• Appel


           Ce matin l'audition d'une belle œuvre musicale, trop oubliée, m'a lancée dans d'étranges réflexions.

           Il s'agit de "Rédemption" de César Franck, composition bienvenue à l'approche de Pâques et dont le retentissant appel de trombone ne peut qu'évoquer vivement la carte du tarot de Marseille intitulée "le Jugement", où l'on voit les morts se lever de leur tombeau au signal de l'Ange jouant de la trompette.

     

    Appel

     

          Je me suis dit soudain :

        Comment cette abondance de notes issues d'une quantité d'instruments différents peut-elle dans un fouillis simultané produire ce merveilleux effet à l'oreille ?

        Et qui plus est, comment ce merveilleux effet qui évolue comme un discours peut-il me "parler" de cette façon ?!

        ... Enfin, comment comprendre qu'il s'agit à l'origine d'idées passées par la tête d'un individu qui aurait couché des signes noirs sur un papier, que ces gens-là auraient ensuite déchiffrés ensemble à l'aide de différents objets ?!!

        Alors tout s'est enchaîné et m'a sauté à l'esprit, provoquant une bouffée d'hilarité.

          Comment cette profusion de cellules, de viscères et de produits durs, liquides ou mous qu'on appelle "mon corps" peut-elle tenir ensemble ?! Qui a empaqueté tout ça, ficelé, mis en mouvement cet imbroglio ?!!

         D'où provient que j'ai trouvé un goût à ce que j'ai mis dans ma bouche l'autre soir au restaurant ? C'était comme une symphonie... De jolies choses à regarder qui soudain paraissaient délicieuses et insolites en traversant ma bouche...

         D'où provient que le ciel m'apparaît bleu cet après-midi alors qu'il semblait gris ce matin ? Qu'au soleil il me semble ressentir de la chaleur alors qu'hier je ressentais du froid ? Que je vois devant moi une table, mais que si je fermais les yeux en touchant ce contact ferme et lisse, ce ne serait rien qu'un obstacle indéfinissable, un support tout au plus ?

     

          Tout est miracle. Tout est incompréhensible. Avec notre intelligence nous créons des liens entre les choses pour les rendre intelligibles mais elles ne le sont pas.

         En effet, observez bien "votre corps" ; ou "cette table"; ou "ce ciel bleu" ...  Plus vous vous approcherez en grossissant l'objet, et plus il va disparaître : le corps, la table, vont se fragmenter en cellules, atomes, électrons... et on peut continuer longtemps car le mental a besoin de définir, donc il rajoute des sous-parties, des éléments qu'il continue de nommer et de nommer à l'infini alors qu'en fait les physiciens désemparés ne voient plus que du vide, où plus rien ne peut être cerné (là votre corps ne peut plus être trouvé, il se confond au reste, comme la table...) et où de surcroît tout tournoie de façon imprévisible. Dans la physique des particules on finit même par reconnaître que plus rien n'est objectif, les mouvements sont aberrants et prodigieux... Autant dire que si on lui en demande trop, le mental décortiqueur finit par être dépassé !

          Quant au "ciel bleu", si l'on cherche à s'en rapprocher il va reculer et reculer jusqu'à ne plus être bleu du tout, car petit à petit vous serez dans l'espace intersidéral sans avoir compris ce qui se passait ! Bien sûr, on vous en empêche avec la "gravité"... Mais qu'est-ce que la gravité ? N'est-ce pas ce qui retient tout ensemble ? Ce qui donc permet de nommer, définir, attribuer des formes... Formes qui toutes tendent à s'élever après être apparues, puis à décroître et à rejoindre la terre en disparaissant... Pfff ! Bien peu de chose tout ça.

     

    Les âges de l'homme

     

        Et vous vous dites :  "C'est beau !" ou "Ce n'est pas beau !" ; "J'aime !" ou "Je n'aime pas !". Et vous ressentez profondément quelque chose qui perce en vous, qui vous pousse en avant et que vous appelez, selon les cas, "Amour" ou "Absence d'Amour"... Ce qui est la même chose, sauf que parfois on se réjouit de le ressentir et parfois on le cherche désespérément.

           Qui soutient tout cela ?

            Qui porte tout cela ?

         Choses illusoires, pures hallucinations, qui n'existent qu'à travers le ressenti que nous en avons et prennent formes et noms uniquement pour perpétuer leur influence dans notre esprit... "Ah oui, oui, il y a bien quelque chose ici, puisque que je le touche, puisque je le vois, puisque je l'entends". Mais n'avons-nous pas tout projeté, tout imaginé, comme dans un rêve ?

          Voilà pourquoi certains en déduisent : "Je suis Dieu. J'ai fabriqué mon monde."

         Que "notre monde" soit notre propre divagation, c'est certain. Mais est-ce une raison pour prétendre être Dieu ? D'où provient le souffle qui nous anime ? Qu'est-ce que cette force d'amour qui nous  porte ? En sommes-nous l'auteur ? Et qui est ce "Je" qui s'imagine être à l'origine de tout ?

          Nous nous heurtons à des interprétations diverses du mot Dieu. Il est possible que ceux qui se prennent pour lui en aient une image rétrécie. Si l'on fouille les étymologies, le "Zeus" grec (prononcer "Djo-üs") peut avoir engendré le "Jus-pater" ("Jupiter" ou Dieu Père) qui ensuite, en enlevant le qualificatif, peut donner naissance au pronom français "je"...

