• Mon voyage en Afrique noire - 4

     
    De Niamagui à Amaradougou

        Je ne me souviens plus avec précision comment se passa ce premier soir à Niamagui (car il y en eut au moins un autre, beaucoup plus illustre plus tard), mais je sais que l'on nous offrit de l'alcool de palmes, de fabrication locale, qui nous confirma bien que ces Baoulés n'étaient pas sobres. J'eus pour ma part du mal à l'avaler, et il ne me parut pas d'un goût exceptionnel.
        Puis nous dînâmes en extérieur sur des planches de bois posées sur des tréteaux, à la lumière de lampes à gaz disposées sur les toits dès la tombée du jour (assez précoce, si je me souviens bien... vers 18h30 je présume). Les femmes du village, très souriantes, nous servirent et me firent découvrir le "foutou d'igname", une purée de cette pomme de terre allongée et blanche qu'ils cultivent là-bas.

    Mon voyage en Afrique noire - 4

    igname coupée

        Autre souvenir : quand le soleil se couchait, j'avais toujours besoin d'un petit gilet car l'humidité me faisait frissonner.

        Après une bonne nuit sur un lit et sous une moustiquaire, nous avalâmes un café de notre fabrication et reprîmes la piste vers Amaradougou, sous les adieux frénétiques des gamins qui couraient derrière nos véhicules. C'était juste le village suivant, deux kilomètres plus loin ; mais quelle différence !
        Nous restâmes sur la piste tandis que Francis, accompagné de son guide, partait parlementer. Il s'agissait de Malinkès, musulmans et non francophones, très pauvres ; plus pauvres sans doute que les habitants de Niamagui. Le village était plus grand, plus organisé aussi autour de places de réunion où se rejoignaient de vastes quadrillages de petits chemins pour desservir les cases, plus ou moins régulièrement disposées. On y distinguait ainsi des quartiers, le quartier central et avancé vers la piste étant celui du "Chef" (on pense un peu aux camps romains, ou au village d'Astérix...). Le chef s'appelait "Amara", et quoique dans la force de l'âge (il semblait avoir une quarantaine d'années), c'était lui qui avait donné son nom au village ("dougou" signifie "village" dans cette langue).
        La photo ci-dessous, quoique prise au nord de la Côte d'Ivoire, peut donner un aperçu de l'aspect de ce village :

    Mon voyage en Afrique noire - 4

    On voit ici à gauche justement une des ces cases qui ne sert pas d'habitation,
    mais peut-être de remise, et pourrait être une halle pour les réunions du soir


        Après de longues négociations, nous fûmes invités à nous rendre sous la vaste halle présidant à l'entrée du village, sorte de haute maison sans murs, mais avec seulement des balustrades de bois, si je me souviens bien, un plancher de bois aussi, et meublée de bancs et d'une jolie "chaise longue" en joncs réservée au chef, mais que par la suite j'essayai, à la suite des enfants, et trouvai fort agréable. En voici un exemple  :

    Mon voyage en Afrique noire - 4

    (ici hélas on n'en voit que le dossier : ces fauteuils ont été photographiés au Mali)

        Là nous attendait une assemblée importante (peut-être tous les hommes du village, qui sait ?), ainsi que quelques gamins curieux (mais surtout ceux de la famille du chef, bien nourris et flattés de la main par celui-ci) ; au centre trônait Amara, dans son grand boubou bleu passé, avec son bonnet de toile conique sur la tête, et tenant dans la main droite, en guise de sceptre, une baguette terminée par une sorte de plumeau (cela pouvait être un chasse-mouches ?). On se sentait en présence d'une ethnie bien différente de celle rencontrée précédemment : le visage d'Amara était anguleux et comme "taillé à coup de serpe", on lui apercevait peu de cheveux et il était relativement maigre ; quant aux hommes du village, ils avaient parfois la tête rasée, et personne ne présentait le moindre embonpoint. Les anciens portaient de vieilles robes usées ; les jeunes, plus actifs, avaient des sortes de pantalons coupés façon bermuda. Une petite fille d'environ 6 ans, sans doute la dernière-née du chef, était constamment contre ses genoux avec une petite robe bleue qui laissait voir ses épaules et ses jambes.
        Je n'ai aucun souvenir de son discours, et je pense qu'il s'adressa plutôt en Malinkè à ses compatriotes, pour nous présenter à eux, et leur expliquer que nous étions ses hôtes et aurions durant deux semaines le droit de nous promener partout dans le village, et même de photographier... Il était important de prévenir la population, car dans leur tradition, être photographié est un danger pour la personne ; cependant, avec la caution d'Amara, qui en plus d'être le chef administratif du village en était aussi le chef religieux, nous pouvions nous y adonner sans crainte.

        (Question photo, je n'en pris pas là-bas ; c'est Robert qui se chargea de filmer de façon répétée, pour pouvoir fignoler ensuite un joli petit reportage sur notre séjour).

        Ensuite on nous conduisit vers deux cases séparées mais face à face, toutes deux vides et appartenant au chef : Francis et Margaret d'un côté, Robert et moi de l'autre. J'eus la surprise d'entrer dans une pièce de torchis entièrement vide, et ne présentant qu'une ouverture vers l'arrière : une porte (sans porte !) donnant sur une sorte de courette ménagée par un mur de joncs accolé de part et d'autre au flanc arrière de la case, dans lequel trônait un seau. Etait-il destiné à la toilette, ou à nos besoins naturels, ou aux deux ? Nous ne savions pas, mais ne nous imaginant pas en train de passer à travers la cour d'honneur du chef avec notre seau peu engageant à vider, nous décidâmes de ne nous en servir que pour la toilette. Pour le reste, nous nous organisâmes pour quitter le village à chaque fois qu'il était nécessaire (ce qui ne fut pas toujours du plus confortable c'est certain!). D'ailleurs les environs d'Amaradougou étaient assez nauséabonds ; cela puait le marigot en décomposition, et je ne me gênais pas pour penser que, même si notre civilisation était censée "polluer", elle paraissait cependant plus propre que "l'état naturel" !

        C'était en prévision de cette absence totale de mobilier que Francis avait emporté nos lits de camp et nos couvertures de l'armée. Bientôt ceux-ci furent installés dans les cases, et pour remplacer la moustiquaire, je commençai à me badigeonner matin, midi et soir de "moustifluid". Sage précaution ! Car les moustiques locaux, contrairement aux nôtres et aux idées que j'aurais pu me faire, étaient minuscules et passaient pratiquement inaperçus, donnant des piqûres d'autant plus agaçantes qu'elles étaient microscopiques : les gratter, ce n'était pas provoquer des "cloques" comme chez nous, mais plutôt entraîner rapidement des lésions de la peau, des écorchures. Et de plus ils étaient fort dangereux... J'allais bientôt en avoir la preuve.

     
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  • Commentaires

    1
    Vendredi 5 Mai 2006 à 12:00
    il n'a pas voulu de mon commentaire.. bien ça alors. clem


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