• Un rêve et un miroir


            Est-ce d'avoir lu le rêve de Daniel ? Toujours est-il que j'ai fait cette nuit un rêve qui me poursuit. 

             Alors que la vie en ce monde n'est qu'un vaste rêve selon la philosophie que je professe, aller me pencher sur un rêve effectué durant ce rêve semble pure folie ! J'apporte ainsi de l'eau au moulin des folles aventures multiples et variées du "je" triomphant.

         Cependant il y a cette "petite voix" (coquine ?) qui prétend que puisque les rêves traduisent un état intérieur mal compris, nous l'amenant en pleine conscience, on peut bien tenter de les utiliser pour faire la lumière en soi, de la même manière que l'on utilise un tirage de tarots ou la lecture d'un transit astrologique pour s'orienter dans une période difficile.

         C'était bien la peine, me direz-vous, de chanter les louanges de l'obscurité dans le chapitre précédent. Mais au moins cette fois-ci ne serai-je plus dans la citation, en m'exposant personnellement. 

     

          Voici donc le rêve dans lequel je me suis promenée vers la fin de la nuit dernière.

        Je marchais dans une ville inconnue. Les rues étaient très claires et désertes, les façades hautes et lumineusement blanches. 

         Je savais que j'avais rendez-vous avec quelqu'un qui m'était très proche (probablement le père de mes enfants), mais nous ne pouvions communiquer que par notre téléphone portable et je ne savais ni où j'étais, ni où il était. En fait dans cette ville lumineuse il n'y avait aucune indication de rue, rien d'écrit, personne. Je lui signalais donc que j'avançais, simplement, certaine que je le rencontrerais bientôt ; car il me semblait tout de même "connaître" un peu cette ville silencieuse.

        Soudain je débouchais vers une place en contrebas avec des arbres verts, au centre de laquelle s'élevait un bâtiment sombre qui paraissait significatif et portait une plaque définissant l'endroit : square Victor Hugo ! Ravie d'avoir trouvé quelque chose qui puisse être identifié, j'avisais qu'un couple qui me précédait et qui me semblait être celui de mes enfants était entré dans ce bâtiment : il me fallait donc y entrer aussi ; ce devait être la voie à suivre.

         Hélas, la porte apparente semblait sans serrure et inutilisable, tandis que sur la gauche une avancée de mur laissait apparaître une ouverture carrée plongeant vers le bas par laquelle il me semblait avoir vu mes enfants s'engouffrer. Je m'échinais un moment à tenter de m'y introduire mais n'y passais guère que le bras, me désolant d'être ainsi à la traîne et beaucoup trop grosse ! J'avais annoncé au téléphone "je suis square Victor Hugo"; pour être trouvée je devais donc absolument pénétrer à l'intérieur.

         Une idée me vint : et si je jetais un objet dans ce sas, peut-être déclencherait-il l'ouverture de la porte ? Aussitôt, je m'emparai de mon portefeuille et de ma carte d'identité (!) et les laissai tomber dans le trou. La suite ne se fit pas attendre : la porte s'ouvrit, laissant apparaître une sorte de local administratif sombre et bourré de monde. À peine descendu les deux marches la porte se referma derrière moi, et fouillant désespérément sur ma gauche je me découvris incapable de repérer l'arrivée du sas auquel j'avais confié mes précieux papiers.

        J'en fus très surprise : j'étais pourtant certaine de les retrouver aisément à l'intérieur du local ! D'autre part, pour interroger les dames assises derrière les bureaux il fallait faire la queue : il y avait du monde et j'ignorais totalement pourquoi, ni de quoi il pouvait s'agir. Cependant j'eus beau regarder, le guichet extérieur ne donnait pas dans cette pièce ; je pris donc mon mal en patience et attendis mon tour. Plus question ni de mes enfants, ni de mon rendez-vous ! Je ne savais plus où étaient les miens et rongeais mon frein.

         Quand enfin je fus devant la préposée, une gentille dame blonde et que je lui exposai la perte de mes papiers, elle s'exclama : "Vous les avez mis dans le sas !! Mais il est hors de question que j'aille vous les chercher ! C'est au sous-sol et moi pour le moment je dois terminer mon service. Vous attendrez !"

         Quand enfin sonna l'heure de la fermeture des bureaux, je la vis avec soulagement se rendre au sous-sol et me pris à espérer. Les gens commencèrent à sortir, le public d'abord ; puis les employés... Mais quand je la vis réapparaître, elle me lança :

        - Vous voulez que je vous rende vos papiers et votre portefeuille ? Mais vous les avez jetés dans un guichet qui portait la mention "à rendre" ! Cela veut dire qu'en fait c'est vous qui nous les deviez. Vous prétendez vouloir les récupérer alors que c'était à vous de nous les rendre !

          Abasourdie, je cherchai à me défendre, prétendant que je n'en savais rien et que j'avais déposé ces pièces au hasard, sans qu'elles me soient nullement réclamées.

         - Mais qu'est-ce qui me le prouve ? répondit-elle.

