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    En route pour le Mali

     

        Le lendemain matin, à Ferkessédougou, nous découvrîmes le taxi-brousse qui devait nous mener au Mali, via Sikasso (voir carte ici).
        "
    Taxi-brousse
    " ! Quel néologisme pour nous, et que de folklore à découvrir !
        En fait il s'agissait d'une sorte de fourgonnette dont l'arrière était aménagé avec deux banquettes face à face dans la longueur.
        Ce système plus léger qu'un autobus car il correspondait à un trafic de voyageurs beaucoup moins important (un "taxi-brousse" contenait environ huit passagers) servait à desservir les campagnes, avec des horaires réguliers et des arrêts déterminés.

    Le taxi-brousse

        Hélas, c'est là que mes ennuis commencèrent... La piste avait beau être bonne et le conducteur prudent (rien à voir avec le Sahara, Dieu merci !), je ne supportais pas les cahots de la route et ressentais des pesanteurs, sans doute des contractions déjà. L'avenir devait m'apprendre (à moins que cela ne soit venu de là ?) que j'avais une faiblesse du col, et mes grossesses ultérieures se firent au lit avec un cerclage. Pour celle-ci, à deux mois seulement, je tenais encore le coup, mais de justesse... Pour amortir les chocs, je  passai presque tout le trajet sur les genoux de Robert, sous le regard attendri des autres voyageurs, qui finalement, toujours plus nombreux que prévu, en profitaient pour s'entasser à dix dans l'habitacle prévu pour huit.
        A chaque arrêt, toujours relativement prolongé à notre grand plaisir, j'allais me reposer au pied d'un arbre en étendant mes jambes, tandis que Robert, toujours aussi communicatif, posait mille questions aux autochtones.

    Mon Voyage en Afrique noire - 12

    Un arrêt du taxi-brousse 

        Peu à peu le paysage de plaine parsemée de quelques arbres s'ornait de cases de plus en plus petites et rondes : nous approchions du Mali.


    Voici plusieurs vues d'un village où nous restâmes quelque temps mais dont j'ai oublié le nom.

        Enfin, nous arrivâmes à la frontière, où nous fîmes la connaissance d'un touareg de passage.

    Mon Voyage en Afrique noire - 12

    Mon Voyage en Afrique noire - 12

    Voyez comme la frontière est simple ; cependant nous y attendîmes un moment.
    C'est peut-être là que nous avons déjeuné.


        Ce touareg, Robert s'est beaucoup plu à le photographier. Il s'y est prêté de bonne grâce, nous confiant qu'il arrivait de Tamanrasset et nous invitant à pousser jusque là... Hélas, nos moyens étaient limités, en temps comme au plan financier, et c'était hors de question.

    Mon Voyage en Afrique noire - 12

        C'est vers le soir que nous atteignîmes Sikasso, après de ravissants paysages au soleil couchant.

    Mon Voyage en Afrique noire - 12


    Mon Voyage en Afrique noire - 12



        En fait, c'est durant ce trajet que j'ai pris le plus de photos... Je n'en ai aucune de Sikasso, qui était la première ville Malienne, où s'achevait le parcours du taxi-brousse, et où faisaient étape tous les voyageurs en partance pour le Mali. Nous y connûmes la pire nuit de tout notre voyage : à la gare routière, se trouvait un "motel", qui était en réalité un baraquement semblable à une écurie dans lequel s'ouvraient des portes faites de lattes de bois vertes inclinées, comme il est courant dans ce pays, pour atténuer les effets de la chaleur. Chacune d'elles donnait sur une pièce noire  d'environ deux mètres cinquante de profondeur sur un mètre cinquante de largeur, dans laquelle, à droite de la porte, tenait juste un "lit", ou plutôt une sorte de paillasse haute, dure et étroite. Ces pièces n'étaient jamais aérées, puisque l'on s'y enfermait à clef la nuit, et que le jour on refermait pour que la chaleur n'entre pas. Il y régnait une atmosphère étouffante, et une obscurité effrayante. De plus, le lit grouillait de ce que je pris pour des cafards (et c'en était probablement !), mais n'ayant pas de lampes de poche nous ne pûmes pas savoir au juste sur quoi nous étions couchés (je suppose que c'est à cause de cette vermine qu'il était assez haut). Effarée, je voulus me sauver ; mais Robert m'assura que je ne risquais rien à venir me blottir contre lui, et je me décidai à dormir là... L'avantage était que le prix était dérisoire.

