•         Cependant, nous n'avons pas mangé de la journée, et nous sentons un peu inquiets : c'est bien ce soir, Noël ?...Comme si ce village avait un air de Noël ! Nous sommes arrivés là en plein paradis estival. Les palmiers s'élèvent, enivrés, vers un ciel d'azur soutenu et un soleil éclatant. L'absence totale de vent crée un microclimat délicieux. Nos bras restent nus et les lunettes de soleil s'avèrent indispensables.

        On paresse, on n'a pas envie de quitter le village... Nous préférons nous intéresser aux curiosités locales : une mosquée miniature toute en glaise rouge, et des toilettes publiques sidérantes édifiées en vue d'une récolte d'engrais. Nous en reverrons par la suite, de ces trônes élevés à un mètre cinquante de hauteur auxquels on accède par une petite échelle dressée entre des palissades de forme pyramidale, et sous lesquels régulièrement les autochtones viennent récupérer la fiente nécessaire à leurs cultures ! En ce qui nous concerne, le siège exposé aux regards ne nous inspire guère, et nous rions de l'emplacement choisi pour une telle construction, en plein carrefour, non loin de la ravissante mosquée dont la porte très basse est encadrée par deux vieillards en large robe qui devisent.
     

    Noël au Sahara : coucher de soleil sur les sables


        La palmeraie nous retient quelque temps, pour une sieste ombragée aux côtés d'un ânon intrigué. Mais hélas notre appétit est vite déçu par les dattes, dont ce n'est décidément pas la saison. Autant manger des racines... Le lavoir nous amuse, avec l'étonnant monument qui se dresse devant : nous n'en connaîtrons pas la signification, en forme de bouclier renversé, et tout d'argile rouge lui aussi.
        Il me prend l'envie d'aller me dégourdir les jambes à l'extérieur : après tout, quitterons-nous le désert sans y avoir marché à pied ? La tentation est trop forte. Je m'esquive, grisée par un sentiment d'aventure qui ne me pénètre vraiment que dans la solitude : c'est le moment où jamais !
        Je redescends du village par la voie sableuse et reprends la piste par laquelle nous sommes arrivés. Les falaises alentour sont superbes.
    Bientôt, mes regards sont de nouveau attirés par les pierres qui jonchent le sol. Leur bizarrerie m'est si irrésistible que je me prends à les ramasser, comme les gamins sur les plages. Je suis persuadée de rencontrer de grosses bûches qui baignaient ici autrefois dans les eaux d'un grand lac, vers l'ère secondaire... Je trouve même des coquillages ; ou qui sait, des restes de coraux ?
        Eh bien non, ce n'est pas vraiment la solitude ! Mahmoud se balade en tous sens avec sa voiture, jouant au cascadeur sur les pentes dangereuses. Le voici bientôt qui me rejoint pour me proposer un tour de promenade ! Je décline poliment : franchement, la matinée m'a suffi, et je marche trop peu à l'ordinaire pour ne pas profiter à plein de l'occasion qui m'est offerte. D'autres semblent moins difficiles, et s'amusent comme des fous dans la voiture transformée momentanément en nacelle de fête foraine. Grand bien leur fasse ! me dis-je, prenant mon parti des bruits intempestifs et de la compagnie peu décorative qui m'est imposée : j'aurais dû partir plus tôt afin de m'en aller plus loin, voilà tout...