          Je croisai le regard rassurant d'une de ses collègues, qui en s'éloignant semblait me dire : "Elle vous les rendra, ne vous en faites pas..." Mais là-dessus je m'éveillai. 

         Bien sûr, on est toujours passionné par l'écho qu'un rêve éveille en soi, parce qu'il appuie juste sur la corde sensible, sur la question qu'on est en train de se poser.

          Et cette question, c'est : "Qui suis-je ? Suis-je une identité séparée, ai-je besoin d'une définition pour être ?"

         Le rêve au départ était éloquent : pas de repères, mais beaucoup de lumière ; c'était parfait. Manque de chance : je cherchais quelqu'un, je cherchais des repères. Si je n'avais pas "cherché", peut-être tout serait-il resté parfait ? Mais bon, je me savais une famille, des enfants, j'avais donc une histoire, un bagage, un but... ce qui entraîna fatalement la concrétisation d'un univers clos dont l'entrée ressemblait fort à une naissance. Naissance qui entraîna l'apparition d'une identité précise est séparée, avec un système de société, des gens...

        À ce niveau tout était clair. Où cela l'était moins, c'était sur cette question : Pourquoi avais-je perdu mes papiers ? Pourquoi ne pouvais-je pas les récupérer ? Pourquoi me disait-on que je faisais erreur, et que c'était en fait à moi de les restituer ? 


           Sur cette question restée en suspens, voici que ce matin, en ville, je rencontre une personne connue qui me dit :

    - Je vais te demander un service.

    - Dis-moi.

    - Peux-tu me ramener chez moi dans ta voiture ? Je suis à pied et je ne me sens pas bien.

    - Mais bien sûr !

        Après quelques échanges de civilités, la personne précise :

    - Depuis ce matin j'ai la nausée ; mais je ne peux pas vomir.

        J'évoque quelques bonnes tisanes, qu'elle approuve avant de s'empresser d'aller se mettre au chaud. 


        À peine suis-je repartie, que j'explose de rire à mon volant : "Elle ne peut pas rendre ! C'est comme moi !! Je ne parviens pas à me décider à rendre mon identité !"

         Il est possible que cela soit aussi pénible que de souffrir de gastro-entérite... 

         Un bel effet "miroir" ! Ainsi s'éclairent les rêves.

        Celui-ci tout de même, continue à m'apparaître ambigu : en effet, lâcher une identité incarnée est une explication plausible ; mais si  l'on suit bien le cheminement de l'histoire, on a une situation "avant" l'incarnation où je savais qui j'étais, et une situation "à l'intérieur de la boîte" où je ne peux plus le savoir parce que c'est "caché au sous-sol" ...

         Il semble donc que la question de l'identité soit à double-sens

         D'où évidemment tout le poids du rêve.

          ... Que je vous confie après tout, tel quel. Et vous me direz ce que vous en pensez à votre tour !

     

     

    Le rêve - Vladimir Kush

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 06:45

    Bonjour Martine,

    Au fur et à mesure de ma lecture de ton rêve, j'ai pensé à la naissance et à la mort. Ce passage entre deux réincarnations. je suis tout à fait d'accord avec ton analyse.

    ma mère, elle, te dirait ( comme elle m'a souvent dit) " tout songe, mensonge!"

    smile

      • Vendredi 4 Décembre 2015 à 09:43

        Bonjour Martine ! Tu as raison, et "songe, mensonge" est une idée largement vérifiable. Cependant j'aime la possibilité de "songe = reflet".

    2
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 09:33

    Bon j'espère que tu ne m'en voudras pas... je suis incapable de te donner une réponse...

    Sincèrement     Jean

      • Vendredi 4 Décembre 2015 à 09:45

        Coucou, Jean. De réponse, je ne demande pas... Un avis, pour ceux qui le souhaitent, c'est tout ! Merci de ta gentille visite.

    3
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 09:35

    coucou Aloysia,

    dans un rêve c'est notre inconscient qui se manifeste et souvent on court toujours après quelque chose qu'on ne peut attraper. On peut certainement en tirer des conclusions comme tu le fais . On aimerait bien faire des rêves merveilleux, mais ce n'est pas souvent !!!

    Je penserai à toi dans les jours à venir. Gros bisous

      • Vendredi 4 Décembre 2015 à 09:48

        Exactement, c'est notre inconscient. C'est pourquoi ils nous intéressent, car il peut s'avérer utile de rendre conscient l'inconscient. Mais même celui-ci est limité, et les rêves merveilleux découlent de l'imagination ! D'ailleurs qui dit que je ne me suis pas monté des châteaux en Espagne ? Après tout !

        Je t'embrasse. Moi aussi je penserai beaucoup à toi, escaladant les pentes volcaniques avec ton sac et ta petite canne rétractable !

    4
    Tivoune
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 11:19

    Moi cela me semble bien clair au contraire ! tu es (étais ?) en "QUÊTE" d'un nouvelle identité non ? et bien voilà, tu y es, c'est le grand saut , il faut lâcher ce qui t'attache, d'ailleurs, on te l'a réclamé, tu l'as donné .