    Mon Voyage en Afrique noire - 12

     

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        Abordons à présent la deuxième grande partie de ce voyage... Une excursion jusqu'au Mali. Ci-dessous la carte de notre périple, avec le voyage aller dessiné en bleu (cliquez pour pour l'afficher en taille réelle).

    Mon Voyage en Afrique noire - 11


    Changement de cap


        De retour à Abidjan, nous n'y passâmes pas plus d'une nuit. Francis et Margaret nous proposèrent de visiter le pays par nos propres moyens, nous indiquant une route possible : monter vers le nord par le train, puis gagner Mopti, ville méridionale du Mali, au seuil du désert.
        D'Abobo-gare, nous nous embarquâmes donc en direction de Ouagadougou, qui était alors la capitale de la "Haute-Volta" (le nom de Burkina-Faso fut attribué à ce pays ultérieurement), avec pour mission de descendre à Ferkessédougou   , car il n'était pas conseillé d'entrer en Haute-Volta, de vives dissensions existant alors avec la Côte d'Ivoire.
     

    Mon Voyage en Afrique noire - 11Abobo-gare dans les années 70


        Comme je me plus dans ce train, fait de rames vieillottes vert bouteille, avec des sièges de bois et des fenêtres ouvrables jusqu'à moitié ! Il avançait tranquillement, jamais trop pressé, dans une campagne plus dégarnie, aux allures de savane, pour s'arrêter à des quais sans gare apparente, où les noirs l'envahissaient comme un métro, restant parfois sur les marche-pieds pour sauter un peu plus loin... A chaque arrêt ou presque, passaient sous nos fenêtres des femmes portant sur leurs têtes des bassines pleines de petites bananes locales, ou de mandarines vertes.

     

        Il suffisait de leur faire signe, de sortir quelques francs CFA, et on était comblé des fruits les plus délicieux que j'aie jamais connus... Quel bonheur, pour moi qui revenais de brousse et avais été privée de vitamines si longtemps ! J'en fis toute ma nourriture de la journée, et ces petites bananes toutes fraîches, je vous assure que je n'en ai plus jamais retrouvé le goût rare et profond en France... Est-ce parce que les nôtres viennent des Antilles ou d'ailleurs ? N'est-ce pas plutôt parce qu'on les envoie vertes afin qu'elles mûrissent en cours de route pour être mangeables dans nos supermarchés ? Décidément, l'adage selon lequel les fruits sont faits pour être consommés sur leur lieu de production, et non pour voyager, me parut là des plus exacts. Quant aux mandarines vertes... Quelle découverte ! Vertes, mais mûres : une espèce à la peau très fine et particulièrement juteuse, rafraîchissante. Ce voyage fut l'un des moments les plus délicieux de mon séjour.
        Robert, lui, s'amusait comme un petit fou des pratiques étranges des noirs, qui, pour prendre l'air car il faisait chaud dans le train, voyageaient sur le toit ! De vrais cascadeurs, dans ce pays, et pas un agent pour les réprimander ; tandis que la rame progressait paisiblement et sans heurt, une population masculine de plus en plus animée s'installait au-dessus de nos têtes !
     

    Mon Voyage en Afrique noire - 11
    Le paysage vu du train 


        À l'issue d'une journée qui me parut tout de même assez longue (environ 450 km en quelque 9 heures), nous descendîmes à "Ferké", fourbus et contents. L'air était plus agréable qu'en brousse, l'atmosphère moins pesante. Il nous fallait trouver où dormir, et, munis de notre "Guide du Routard", nous nous adressâmes comme indiqué à une mission catholique.
        Après quelques hésitations, un missionnaire accepta de nous laisser coucher dans une salle de classe, car il s'agissait d'une école alors fermée pour les vacances, sur des lits de camp. Ce fut là aussi une de nos plus belles nuits... Les pièces étaient propres, aérées, munies de grilles de bois ouvragé pour filtrer la chaleur des rayons solaires.
        Pour ajouter à la réussite de cette journée, nous sortîmes vers 20 heures dans les rues, en quête de nourriture, et fûmes attirés par des odeurs de viande grillée bien sympathiques. A notre grand ravissement, nous aperçûmes des barbecues à chaque coin de rue, avec toutes sortes de brochettes à vendre ! Dans la fraîcheur du soir, ce fut une véritable fête.
        Il nous fallait bien prendre quelques forces, car la suite du voyage allait s'avérer beaucoup moins confortable...