    Noël au Sahara : coucher de soleil sur les sables


     
        Je presse le pas pour sortir du cirque de falaises figuré par le site de Tinjillet, suivant le chemin juste délimité par les traces de véhicules : au-delà, la vaste étendue me tend les bras, vers le large où les palmiers se font plus rares.
        Me perdrai-je dans cette étrange mer asséchée où les débris de végétaux fossilisés semblent surnager sur le sol même ?... Non, ce n'est pas possible : partout des repères se présentent, depuis la permanence des hauts monticules là-bas qui indiquent le sud-ouest, jusqu'au paysage rassurant derrière moi de la petite anse presque identique aux criques bretonnes de mon enfance.
        Après deux kilomètres de marche rêveuse où je m'imagine à mille milles de toute région habitée, j'atteins une sorte de palmeraie miniature enclose dans des palissades de joncs.
        Ne serait-il pas temps de rentrer ? Allons, l'étendue devant moi ne présente plus rien de bien séduisant, et le soleil qui descend est d'une permanence qui fatigue à la longue. Je reviens sur mes pas, sans grande hâte.
        Déjà l'air fraîchit, le soir tombe. En retrouvant le couvert de la maison qui nous est prêtée, je remets avec plaisir un lainage mais remarque avec désappointement que, de dîner, il n'est toujours pas question.
        Sur les hauteurs qui dominent le village, mes camarades se promènent toujours. Après tout, c'est joli aussi par là... Pourquoi n'ai-je pas songé à y monter ? A l'extrême droite, resplendit le ksar que nous avions ce matin découvert par le haut. Vivement, je m'efforce de gravir la colline mi-rocheuse mi-sableuse, aux reflets mauves, qui s'offre à moi. Soudain, m'élevant au-dessus des masses d'ombres, je rencontre l'éclat majestueux du soleil qui s'apprête à se coucher…


       
     
        Le moment est solennel. Il descend derrière les hauts pitons rocheux qui se découpent à l'horizon, noirs comme des squelettes de géants préhistoriques. Un instant la boule de feu semble se poser sur l'horizon. Puis sa disparition se fait avec une grande rapidité. Devenu écarlate sur le ciel aux larges pans orangés, je vois l'astre du jour s'engloutir en quelques minutes, dans une lente immersion qui évoque un navire perdu dont les étranges mâts surnageraient encore… Ou ne serait-ce pas plutôt la Terre qui, telle un navire affrontant la vague, aurait brusquement relevé sa poupe pour nous en dérober la vison ? J'en demeure tout éblouie.

       Ce sera mon premier cadeau de Noël.

    *

        Peu à peu la nuit tombe. La faim me tenaille de plus en plus. Je rejoins le groupe dans la maison. Un arabe agenouillé en robe brune et coiffé d'un grand chèche vert a disposé le nécessaire pour nous servir le thé en guise d'apéritif. Il n'en finit pas d'oxygéner le breuvage à grands renforts de transvasements successifs et de bulles éliminées dans un « verre à déchets »... Dîner n'est pas possible pour le moment : il faut aux villageois qui ne l'ont pas prévu le temps de réunir le nécessaire ; et puis il faudra encore attendre que soit passée la prière du soir.
        Après la collation, nous sortons donc de nouveau. Et c'est pour découvrir avec stupéfaction l'immensité du ciel qui revêt à présent une apparence extraordinaire…
        Il nous semble être sous une toile de tente. Sur l'infini d'un noir d'encre, un tapis de petites étincelles blanches moutonne autour de nous comme une pluie de paillettes d'or sous une cloche refermée. Comme nous sommes petits ! Comme notre horizon est petit ! Je songe à la coupole d'un planétarium. Mais non, cette voûte-ci paraît tellement plus vivante, plus souple, vaporeuse au souffle de l'atmosphère, et satinée, veloutée, avec sa couleur violine profond qui soulève l'âme en effrayant le cœur ! Je frémis, comme si l'immensité menaçait de m'engloutir. J'ai l'impression d'être sur un vaisseau spatial, en plein cœur du cosmos, tant l'Univers semble présent... Le mince caillou qui me porte me semble susceptible de m'abandonner à tout moment, et même la notion d'une atmosphère qui m'enveloppe et me nourrit m'apparaît ici d'une fragilité extrême... Celui qui a dressé cette tente, n'est-ce pas Dieu lui-même ? Et pour nous Il l'a dressée, aussi fragile que magnifique, avec ces millions d'étoiles qui miroitent comme des clous rivés sur nos têtes. Nous sommes ses hôtes pour ce soir. Que la gratitude nous étreigne…

        Ce sera mon second cadeau de Noël.

