendre un enfant : nous voici revenus à la maïeutique - et laquelle ? C'est un nouveau mystère. C'est à chaque enfant qu'il reviendra de rencontrer un jour sur sa route LA personne qui soudain l'éveillera à lui-même, aura ce don (et elle peut être n'importe qui, pas forcément l'un de ses enseignants !), pour que le miracle enfin ait lieu : l'éclosion d'une intelligence, du désir d'apprendre ou de se projeter dans une direction de vie.
       Il est certain en tous cas que les vocations artistiques (musique, peinture...) ou artisanales (ébénisterie, cuisine...) sont plus favorables à ce genre d'éclosion, car elles permettent une relation privilégiée avec le pédagogue, que l'on côtoie seul à seul.
        Malheureusement le temps des précepteurs que l'on affectait à un seul enfant est dépassé, ou du moins inapplicable dans la société actuelle. Or peut-être les "cancres" sont-ils tout simplement des êtres qui ne peuvent se confondre à un groupe ?...


     
    Le Cancre

    Il dit non avec la tête
    mais il dit oui avec le cœur
    il dit oui à ce qu'il aime
    il dit non au professeur
    il est debout
    on le questionne
    et tous les problèmes sont posés
    soudain le fou rire le prend
    et il efface tout
    les chiffres et les mots
    les dates et les noms
    les phrases et les pièges
    et malgré les menaces du maître
    sous les huées des enfants prodiges
    avec les craies de toutes les couleurs
    sur le tableau noir du malheur
    il dessine le visage du bonheur.

    Jacques Prévert
     
     

     

  • Commentaires

    1
    Jeudi 20 Mars 2008 à 12:00
    L'histoire de Daniel Pennac, tient de la résilience...


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