     

    Mon Voyage en Afrique noire - 11
    Me voici devant notre "palace". On ne dirait jamais que j'étais enceinte de deux mois !
    Je revins du voyage plus svelte que jamais, mais ce fut très rapidement rattrapé...

     
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    Les "fichus quarts d'heure"
    (Amaradougou)

     

        Depuis le temps que je les annonce, il faut bien que j'y vienne ! Je ne sais plus trop quand ils se produisirent, sauf en ce qui concerne les conséquences du repas d'éléphant, qui heureusement intervinrent à la fin du séjour : c'est pourquoi cet article sera le dernier concernant notre passage en brousse, qui dut s'étendre sur deux semaines, et sur lequel, je le rappelle, je n'ai pris aucune photo hélas, Robert s'appliquant à filmer.
        Lors de notre dîner à Niamagui, nos hôtes nous avaient mis en garde contre les tripes, qui "pouvaient nous rendre malades". Je veillai à n'y pas goûter ; mais Robert, qui était prêt à tout supporter pour vivre une vraie vie d'aventurier, ne s'en priva pas ! Dès le lendemain, nos intestins étaient complètement révolutionnés, et même les miens, car tripes ou pas, un éléphant "non vacciné" n'est pas forcément le meilleur repas pour nos organismes occidentaux... Le problème en ce qui me concerne était double : premièrement, j'étais fort inquiète à cause de ma grossesse, les douleurs de ventre et les expulsions brutales n'étant jamais des plus rassurantes quand on tient là-dedans un petit germe que l'on n'a absolument pas l'intention d'éjecter ! Mais deuxièmement, il y avait l'absence totale de zones "d'aisance" dans le village, ce qui nous obligeait à sortir de notre case et à quitter les parages
    d'un air dégagé chaque fois qu'une urgence survenait, répondant de notre mieux aux salutations avenantes des uns et des autres qui nous pensaient "partis en promenade "!
        Heureusement, le départ approchait, et très vite nous fûmes au dispensaire de Soubré où nous nous jetâmes sur le charbon qui nous soulagea.
         C'est la "vengeance de l'éléphant"! diraient les écologistes... Eh ! oui, il n'avait rien demandé, le pauvre.
        
     

    Mon Voyage en Afrique noire - 10

       
     
        Cependant, quelque temps plus tôt s'était présenté un autre problème, plus grave...
        Nous prenions de la Nivaquine, chaque jour depuis notre départ au début du mois, et pensions être parfaitement protégés du paludisme. Pourtant, un jour Robert me dit :
        - "Il paraît que Francis est couché chez lui aujourd'hui ; ça ne va pas fort, il a du palu."
        Il n'aurait donc pas pris correctement sa quinine ?... Margaret nous expliqua : même en se soignant, on peut faire une poussée de fièvre quand même, à 38° ; mais ça ne dure pas.
         Le lendemain, Francis repartit en tournée, il allait mieux ; mais c'était au tour de Margaret de s'aliter. Cela prenait une allure d'épidémie, et nous restâmes tranquillement dans notre coin.
        Soudain, le drame !
        Je m'en souviens comme d'un drame, tant j'ai paniqué, mais je ne sais plus exactement comment les choses se sont passées...
        Robert fit une poussée de fièvre effrayante, à 39° ou 40°, et avec de tels frissons et de tels claquements de dents que ses amis africains, inquiets, vinrent à son chevet pour le soutenir. Pour l'arrêter, une seule solution : nivaquine à haute dose ! Mais ces poussées de fièvre n'arrivent que la nuit, et il fallait d'abord attendre le matin ; puis se rendre à Soubré, et il n'y avait pas de voiture... Francis était absent pour deux ou trois jours.
        Sékou Traoré me prêta un vieux vélo désossé, et me voilà partie, au petit jour, avec mon petit bout de bébé dans le ventre, sur la piste à pédaler. Heureusement que c'était plat... Douze à quatorze kilomètres de piste, en dépassant les indigènes à pied qui me faisaient des signes de la main, jusqu'au dispensaire de Soubré où j'entrai bien sûr un peu en force et en coup de vent. Il y avait là un médecin qui m'offrit la quantité nécessaire de quinine pour rétablir mon jeune aventurier... Ah ! comme j'ai apprécié dans ces pays d'Afrique (même chose au Maroc, plus tard) la disponibilité et la gratuité des services médicaux !
        Mais il me fallait reprendre le vélo, et repédaler vaille que vaille jusqu'à Amaradougou... Cela me parut très dur. J'y parvins enfin vers midi, et trouvai Robert épuisé par la fièvre, les yeux fermés, veillé par Amara, qui en personne était venu s'asseoir à son chevet pour réciter des prières.
        C'était le plus beau souvenir que Robert garderait de son voyage en Afrique, je crois :
        -"Tu te rappelles ? Quand j'étais si malade, et qu'Amara était venu à mon chevet réciter des prières..."
        Il avait dû le lui demander lui-même.
        Quand on est pris de telles fièvres, le plus difficile est de boire la quinine, car on est comme paralysé et ne peut rien avaler. Mais une fois que c'est fait, on va mieux... Robert se rétablit en quelques heures, et le lendemain était sur pied.