    *

        Enfin l'heure du repas semble sonnée. Nous nous précipitons : n'est-ce pas le réveillon ? Hélas ! Il n'y a presque rien à manger...
        Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous partageons en plaisantant le maigre plat de semoule aux légumes qui nous est présenté. Marie et Joseph furent-ils mieux servis, à Bethléem ? En notre honneur cependant, le maître de maison a étendu des tapis sur le sol de la pièce principale, afin d'en améliorer le confort pour notre sommeil. Puis il ajoute :
        - Si vous le désirez, vous pouvez dormir dans ma cave.
        Qu'est-ce donc que cette « cave » ? Cédant à la curiosité, je découvre un vaste tunnel en U qui prolonge l'habitation vers le cœur de la falaise ; très fruste, avec un plafond plutôt bas, elle présente des recoins tapissés de sable où l'on peut s'allonger confortablement. Rejetant une pointe d'angoisse devant son atmosphère saturée d'humidité et de poussière je jette mon dévolu sur une petite loggia taillée en pleine roche dont la finalité évoque autant la réserve à nourriture que l'alcôve de la courtisane. Des couvertures sont d'ailleurs déjà disposées sur l'épaisse couche sableuse et, n'était cette âcre odeur qui en écarte plus d'un, on imaginerait aisément ce coin comme un petit paradis d'amour... Je m'y sens bien. Au moins, je sais que je n'y aurai pas froid.
        Lorsque je m'y suis allongée, bien enveloppée dans mon duvet, c'est réellement un nid très douillet... Et je m'abandonne aux songeries les plus merveilleuses. Oui, je suis dans la matrice même de la terre ! Oui, c'est de cette façon qu'est né le Christ : des entrailles d'une grotte au désert, ouvrant sur la féerie du ciel nocturne ! Et les ailes des anges, c'étaient ces étoiles ! Et l'âne et le bœuf, ces êtres aimants qui nous protègent !... Il me semble vivre une initiation.

        Ce sera mon troisième cadeau de Noël.


       À suivre ici
     
     

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  • Suite de notre voyage, que vous pouvez localiser sur la carte ci-dessous (à agrandir)


    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
     
        24 décembre. Farid nous embarque rapidement pour nous faire profiter du petit déjeuner encore remarquablement servi par sa gracieuse belle-sœur. De retour à la grande maison du centre ville, nous savourons des petits pains accompagnés d'abondants morceaux de beurre (quel festin!) et arrosés de thé ou de café au lait.
        Nous sommes parés pour le départ.
        Deux voitures sahariennes s'apprêtent à nous accueillir avec nos sacs à dos. La première est une Toyota assez âgée vert kaki, dont les portes arrière ferment mal, une vitre étant même remplacée par un panneau de contre-plaqué. Elle offre quatre places en plus du chauffeur (Farid), mais on y loge à cinq passagers (deux se serrant devant), plus deux enfants dans le fond sur les sacs à dos. La seconde est blanche et porte la marque Mazda, très répandue dans le pays. Elle est conduite par un jeune homme de dix-huit ans, Mahmoud, qui est venu spécialement d'Adrar pour dépanner Farid. Le nombre de places y est le même, mais l'arrière, tapissé de lino, semble plus spacieux que celui de la Toyota. Hélas, nous partons vraiment très nombreux, puisqu'à nos quatorze têtes, sans compter les chauffeurs, s'ajoutent encore Youssef, le copain de Mahmoud, la belle-sœur de Farid que notre compagnie séduit décidément beaucoup, et enfin Nordin, son inséparable jeune frère. L'habitat est très concentré.
    Je m'engouffre aux côtés de David à l'avant de la Mazda, et c'est le départ pour la sebkha. Il est environ neuf heures.
        Le voyage est d'emblée mouvementé : la route est en construction. Des tas de cailloux tous les cent mètres en interdisent l'utilisation. Tandis que Farid se lance dans un vertigineux slalom à coups d'accélérations puis de freinages successifs, notre chauffeur, plus prudent et plus régulier, roule sur la piste parallèle, dont nous regrettons tout de même la mauvaise viabilité.
     

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

       
        Au premier village nous faisons halte, séduits par un troupeau de dromadaires qui paisiblement rumine à l'ombre d'un grand mur. Quelle aubaine ! C'est la ruée des pellicules : photos, films, ne se font pas attendre. Heureusement, ni les chameaux ni leur maître ne semblent s'en offusquer ; leur repos ne s'en trouve pas troublé.
     

