• Hélène Grimaud for ever...

     
        Sans vouloir faire de mauvaise allusion à une série américaine connue, Hélène Grimaud (autre lien) me fait l’effet d’une météorite subitement tombée dans notre ciel trop bas, et dont le vif éclat déchirera le siècle.

          Cette semaine, je ne pouvais la passer sous silence puisque ce sera sa semaine… Qu’on découvre plutôt l’agenda  : ce soir, apparition dans l’émission redoutée de Marc-Olivier Fogiel, On ne peut pas plaire à tout le monde… Début héroïque ! D’autres s’y sont brûlé les ailes ; mais elle, si certains l’égratignent, n’en aura cure ! Que peuvent les éraflures de la critique face à une personnalité si fulgurante ? Enfant, elle ne savait où se poser, ne se reconnaissait pas dans notre monde, seules quelques écorchures, dit-elle elle-même, lui apportaient la preuve de son existence "tangible"… jusqu’à ce que la musique l’ait reconnue ! Alors, comme déployant ses ailes, la voici qui s’envola, décrochant en quelques années seulement les prix de Conservatoire que d’autres mettent tant de temps à obtenir, travaillant son piano avec le même bonheur qu’un animal subitement libéré d’une cage découvrirait l’immensité de la montagne !
       Demain, c’est elle qui sera l’invitée de Radio Classique pour toute la journée, avec en soirée un concert enregistré à la Halle aux Grains de Toulouse en novembre 2002 ; mercredi, elle dédicacera son nouveau livre Leçon particulière, paru chez Robert Laffont, puis son disque Réflexions  au Virgin Mégastore de Paris ; samedi, elle sera l’invitée de France 2 dans Thé ou café, et enfin dimanche, elle sera l’invitée d’Alain Duault sur RTL Classique.


                            

         Je l’ai découverte, comme beaucoup d’autres peut-être, un beau jour de l’été 1986 en écoutant Henri Goraïeb dans son émission « Première Loge » sur France Musique. Frappée de la magistrale exécution de cette 2e sonate de Rachmaninoff, dépassant de loin les maigres enregistrements que j’en possédais par Horowitz (sans doute de mauvaise qualité en raison de la prise de son), j’entendis alors le présentateur expliquer qu’il s’agissait d’une «toute jeune pianiste française, alors seulement âgée de 16 ans et demi », qui avait donné ce concert un mois plus tôt au Cloître Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence… Que d’applaudissements ! Puis quelle mélancolie très slave dans le bis qui suivit : Dunka, de Tchaïkovsky… Ce que je ne savais pas, c’est qu’Hélène Grimaud venait tout juste d’obtenir le « Grand Prix du disque » pour l’enregistrement de cette sonate. Et ce que je ne savais pas non plus (et que je viens de découvrir à travers la lecture de son premier livre « Variations sauvages», paru aussi chez Laffont),
     c’est que ce jeu époustouflant de la main gauche, si difficile dans Rachmaninoff, elle le devait aussi peut-être à sa nature de « gauchère »...!




          Comment ne pas être frappé par la clarté extraordinaire de ses yeux, qui à eux seuls traduisent toute sa soif d’espace, d’immensité, de beauté ! Elle dit ne se sentir bien qu’avec les loups… D’autres (je ne dirais pas lesquels !…) diraient peut-être qu’elle a l’âme indienne… ? Mais en vérité, n’est-elle pas cette « enfant de verre » dont je parlais dans un poème «mystique» que je n’ai pas osé publier parce que je le craignais « un peu exagéré », et qui en fait n’est qu’un miroir destiné à refléter l’autre monde, le monde spirituel ? (voir ce poème dans mon article suivant).
          Avec la plus parfaite simplicité, elle tente de s’expliquer, dans Variations Sauvages : loin d’avoir été favorisée dans son enfance par un entourage familial d’exception, elle a simplement eu des parents aimants, et complètement désorientés devant sa difficulté à s’adapter au monde habituel, à la vie sociale et courante. A ses talents musicaux exceptionnels, elle ajoute alors un don pour l’écriture qui laisse pantois : passant de la confidence (sans complaisance aucune envers soi-même) à la méditation philosophique (souvent d’une grande profondeur), puis de l’observation quasi amusée de sa propre inadaptation, à de passionnants développements historiques sur le sort réservé aux loups dans les différentes civilisations et notamment durant le Moyen âge français, elle nous réserve un récit captivant, plein de rebondissements et fourmillant d’enseignements de toutes sortes (voyez ici les citations qu'en a retenues Gilles Jobin).

           Elle est si fraîche, comme si d’elle jaillissait en pure cascade l’eau qui manque à notre monde malade, que je me réjouis qu’elle ait trouvé les loups pour l’entourer, qu’elle sache s’y ressourcer. Et je me réjouis même qu’elle habite loin de l’Europe, aux Etats-Unis, dans un vaste pays dont l’immensité peut encore la préserver. Car sinon, à l’instar de Rimbaud dont le génie s’éveilla si tôt mais qui nous fut si vite enlevé, je craindrais de la voir s’étioler, et peu à peu succomber aux pestes de notre monde… Dieu merci, elle atteint je crois ses 36 ans, et nous avons peut-être une chance de la conserver avec nous, car elle ne partage pas le côté négatif de notre Arthur, mais au contraire éclate d’une santé qui réconforte !

         Ce soir, je vous dirai une vérité dont je suis convaincue : dans l’échelle du mysticisme et de la spiritualité, juste derrière les moines contemplatifs viennent les musiciens. Et si beaucoup de religieux vécurent en fraternité avec les animaux, c’est que le monde spirituel est aussi plus proche de nous à travers ceux-ci.
         D’ailleurs ces éléments se ressentent dans le nom même de notre amie : je suis frappée quant à moi de la noblesse quasi éclatante du prénom « Hélène », qui émane de hautes vibrations ; et de la simplicité un peu moyenâgeuse de son nom de famille, « Grimaud », qui rappelle presque les «contes de Grimm »...


    PS . Au sujet de "Variations sauvages", lire sans faute cet article.
     
     

  • Commentaires

    1
    barquisseau
    Lundi 25 Octobre 2010 à 12:00
    merci helene car comme vous je suis passioner par les loups ces animaux sont pour moi bien plus qu'une passion c'est une teraphie ils representent pour moi la fidelite le courage la passion et bien d'autres choses encore merci aussi de nous faire rever quand vos doigts courent sur ce piano votre admiratrice monique


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