        C'est l'année suivante, pour la veillée pascale 1976, qu'il vit la mort de près. Marie-Noëlle était née et avait deux mois. Nous étions chez mes parents, qui refusaient de déranger un médecin une veillée pascale pour quelques claquements de dents. Cependant Robert hurlait, tant les
    nausées et les frissons étaient violents, et mon père, férocement accroché à son téléphone, grommelait que c'était un comédien.
         A force de supplications, vers minuit, quand nous nous aperçûmes que la fièvre était montée à 42° et que Robert était presque dans le coma, ma mère obtint qu'il appelle le médecin de garde. Par chance c'était un indonésien qui sut immédiatement de quoi il retournait. Mais venant de loin, et très occupé à cause de la date exceptionnelle, il ne put être là avant 2 h du matin.
        Robert ne répondait plus, et ne pouvait plus parler ni remuer. Il avoua depuis qu'il s'était réellement senti mourir... Son coeur battait si follement qu'il
    lui semblait sur le point de lâcher
    .
        Cependant, comme Amara, le médecin est resté à son chevet jusqu'à 4 h du matin ; en lui parlant doucement mais fermement, il réussit à lui faire avaler la quinine, et il attendit que celle-ci commence à agir.
        Ça, c'est une veillée pascale ! (non pas pour ceux qui vont à la messe, mais pour ceux qui soignent les autres).
        Le lendemain, il s'est retrouvé dans son lit inondé d'une telle sueur qu'il fallut tout enlever ; il n'avait plus que 38° mais ne pouvait tenir debout. Il mit une semaine à s'en remettre.
         En fait, il avait contracté le "plasmodium falciparum", le pire germe de paludisme (qui est mortel), et devait, pour l'éradiquer, poursuivre la quinine pendant au moins trois mois. Le patient docteur Thran était tombé à point nommé pour le lui expliquer et pour l'aider à s'en débarrasser...

         Quelques jours plus tôt, il avait connu les signes avant-coureurs de la crise, sous la forme d’une poussée de fièvre modérée, dont il s’était ouvert à un de ses amis étudiants en médecine : celui-ci, confiant, lui avait conseillé de prendre un peu d’aspirine, diagnostiquant « une petite grippe ».

          Quant à moi qui m’efforçais d’allaiter ma babichette, j’en perdis tout mon lait d’un seul coup. Mais pour le paludisme ? Eh bien ! Je n'en eus pas du tout. Protégée par mon bébé ? dirent certains. Peut-être. Mais surtout, parce que j'étais restée prudemment dans ma case, à la différence de Robert qui traînait chaque jour dans les marigots, et que je m'étais appliquée constamment à me badigeonner de "moustifluid" !

    Mon Voyage en Afrique noire - 10
    L'animal le plus sanguinaire de la jungle : le moustique...

     

    La suite à lire ici.