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

       
        Le soleil monte. Nous quittons bientôt la zone des travaux et des carrières diverses pour parvenir au bord de la sebkha.
        Du haut d'une falaise battue des vents, nous dominons une immense plaine parsemée de palmeraies, au centre de laquelle se dressent deux îlots rocheux qui évoquent les paysages de l'ouest américain, deux pylônes massifs barrés d'une couche dure et plate au sommet. Le paysage devient superbe, et tandis que les photographes exercent leurs talents, Farid et ses amis s'encapuchonnent la tête dans leurs chèches qui s'avèrent particulièrement adaptés aux conditions climatiques, protégeant à la fois du vent et du soleil. Ils suscitent ma jalousie, car j'ai grand peine à obtenir le même résultat avec mon écharpe de soie.

        Nous commençons à découvrir avec intérêt des pierres en forme de billes collées ensemble et que Daniel dénomme « poupées du désert ». Le haut plateau étant tout pierreux, bientôt nous nous trouvons dans un immense champ de billes et de « dentelles de billes » de couleur mauve. Comment l'érosion éolienne parvient-elle à travailler de cette façon ? Les pistes sont balisées par des petits tas de pierres plates disposés tous les vingt mètres environ de chaque côté.
     

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
        Nous contournons la corniche rocheuse et, de kilomètre en kilomètre, de nouveaux paysages apparaissent. Nous ramassons des pierres et du sable que nous conservons dans des tubes.
     Ikser
      
         Soudain, nous parvenons à la forteresse d'Ikser : un ksar en ruines élevé sur un piton rocheux. Tout alentour, des dunes. Et que de pierres étonnantes, sur certaines collines ! Je m'emplis les poches de cristaux de quartz et de poupées du désert, tandis que d'autres fourrent leur nez dans les creux de roche qui constituent la citadelle.
      

    Ikser

       
        Mais ce n'est pas tout : un peu plus bas, dans un creux de falaise, il y a une grotte ! Des européens en surgissent, dans une Peugeot immatriculée d'Algérie. Un arabe se présente, porteur de deux scorpions vivants dans une boîte de conserve, qu'il pose délicatement à terre pour les spectateurs intéressés. Aussitôt, David se précipite ; il se jette à plat ventre devant les petites bêtes jaunâtres pour les filmer en gros plan. Le spectacle est si cocasse qu'un camarade s'empresse de le photographier dans cette posture, protégé de justesse des dards frémissants par la baguette secourable de l'arabe qui précise que par bonheur, en cette saison, les scorpions sont légèrement endormis.


          
     
        Nous pénétrons dans la grotte, immense voûte aux nombreux replis ouvrant sur un tunnel apparemment profond. Je regrette de n'avoir pas de lampe torche... Mais dans la grotte il y a aussi toute une exposition de bois fossiles de la région, et chacun s'y intéresse beaucoup. Je finis par en acheter un petit morceau, pas trop cher.

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
          Nous voici repartis. Nous rejoignons les hauteurs et découvrons Tinjillet, par le dessus. Les vestiges d'un vieux ksar le dominent encore d'un repli sableux. Quant au village lui-même, il est blotti contre la paroi rouge de la falaise dans laquelle s'infiltrent des galeries, ainsi qu'une gigantesque termitière où se réfugient peut-être les habitants par grosse chaleur. Une belle palmeraie s'étale dans le creux de la vallée, et c'est une symphonie de couleurs, entre le rouge de la falaise, le vert des palmiers, le bleu du ciel, et derrière nous, le jaune vif d'un îlot de dunes.


       
     
       Bientôt nos véhicules doivent traverser une redoutable pente sableuse. Spectateurs ravis, ayant passé « l'avalanche » à pied, nous admirons l'intrépidité de nos chauffeurs qui, l'un après l'autre, contournent la corniche ensablée en s'y raccrochant de justesse par un impressionnant dérapage vers le vide de leurs roues arrière. Comme le système des quatre roues motrices nous paraît alors bienvenu !
        Nous nous engouffrons de nouveau dans les voitures et reparcourons quelques kilomètres sur le « billard » mauve du haut plateau, au fil de la piste jalonnée de petits tas de cailloux. Farid file comme un fou, selon son habitude, devant Mahmoud dont nous apprécions la prudence : le terrain n'est pas toujours stable et les passagers de la Toyota sont plutôt secoués par des cahots fréquents.



