• Une promenade ornithologique

     
       Dimanche, il n'y avait pas que les élections.

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        Il y avait aussi une promenade ornithologique au parc de Frapesles, dans les environs du château où Balzac a effectué plusieurs séjours, invité par son amie Zulma Carraud lorsqu'il fuyait la fureur de ses créanciers parisiens. C'est d'ailleurs lorsqu'il s'y trouvait qu'il écrivit  "La Rabouilleuse" (comprenez : la pêcheuse d'écrevisses), roman mettant largement en scène la ville d'Issoudun, alors assez cossue et tout entourée de vignobles.

        Sans entrer dans l'enceinte de cette belle demeure privée, nous suivîmes l'allée plantée de peupliers et flanquée de petits ruisseaux destinés à l'irrigation des jardins attenants pour atteindre une région boisée et assez humide, où foisonnaient les oiseaux de campagne et de forêts.

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        Saluons cependant au passage le balcon de style colonial qui fut ajouté à la fin du XIXe siècle juste devant la fenêtre de la chambre où logea Balzac, au premier étage - ainsi que  les jolis abris de jardin situés sur le devant.

     

         Qui était notre guide ? Un mal-voyant, qui posait lui-même la main sur l'épaule d'un ami pour marcher, mais qui cependant était capable de nous indiquer avec la plus grande précision la forme et les couleurs de chaque petit oiseau entendu, qu'il localisait à l'oreille et nous invitait à repérer avec des jumelles.

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       Vous le voyez ci-dessus à droite, jeune, gai et sportif, avec son sac à dos rempli d'instruments d'optique à l'intention des personnes l'accompagnant. C'est qu'en fait il n'était pas aveugle de naissance, mais l'est devenu suite à une maladie, et a su étudier l'ornithologie à fond à une époque où il voyait encore les images sur les livres.

     

        Le premier chant qui me frappa fut celui du rossignol, que j'identifie encore bien mal sauf quand il chante seul la nuit.


         Puis je repérai bientôt avec plaisir la fauvette à tête noire,

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    au babil si animé et que je connais parce qu'elle visite souvent mon jardin.


        Puis ce fut le troglodyte mignon, repérable aux sifflements stridents sortant de son tout petit bec...


       Puis le serin cini, que nous essayâmes en vain de suivre à la jumelle.


        Je commençai bientôt à perdre les pédales !  Entre les petits oiseaux aperçus en ombres chinoises sur le ciel sombre et filant à toute vitesse (ou introuvables entre les branches), et la profusion des chants divers... Il est sûr qu'il me faut maintenant réviser ma copie, et internet pour cela est bienvenu !


        Pour le pinson, pas de problème !! Je le connaissais depuis l'enfance, avec la fameuse petite phrase dans laquelle il se présente : "Titititititi-Jean-Baptiste Rouilly" (ou selon d'autres : "espèce de p'tite souris"! Mais Franck, notre guide malvoyant avait une autre interprétation qui m'est sortie de l'esprit : "en Berrichon m'assura-t-il, il dit "pas de problème" - ou quelque chose dans ce genre se terminant par "ème" ; j'avoue que sur internet on entend des chants de pinson assez divers, et qu'en ce qui me concerne j'ai entendu les pinsons du sud terminer leur phrase, non par "i", mais pas "iiiiou", ce qui donne à penser qu'ils ont un léger accent occitan... !)


       Même chose pour la mésange charbonnière, dont je connaissais depuis longtemps le joli chant sur deux notes (tiditu, tiditu, tiditu - mon grand-père disait "p'tit têtu, p'tit têtu").


        Mais la mésange bleue ! Dont des couples sous nos yeux investissaient des trous dans des troncs d'arbres... Là, on les voyait bien : la femelle couvait à l'intérieur, et le mâle arrivait avec le bec chargé de petits insectes délicieux. Son chant est beaucoup plus stridulé et moins détaché en notes.

     

        Ayant longé lentement l'allée de Frapesles nous rencontrâmes dans le bois des chardonnerets - oiseaux dont j'ai souvent admiré les superbes couleurs dans mon jardin, mais dont l'ignorais le chant.


       En voici un exemple pris malheureusement dans un décor peu sylvestre. Il me semble que le cri du chardonneret est reconnaissable aux frottements rugueux dont il s'accompagne.

        Nous obliquâmes vers la droite, longeant le grand stade destiné aux rencontres de rugby et gagnâmes une zone plus agreste, où jardins et fermettes anciennes  côtoyaient des maisons pleines de charme. La route, très peu fréquentée, n'excédait pas la largeur d'un véhicule et formait des coudes serrés. 


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          Un petit ruisseau serpentait encore dans les parages, alimentant autrefois la roue d'un moulin dont seul restait une jolie propriété : "la Déjeunerie".

     

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        On aurait bien habité cette jolie maison...

    La Tournemine


        Mais traversant la Tournemine, une petite rivière détournée et canalisée de main d'homme au moyen âge (ou peut-être à l'époque romaine ?) pour irriguer les jardins situés plus haut, nous atteignîmes la route du Guerriau, qu'il nous fallait absolument emprunter pour entendre un bruant zizi...

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       Nous marchions plus vite, tandis qu'au loin paissaient des moutons.

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        Une belle demeure apparut bientôt sur notre gauche : le Guerriau.

        C'est alors que nous découvrîmes à une centaine de mètres devant nous un bruant, perché sur un fil de téléphone à l'ancienne... Franck nous expliqua en riant que lorsqu'il avait fait le Chemin de Saint-Jacques, il avait découvert (peut-être voyait-il encore ? Ou peut-être sa compagne le lui avait-elle dit ?) qu'en Espagne les bruants n'étaient absolument pas farouches et restaient aux pieds des promeneurs, sans presque s'éloigner ; mais celui-ci n'était pas aussi familier et il nous fallut arriver en catimini, le nez contre le vent... sans réussir à voir sa particularité étonnante qui est paraît-il de traîner ses pattes derrière lui, comme les échassiers, en s'envolant. Par contre nous entendîmes très bien son chant étrange qui ressemble, nous disait Franck, à un ressort qui se détend brusquement : "tetetetetete". Enfin, cherchons-en un sur le net...


       Ici on l'entend assez correctement, mais faiblement, par intermittences derrière le chant des cigales vraiment très présent...

     

       Merci à Franck, qui m'a aussi appris que les corneilles vivaient isolées par couples, alors que les corbeaux vivent en grandes sociétés ! À la prochaine sortie ornithologique je répondrai "présente".  Mais attention : d'après ce qu'il nous a dit, lorsque l'on change d'endroit les oiseaux sont également différents, alors je risque de m'emmêler les pinceaux de plus en plus !...

     
     

  • Commentaires

    1
    Samedi 12 Mai 2012 à 12:00
    Bonsoir valentine ! Ton article m'interpelle énormément, car tu sais peut-être que je cherche à me rapprocher des malvoyants (en prêtant ma voix mais aussi au niveau accompagnement ...) De plus, j'ai un ami dont l'activité est de mener les malvoyants sur le Chemin de St Jacques ..... Ce que tu mentionnes sur Franck est tout simplement magnifique ...Ta découverte de ces endroits, déjà magiques, a dû l'être encore bien davantage à ses côtés ! J'adore le chant du "troglodyte mignon" (pas mignon pour rien !). Quant à celui du "Bruant zizi", je le comparerais à celui d'un sac de perles que l'on secoue ! (Peut-être celles d'une princesse qui lui aurait donné ensuite ce cri ...nous nageons en plein conte !) Quel bel article martine, infiniment merci et ...mille bisous : sabine.


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