     

     

     

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    Fêtes
    (2ème partie : à Niamagui)
     
     

    Mon Voyage en Afrique noire - 9

       
     
        Un jour Robert, toujours à l'affût, apprit qu'une battue à l'éléphant allait être organisée à Niamagui, pour une raison de force majeure. A cause du défrichement de plus en plus important des forêts, les éléphants se rapprochaient dangereusement des villages et l'un d'entre eux venait chaque nuit dévaster les cultures aux alentours de Niamagui. Ce n'était plus tenable, il fallait intervenir d'urgence. Seulement, si l'on faisait appel aux autorités cela risquait de prendre un moment...! Alors, autant se débrouiller entre soi : les hommes allaient partir avant l'aube et abattre l'animal, purement et simplement. Bien sûr, c'était interdit, mais il ne fallait pas l'ébruiter. Tout le monde faisait comme ça, dans le pays.
        Robert pria et supplia pour accompagner la battue. Non !! C'était trop dangereux ! Il n'en était pas question ! Désolé, Robert dut y renoncer... Pour le consoler, les habitants de Niamagui lui expliquèrent qu'ensuite il faudrait manger l'éléphant, et qu'à cette occasion on organiserait un grand banquet où tout le monde serait invité, nous aussi bien sûr. Nous habitions toujours Amaradougou, mais comme je vous l'ai dit, Niamagui n'en était qu'à 2 km, c'est à dire à 20 mn de marche.

        Le jour venu, l'expédition eut lieu, et comme prévu l'éléphant fut abattu - dans la plus grande clandestinité évidemment. Tout se passa fort discrètement et les gens du village dépecèrent l'animal, puis préparèrent le festin. Vu la chaleur, il n'était pas envisageable de conserver quoi que ce soit, or sur un éléphant, il y avait de quoi manger !
        Ainsi lorsque nous arrivâmes à Niamagui ce soir-là, vers 19 heures, alors que la nuit commençait à tomber, l'atmosphère était à la fête. Très différents des gens d'Amaradougou et plus européanisés, nos amis avaient installé de grandes tables faites de portes posées sur des tréteaux le long des cases rectangulaires, et sur les toits de chaume ils avaient disposé des lampes, je ne sais plus par quel système (j'aurais tendance à dire "électriques", mais cela me paraît fort improbable). Nous avions des assiettes et des couverts un peu rudimentaires, posés sur des nappes blanches. Les femmes du village, moins hiérarchisées et moins pauvres que leurs homologues Malinké, nous avaient préparé de vrais plats cuisinés : du ragoût de plusieurs morceaux d'éléphant, avec pour accompagnement des ignames bouillies, qui rappelaient agréablement la pomme de terre. Les sauces pimentées relevaient l'ensemble, et faisaient de ce menu un repas africain tout à fait présentable pour une fois, surtout qu'il s'acheva il me semble par un dessert - mais je ne sais plus lequel, peut-être des bananes en beignets. Nous passâmes une soirée gaie et enthousiaste, dans une ambiance chaleureuse où tout le monde, pour une fois, se comprenait aisément... 
        Les enfants étaient également de la partie, et ce dont je me souviens le mieux, c'est de l'abondance des coléoptères dont nous fûmes subitement entourés, à cause des lampes qui éclairaient dans la nuit. Cela mit Robert et les enfants en effervescence, jusqu'au moment crucial où tout le monde hurla de rire,  car un énorme "Dynastès Centaurus" (espèce très répandue dans le secteur) venait de tomber dans son assiette ! Il s'efforça de le capturer, comme des quantités d'autres dont il fit bientôt sa collection privée, heureux de pouvoir rapporter ces trophées de son voyage en "forêt équatoriale".
      

    Mon Voyage en Afrique noire - 9

    Dynastès centaurus mâle

     
        - "Gobos ! Gobos ! " criaient les enfants, soutenus par les adultes qui s'amusaient aussi beaucoup.
         Les coléoptères
    volaient autour de nous dans un vrombissement d'ailes étourdissant et se heurtaient en aveugles aux parois des cases comme d'énormes hannetons. Ils étaient deux fois plus gros - de la taille d'un oeuf environ -, et aussi cuirassés que des scarabées, avec pour le mâle une corne de rhinocéros - corne très atténuée chez la femelle qui était également plus petite. Leur couleur générale était rouge très foncé, ou marron violacé.
         Nous passâmes une merveilleuse soirée, malgré quelques suites fâcheuses contre lesquelles nos amis nous avaient cependant mis en garde... Mais ce sera le sujet du prochain article.