     
        Lorsque nous nous garons au-dessus de Semouta, c'est le point de vue le plus merveilleux. La falaise a pris une telle hauteur, que le panorama vers la sebkha et ses deux pics rocheux paraît à l'apogée de son allure. Quant au village lui-même avec sa palmeraie, niché dans un creux par-devant nous, il est ravissant. Justement, on aperçoit d'en haut un musulman monté sur un âne qui trottine sur un chemin de sable... David s'arme de son zoom et le filme jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière un palmier.

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
      Pour ma part, je suis très intéressée par ce que me montre Sébastien, le garçonnet du groupe : c'est plein de bois fossiles dans ce secteur. Je n'avais donc pas besoin d'en acheter ! Vite, j'en remplis mes sacs. Quoi de plus évocateur en effet de ce pays sauvage, que les pierres qui en composent le décor ? D'autres s'intéressent au sable, mais je ne puis m'empêcher de le considérer comme trop volatil et inconsistant.

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

       
        Allez ! Nous repartons ! Farid, toujours pressé, reprend la direction des opérations.
        Les voitures s'ébranlent pour la dernière étape de la matinée : cette fois la piste que nous empruntons plonge vers l'intérieur de la sebkha, et nous atteignons bientôt avec étonnement un sol un peu tourmenté par l'humidité stagnante et le sel qui s'y dépose, blanchâtre, sur des plaques croûteuses au soleil. Les palmiers s'y déploient voluptueusement. L'on se demande comment ils naissent d'un sol si peu séduisant et cependant ils sont là, entourés de petites palissades d'herbes tressées qui garantissent quelques cultures des assauts du vent. Parfois le sable gagne les palmeraies et les palmiers s'y noient, solitaires.
     

        Nos voitures roulent plus doucement, parmi les îlots de verdure timide. Farid oblique vers la gauche : je ne comprends plus où il va. Il se dirige vers une sorte de cul-de-sac dans la falaise, puis il pénètre dans un enclos de sable rougeâtre et stoppe son véhicule. Mahmoud fait de même.
        - Tout le monde descend !
        Chacun prend ses affaires : nous sommes arrivés.
        J'imite mes camarades sans comprendre. Et comme le soleil est devenu très chaud et très vif, je perds du temps à me défaire de tous mes pulls et à sortir mon chapeau et mes lunettes de soleil. Déjà les autres disparaissent par un chemin qui monte. Allons-nous randonner par là ? Dieu ! Que mon sac me paraît lourd, avec toutes les pierres dont je l'ai rempli ! Comme j'ai du mal à gravir cette dune de sable rouge et sans résistance ! Je pénètre fourbue dans un village aux murs d'argile. C'est un labyrinthe très court. Quelques mètres plus loin, je constate avec surprise qu'une maisonnette carrée agrippée au rocher dans lequel elle se prolonge nous est ouverte et que nous y déposons notre chargement... 
          Déjà ! La randonnée promise n'est donc pas pour aujourd'hui ?
     
     
     
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        Vers seize heures il revient, avec des nouvelles décevantes. Il a vu notre guide : la brusque maladie de sa mère l'oblige à différer son départ d'un jour. Cependant il nous propose de venir poser nos sacs chez lui et d'y prendre le thé. Daniel paraît douter de ses explications confuses.




        Nous enfilons quelques rues aux murs rougeâtres et sans ouvertures pour parvenir dans une maison à l'intérieur très européen. Si ce n'étaient les divans disposés en demi-cercle autour d'une large table basse, nous nous serions laissés frapper par le poste de télévision à la française, le buffet moderne vitré à la française, et l'électrophone à la française qui ornent ce salon cossu. Un émetteur d'air conditionné confirme l'impression générale de confort. Nous prenons place, serrés les uns contre les autres sur les divans, et découvrons alors Farid, le jeune berbère de vingt-cinq ans qui a accepté de nous piloter dans la sebkha. Il a le nez grec, un visage brun taillé à coups de serpe et les traits allongés. Il paraît agité, autoritaire, et nous aurons vite confirmation de son caractère fier et impatient. Cependant, derrière les complications qu'il nous impose, il fait tout de même montre d'un désir certain de nous être agréable. Un bambin de quatre ans, Nordin, se blottit constamment à ses côtés. Il donne quelques ordres à la cuisine, et une jeune fille timide, ne sachant pas le français mais vêtue comme lui à l'européenne, vient nous servir du thé. Nous le buvons avec plaisir.
        Il nous annonce que nous partirons le lendemain, après avoir couché chez lui, mais qu'en attendant nous sommes invités à dîner chez sa belle-mère le soir même. Les deux heures séparant ce thé du dîner seront donc consacrées à une sommaire visite de la ville, pour la plus grande joie des enseignants dont c'était l'un des principaux objectifs.