          Mais dans ce cas on demeure dans le défini : ce Dieu-là reste une personne précise, issue d'un mental fabricant d'images. Cela n'est pas le principe par lequel nous apparaissons et par lequel avec nous, tout apparaît.

          Le principe originel est au-delà de tout concept, pensée. Je l'appelle "Dieu" parce que pour moi il n'y a pas de mot plus grand ni plus puissant.

          Et s'Il inonde tout, alors il est vrai que nous participons de Sa nature. Mais personne ne peut être Dieu.

            Dieu est.

            Personne n'est. Tout le monde apparaît, simplement.

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 26 Mars à 23:50

    Pas  facile d'interpréter nos sentiments 

    Dans ce monde qui grouille 

    Et qui part dans tous les SENS 

    Bonne semaine @ TOI ET CEUX  ET CELLES QUE TU AIMES 

     

      • Lundi 27 Mars à 09:23

        Bisous, Rose. Belle journée à toi !

    2
    Lundi 27 Mars à 09:59

    L'ordre et le chaos du monde!
    De Zeus à Je, la route est longue!
    On croit se perdre, on s'y retrouve
    Corps et âme.

      • Lundi 27 Mars à 10:22

        La route, tracé imaginaire du chaos à l'équilibre ! Corps et âme, image de la Totalité ! La traversée se fait "sans y penser"...

    3
    Lundi 27 Mars à 10:02

    Jolie et profonde reflexion !  Comprendre l'origine du monde et ce que nous y faisons ! Pour moi c'est trop compliqué mais c'est une recherche dont je te félicite . Bises et belle journée sous le soleil 

      • Lundi 27 Mars à 10:24

        Ouh, me voilà couronnée de lauriers ; mais je n'ai pas entrepris, comme toi, l'ascension de l'Everest ! J'ai seulement vu, soudain, ce qui "ever rest"...

    4
    Lundi 27 Mars à 14:42

    Et Dieu dans tout ça ? C'est l'éternelle question. Mon ébahissement à moi c'est : notre voie lactée 200 milliards d'étoiles et l'univers 200 milliards de galaxies. C'est trop pour mon petit cerveau (lent)

      • Lundi 27 Mars à 14:49

        On est d'accord - y compris pour le cerf-veau.

    5
    Lundi 27 Mars à 17:20
    Daniel

    Dieu est innommable...Le nommé c'est le rétrécir....

    6
    gazou
    Lundi 27 Mars à 18:39

    Dieu est en nous mais nous ne sommes pas Dieu

      • Lundi 27 Mars à 21:48

        C'est pourquoi nous créons de si belles œuvres d'art ! Il nous les inspire... wink2

    7
    Mercredi 29 Mars à 10:29

    Complété et rectifié mon article ce matin. Merci de ta lecture attentive. La crypte vient ensuite.

    J'ai pu mesurer la complexité du corps humain quand il se rebelle !!! re bêle et s'apaise doucement !

    Dieu ne peut se définir à l'image de notre mental

    L'univers ne se résume pas à notre galaxie

    Formatée et soumise à la main mise des puissants qui nous gouverne je me libère petit à petit ...

    Belle journée Aloysia

    Bisous 

     

      • Mercredi 29 Mars à 14:09

        Océanique, tu as toujours été libre ; le corps raconte des histoires qu'il est parfois très difficile de ne pas entendre et de supporter, cependant cela reste un rêve : notre véritable nature est inattaquable, incorruptible. Bisous printaniers.

    8
    Mercredi 29 Mars à 21:01
    Durgalola
    Ton texte demande à être lu patiemment et lentement. La prmiere partie est amusante. A vouloir tout decortique, analysé on aboutit à l'incomprehensible. Accepter le mystère. Bises et avec le beau temps je reprends du poil de la bête...et la fête des jonquilles devrait avoir le 9 avril.
      • Mercredi 29 Mars à 21:16

        Oui, oui, on commence à se sentir mieux, après avoir été déstabilisé par le changement d'horaire. Bisous.

    9
    Jeudi 30 Mars à 19:28

    Sage et belle réflexion...

    Qui sommes-nous ?

    Si on décortique tous nos sentiments, nos impressions, les choses que nous aimons, celles que nous n'aimons pas, le charme s'envole...

    Et Dieu est en nous... Et notre corps est mortel...

    Bises Aloysia et merci pour tes commentaires.

      • Jeudi 30 Mars à 20:26

        Bises, Kimcat, et merci pour ton site toujours animé et fourni en découvertes tendres et variées.

    10
    Mardi 4 Avril à 08:43

    Voilà qui donne le vertige ! Effectivement comme il nous faut, pour communiquer, nommer les choses, nous en venons à croire que chaque objet ainsi défini existe isolément. Pour étudier une fleur, on commence par la cueillir, c''est à dire la tuer, puis on étale sur la table pétales, sépales, pistil et étamines. Il est important, évidemment d'étudier et de comprendre le merveilleux fonctionnement de tous ces organes, mais ne manque-t-il pas l'essentiel à cette étude ? Ne ressent-on pas quelque chose de différent en observant tour à tour une vraie fleur dans son milieu naturel et une fleur identique, mais artificielle ? Personnellement, c'est comme une bouffée d'amour que je ressens, quelque chose qui me relie à Tout. Tu vois où m'a entraîné ton article si passionnant. :-)

    Amitiés

    Alain

     

      • Mardi 4 Avril à 09:58

        Merci, Alain, pour ce commentaire qui me remplit de joie. money Car ressentir la même chose en même temps c'est communier, et on ne communie que dans l'Être véritable.



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