• La Faille des Phaedriades

     
        Je m'aperçois aujourd'hui que sur cinq poèmes écrits lors d'un voyage en Grèce, je n'en ai publié que quatre. Voici donc le cinquième pour corriger cette erreur. Il a été composé sur le site de Delphes, alors que m'aventurant dans la faille des Phaedriades, ces deux montagnes jumelles posées derrière la Fontaine de Castalie (où les pèlerins venaient faire leurs ablutions avant d'entrer dans le sanctuaire), je découvris une roche d'une rose charnel présentant à son sommet les frisotis d'une végétation estivale, ouverte vers le dôme du Parnasse... Me sachant au centre du monde, cela m'emporta dans un rêve cosmique.

     

    La-Fontaine-de-Castalie-copie-1.jpgLa Fontaine de Castalie, carte postale acquise sur place.

     

    La faille béante

    Ouvre au grand jour

    Sa fissure ébouriffée…

    Au fond de quel abîme suis-je tombée ?

     

    En contrebas l’eau coule,

    Fraîche et lustrale,

    Entre les saints arbustes ;

    Ici le roc abrupt m’encercle.

     

    J’ai tant grimpé,

    Les pieds nus,

    Sur les roches lisses rosées,

    Qu’un vertige me saisit :

     

    C’est la monumentale entrée

    Du giron de la Terre,

    Par où le Feu Divin

    S’engouffre pour nous susciter.

     

    Ici la Sybille a mugi,

    La Pythie a frémi,

    La Terre a grondé

    Jusqu’en ses profondeurs…

     

    Comme je suis petite

    Contre les parois incarnat

    De ce goulet tendu

    Vers le majestueux Parnasse !

     

     La faille des PhaedriadesPhoto personnelle 

     

     

  • Commentaires

    1
    Jeudi 21 Juin 2012 à 12:00
    un peu plus qu'une impression! un texte publié sur lapetiteguerre.overblog.com STO KALAMO Les espoirs de vie sage ont immigré vers des terres inaccessibles. Ont-elles jamais fait autre chose que d'aller d'île en île ? Leurs routes croisent encore les vents violents de l'histoire où plane ineffable le parfum viril de l'extermination. Sans massacres de masse, la vie manquerait de piment ou serait sans sel. Mais tu es à Kalamos. Courte portion de crique, bordée d'une plate-forme rouillée, rocheuse qui barre la plage, sur ta gauche, et arrêtée par une sorte d'éperon, à droite, qui chevauche l'eau, orné d'un plumet d'arbres pendus dans le ciel, comme un colifichet. Il talonne l'espace sans fin au-dessus de rochers éboulés depuis des millénaires. Jason y aura fait son rêve doré. Tout ici incline à la tranquillité. La maison des Autrichiens, en bord de mer, est vide. Il n'y a personne d'autre que toi, aujourd'hui. Excepté les dieux sourds comme des pots, qui communiquent entre eux, en contractant l'abdomen, par stridulation. Tu lis un livre qui parle du temps qui passe et se dépasse. Se rattraperait-t-il donc ? C'est une lecture sur fond de léger clapotis qu'un bruit de jet de vapeur interrompt par instants aussi impérativement que brièvement. Toutes les cadences ne sont pas infernales. Il ne peut rien t'arriver. La nature vit sa vie. Toi, la tienne. Ilias est enfermé dans sa librairie. Maria s'occupe de ses abricotiers ou cueille des noix. Manolis est au chevet de son frère en soins intensifs. Catharina et Kostas, je ne les ai pas vus depuis longtemps. Tu connais le stade de la sagesse formelle. Enfin presque. Un album de souvenirs n'est pas une ammonite sèche et parfaite, comme un gros caillou rond et blanc, volé aux poissons et qui sèche au soleil. Là-bas loin, au-dessus des montagnes, où désormais erre pour ce siècle l'image de Théo Angelopoulos, frappé par la foudre ou un ange de la mort, petites notes désinvoltes du hasard, qui a affronté, en son temps, le désir d'oubli orthodoxe, la religion est en fait hétérodoxe à la terre, comme la plaie béante dans le flanc de l'homme frappé à mort, des têtes décapitées flottent. Un officier anglais rigole. Il parle de football. Puis de Tito et de Staline. À chacun ses dieux et génies. Peut-être est-ce en embrassant un autre homme qu'il redevient humain ? Se sent-il alors vivant ? Comme le fut Cimon, fils de Léarque ou Aristomène, fils de Ménélas ou encore Césarion qui n'ont connu aucun jour de 1909, 1910 et 1911, ni à plus forte raison de 2012. Un bleu violent inchangé domine qui parfume les narines délicates d'un rédacteur de feuilles de patronage, dubitatif. Oui ! Dieu ! Peut-être ! Pourquoi pas ? Tout compte fait ! Comme Artaban bien placé dans la cinquième. Bougre d'âne ! Dans le ciel, rien ne se construit. Trois petits tours, s'y promènent des satellites qui étincellent, brûlent et disparaissent, faute d'une insoutenable légèreté. Ainsi les préceptes, entre des mains impériales, à la peau déjà parcheminée. La nuit est tombée sur Kalamos. Je regarde la lune. C'était la même entre Rome et Carthage. Je la regarde, comme une chose évidente toujours là depuis toujours. C'est un meuble au style unique et parfait, où ranger ton album aux souvenirs. Je ne suis pas Grec, bien sûr. Mais l'habitude va te happer à nouveau toi aussi, loin de Kalamos, à deux heures de Paris. 2 H 07, exactement. Je suis aussi doté d'une mémoire technologique, sans faille. Je laisse à d'autres, mais ai-je le choix, le soin d'imaginer des lunes de substitution. Ce dialogue est entre satellites plus ou moins frères. Je n'y ai pas ma place. En attendant, avant mon retour à la « vraie » vie, avant que je ne me réveille et reprenne connaissance de ce bon vieux monde et de toutes ses réussites, ô Ilias, Maria, Manolis, mettez le raki sur la table ! Faisons danser les mots ! Cassons les assiettes ! Ce soir, ce soir au moins, ego spiti ! Je veux vivre en paix. Que l'histoire ensuite dispose de moi !


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