     

        Quel émerveillement, devant le vieux ksar d'argile rouge rosissant au soleil du soir ! Devant le majestueux tombeau de marabout éclatant de blancheur sous sa couche de craie ! Mais la plus vive curiosité ira sans nul doute à l'immense « peigne » surplombant la palmeraie d'une centaine de mètres, à hauteur de la source jaillissante qui abreuve toute la ville en eau courante.




        Ingénieuse trouvaille des peuples sahariens, ce système permet de fractionner l'eau déferlante du ruisseau en autant de petits canaux qu'il y a de jardins en bas à irriguer. Et si l'on suit le labyrinthe des minuscules cours d'eau amoureusement entretenus se divisant successivement les uns les autres comme les ramifications des feuillages, on arrive dans des petits paradis naturels en contrebas, où le blé et les carottes poussent en toute saison, au bord de petits lacs improvisés guère plus profonds qu'un à deux centimètres, sur un sable de bord de mer, à l'ombre gracieuse des palmes, sous le regard tranquille d'un ânon paisiblement attaché...



      

        Parfois un homme y paraît, penché sur son outil rudimentaire. Mais les femmes, emmitouflées dans leurs robes et portant des cruches sur la tête, refusent de se laisser filmer !...Pas plus que les enfants d'ailleurs, qui préfèrent jeter du sable vers les caméras.

        La nuit tombe. A sept heures, nous sommes de retour dans la maison cossue.




        Une jeune fille rayonnante de plaisir et toute parée, quoique vêtue à l'occidentale, nous y accueille. Est-ce la même que tout à l'heure ? Non, celle-ci parle un français parfait : c'est sa sœur aînée. Remplace-t-elle sa mère malade ? En effet, cette dernière ne paraîtra pas une seconde. Est-elle la sœur de Farid ? Non, quoique celui-ci la traite comme telle : nous apprendrons qu'elle est sa belle-sœur, Farid ayant épousé une sœur encore plus âgée. Ravie de recevoir des dames françaises à sa table, elle prétend qu'elle ne se mariera pas, mais fera des études supérieures pour devenir pilote d'avion ! Et quoiqu'on l'ait déjà demandée trois fois en mariage affirme-t-elle, elle est sûre que son père la défendra toujours, d'autant plus qu'elle a un oncle architecte qui a déjà vécu en France.
        Nous sommes très édifiés par ces déclarations enthousiastes, et la jeune fille se retrouve bientôt avec un calepin rempli d'adresses.
        Elle nous sert avec beaucoup de grâce un excellent couscous sur deux grands plats, autour desquels nous nous amassons goulûment, armés de nos cuillers. Nous nous étonnons de ce qu'elle ne mange pas avec nous, mais elle prétend avoir déjà dîné à la cuisine et nous la comprenons : ici nous sommes plutôt serrés, à quatorze. Cependant Farid se joint à nous, assis par terre aux côtés de Daniel.
        Au moment de dormir, Farid nous transporte dans sa propre demeure située en périphérie de la ville. Il s'agit d'un quartier en construction dont les rues ne sont que pistes défoncées, et les maisons voisines des cubes de parpaings à peine ébauchés.
        Face à un petit patio, sa pièce de séjour où trône un magnifique tableau représentant une corrida peut être transformée en dortoir ; mais comme nous sommes trop nombreux pour nous y serrer tous, une partie du groupe s'installe dans l'étroite pièce sombre contiguë : apparemment une chambre d'amis. Certains sont à terre sur le tapis, d'autres allongés sur les divans, d'autres directement sur le sol grâce à leurs matelas isolants. Quand à vingt-trois heures enfin les lumières s'éteignent, m'étant emparée d'une place de choix sur un canapé, j'espère rattraper mon sommeil en retard...