    Mon Voyage en Afrique noire - 9

    Cet animal n'est pas exactement le même, mais je vous en joins la photo
      pour vous permettre d'en apprécier l'envergure en vol
     
     
     
    Suite de mon récit ici.
     
     
     

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        Voici quelques anecdotes de mon séjour à Amaradougou, que je n'ai su classer dans les différents chapitres rédigés jusqu'ici.

     

    Quelques souvenirs d'Afrique

     
        Un jour que nous nous promenions vers l'autre extrémité du village, loin du quartier que nous habitions, j'ai rencontré un enfant extrêmement maigre, si maigre que je ne sus déceler si c'était un garçon ou une fille ; si maigre que ses bras ressemblaient à de minces branches d'arbre - tandis que son corps disparaissait sous une petite robe noire (une fille, donc ?).
        Elle se cachait derrière sa case et me regardait tristement ; et moi, cherchant dans mon sac, je n'avais pas grand-chose à lui donner... juste un biscuit "Lu" ou deux... Quelle tristesse ! Au dispensaire de Soubré, on nous dit qu'il y avait beaucoup d'enfants rachitiques dans cette contrée, qu'il fallait soigner par des apports importants de céréales envoyés par l'aide humanitaire.

    *

    Quelques souvenirs d'Afrique
    (ici : bouillie de mil, maïs, sorgho)


        Une autre fois, nous nous trouvâmes dans le village alors que quelques paysans étaient déjà accroupis autour d'une bassine pour déjeuner. Ils y plongeaient la main et en sortaient une sorte de bouillie verte et gluante, qui excita notre curiosité. C'était tout ce dont ils se nourrissaient ! Avec obligeance, ils nous indiquèrent qu'ils appelaient cela "Tau"(1). Nous insistâmes pour y goûter, malgré leurs signes véhéments de dénégation. C'était infect... Horri
    blement écoeurant ; le genre de plat que, par dérision, on pourrait comparer au plat amérindien décrit par Goscinny dans "Oumpa-pah le Peau-Rouge" : "Ça : pemmican ! Graisse de bison séchée avec moelle d'ours, peau de serpent hachée..." Bref : il s'agissait probablement de débris végétaux accommodés avec une vieille graisse qui soulevait le coeur. C'est pourquoi, lorsque l'on nous donnait du riz, si peu que cela soit, nous pouvions nous dire que l'on nous nourrissait comme des princes...
        Nous en conçûmes une certaine honte. Et que dire alors des touristes que l'on régalait dans les restaurants spécialisés, de plats prétendument "traditionnels" !
        Les gens d'Amaradougou étaient vraiment très pauvres, et c'est pour cela qu'ils avaient fui le Mali, où la sécheresse leur interdisait toute culture.

    (1) Il est possible qu'il s'agisse du "bofroto", bouillie de mil consommée aussi bien au Mali qu'au Burkina Faso et au Niger (voir ici)
    *

        Plusieurs fois, des jeunes gens m'abordèrent timidement, admirant mes cheveux, et me demandèrent de leur en laisser une mèche, en souvenir. Mais toujours Robert me recommanda vivement : "Ne donne jamais tes cheveux ! Ni ta photo ! Ils peuvent l'utiliser pour faire de la magie et pour agir sur toi  distance !!"
        Cela me surprit : je ne voyais pas de malice dans leur requête ; mais les habitants de Niamagui, qui parlaient français, confirmèrent cette affirmation : il ne faut jamais donner ses cheveux, ni rien donner de soi ; par ici, il y avait le vaudou... et le vaudou, c'était très dangereux.

    Quelques souvenirs d'Afrique
    Culte Vaudou au Bénin : la sortie des masques


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        Dernier point. Au moment où nous quittâmes la région, nos nouveaux amis nous demandèrent de leur envoyer des cartes postales de Paris (ce que nous fîmes évidemment sitôt rentrés). Et c'est ainsi que nous apprîmes comment ces gens avaient accès à la poste : ils devaient se rendre à Soubré, où chacun avait sa "boîte postale"... Aucun facteur ne venait jamais jusqu'à Amaradougou, et il ne s'y trouvait nulle boîte aux lettres. Nous étions bien "en pleine brousse", sinon "à mille miles de toute région habitée" !...
       
     
    Suite de mon récit ici.
     
     
     

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