     
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        Quelques heures après je m'éveille enfin au grand jour, partiellement réchauffée. C'est l'exclamation de David, à l'extérieur, qui en est la cause :
        - Venez voir comme c'est beau !... Oh ! Le bel oiseau !
        Il est neuf heures du matin, en ce 23 décembre.
        Je m'extirpe de ma tente. Et c'est la stupeur, l'émerveillement !
        Un ciel bleu des tropiques, un soleil éclatant ; du sable rouge sous nos pieds, et rose à l'horizon des dunes ; et partout, des palmiers, des palmiers...
    Derrière nous, le muret d'argile rouge et ensuite, les petits jardins de sable mouillé où une herbe vert foncé croît activement sous les palmiers dattiers.
        On se prépare à déjeuner. Vive le guide qui a tout prévu ! Il nous rapporte déjà de la ville des pains fins et complets (au goût acide, comme tout dans ce pays) avec de l'eau et de la confiture. On fait chauffer cette eau sur le camping-gaz et on obtient bientôt du thé que l'on sucre au lait concentré. Vite, chacun tend son bol ! Je m'affaire à photographier, me promenant dans la palmeraie.
     


       

        Nous croisons de jeunes noirs qui s'enhardissent à demander des cigarettes, des ânes chargés avec leurs maîtres. Déjà la peau commence à griller, à rougir au soleil. Des enfants sortis de l'école paradoxalement vers dix heures nous expliquent le système des deux groupes scolaires par demi-journée destinés à pallier au manque d'instituteurs et ajoutent, en se plantant définitivement à nous observer :

        - Mais les vacances commencent aujourd'hui !
        Notre guide annonce qu'il a pris contact avec la personne qui nous prend en charge à Timimoun, et que si tout va bien nous embarquons pour la sebkha juste après le déjeuner. Je ne comprends pas grand chose à ses projets, mais apprends qu'il faut se hâter de démonter la tente et de repartir le sac sur le dos vers la ville.




     
       Vers treize heures, nous arrivons à la gargote qui sert de point de ralliement. On peut y commander une assiette de couscous pour une somme modique : c'est ce que nous faisons. Nous remplissons nos gourdes d'eau et y pulvérisons des pastilles de chlore. En guise de lieux d'aisance, nous découvrons avec inquiétude un recoin de façade donnant directement sur la rue et apparemment ouvert à tout venant, devant lequel stationnent des enfants amusés qui nous réclament des dinars. Enfin nous nous installons sur le rebord élevé d'un trottoir pour attendre les voitures sahariennes sensées venir nous chercher.
        L'une d'entre nous remplit des cartes postales. Les gamins s'amassent autour d'elle pour lui réclamer des stylos. Malgré les recommandations de notre guide nous n'avons pas du tout songé à nous en munir, et c'est à grand peine que nous le leur faisons comprendre. Un autre part à la poste. Je le suis. Bientôt de retour, nous cherchons des coins d'ombre pour échapper tant aux ardeurs des gosses qu'à celles du soleil. Cela commence à devenir inquiétant : quinze heures, et toujours pas de nouvelles de notre rendez-vous de treize heures !
        Notre guide ne sait plus que penser, et nous sentons que le jour va bientôt basculer vers le soir. Plusieurs d'entre nous déplorent d'avoir manqué l'occasion de visiter la ville... Nos vacances paraissent compromises. Enfin une voiture vient chercher Daniel, mais lui seul. Il s'embarque avec des inconnus. Anxieux, nous attendons son retour.



     
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          D'abord voici une carte, pour que chacun se repère dans notre périple.
     

     
     
     

       
      Nous sommes donc partis de Ghardaïa, qui possède un aéroport, vers le sud via El Goléa, jusqu'à Timimoun, sous le grand erg occidental (entouré).
         À Ghardaïa nous étions en pays arabe, avec une majorité de personnes de type blanc, habitant de jolies maisons blanches. A Timimoun, nous avons trouvé une importante population noire, tandis que le sol et le paysage en général devenaient rouges. Les dunes de l'erg occidental luisaient roses comme au Maroc celles de Merzouga - mais elles n'en avaient pas la hauteur ! Nous y avons cheminé à pied pour atteindre un curieux village planté dans les sables... Mais je vous en parlerai en temps voulu.
     
     
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