    Tu es sur le seuil ma chère : bravo !! yes

      • Samedi 5 Décembre 2015 à 09:40

        Merci, merci.

        Clap clap clap.

        Merci, merci.  he  !

        Bisous ma Tivoune.

    5
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 17:14
    Daniel

    Pas mon fort l'interprétation des rêves. Peut  être la pièce dans laquelle tu étais symbolise-t-elle ta vie actuelle où forcément tu as oublié tout ce qui s'était passé avant cette vie.

      • Vendredi 4 Décembre 2015 à 17:29

        money  Tout à fait, Daniel, c'est vraiment ce que je pense... Merci de ta gentillesse et belle soirée.

    6
    Vendredi 4 Décembre 2015 à 21:44

    je reviendrai pour lire l'article mais ces jours ci sont très occupés. Cet après midi chez ma fille et petite fille .. pour acheter des cadeaux de Noël. 

    tu peux répondre à mes newsletter, cela fonctionne bien. Mon mari est content d'être à la maison ... toutefois, nous perdons deux ans pour sa retraite. Moi j'ai commencé à 19 ans alors à 60 ans j'ai bénéficié de la retraite pour carrière longue, mon mari a commencé bien plus tard. (études de droit et chômage un an .. oui déjà en 82 et avant de réussir un concours de la fonction publique). 

    Bises et merci pour ton commentaire ... 

      • Vendredi 4 Décembre 2015 à 21:55

        J'ai bien compris que tu étais occupée. Il s'en passe des choses ! Tu as pu être en retraite de bonne heure, comme moi, c'est super : commencer tôt et de plus avoir des enfants en exercice, cela m'a donné des bonifications... Ne t'inquiète pas, il faut t'occuper de lui - et ne pas oublier la fille et la petite-fille !! Grosses bises.

    7
    Samedi 5 Décembre 2015 à 16:04

    Rêve prémonitoire :

    http://oceanique.eklablog.com/mes-poemes-c18493114/4

    J'en ai fait un poème en 2010 et en 2014 j'ai posé mon sac en Bretagne.

    Pourtant je ne pense pas que ce soit la finalité du rêve et que la mer soit l'océan mais plutôt la mère celle qui a enfanté le monde. Par contre ma vie ressemble à mon rêve. Un jour un psy m'a dit si le centre de votre fractale se situe en Bretagne vous y reviendrez. Je suis revenue au pays de ma mère dans ce Morbihan (petite mer).

    Mais trêve de digressions : Je vois effectivement dans ton rêve ce qui pourrait être un avant et un après. Une ouverture qui ne se fait qu'en abandonnant ton identité ce qui fait questionnement.

    Belle journée Aloysia

    Bisous

     

     

      • Samedi 5 Décembre 2015 à 16:31

        Merci, Océanique de ce beau témoignage "océanique" ! Les rêves ne sont pas prémonitoires mais la traduction de nos états intérieurs, qui eux-mêmes sont notre conscience profonde et donc provoquent souvent une réalité ! Dans ton cas oui, les circonstances se sont enchaînées en effet.  

        Quant à ce rêve, c'est surtout le fait de l'avoir écrit et montré qui fait du bien. Pour le reste, nous verrons. Un ego ne passe pas par le chas d'un aiguille ; l'aiguille est là pour filtrer ; ne passe que ce qui est pur.

    8
    Samedi 5 Décembre 2015 à 16:49

    http://oceanique.eklablog.com/le-reve-a78226923

    Excuse-moi je ne t'avais pas mis le bon lien.

      • Samedi 5 Décembre 2015 à 19:06

        En effet, merci d'avoir corrigé.

    9
    Dimanche 6 Décembre 2015 à 19:26

    dans les rêves, il y a toujours des incongruités, des difficultés ... qui  me semblent liées à la spécificité du rêve qui est une vie dans le sommeil de notre corps.

    Ce que je retiens dans le tien c'est que pour passer de l'autre côté, l'identité terrestre sera abandonnée ... ce n'est pas facile à imaginer ... et ce que j'ai vu dans le tien, c'est que tes proches seraient là ... alors joie !

    bises et bon dimanche soir et merci pour tes textes (même longs ... je les prends comme ça !!! et si je n'ai pas le temps, et oui, petite vie d'humaine avec sa vie de tous les jours, son blog et ses rêves !!! je reviens). 

     

      • Dimanche 6 Décembre 2015 à 21:43

        Merci Andrée. J'ai rarement su être courte. Cela viendra peut-être... 

    10
    Cécile
    Dimanche 6 Décembre 2015 à 22:17

    Bonsoir Aloysia,

    Que de directions (sens?) en perspective dans ce rêve confié!

    La poésie, le dessin, font partie de ma vie, m'instruisent, me construisent ; et en vous lisant, j'ai pensé à Moebius, à François Schuiten, à Lorenzo Mattoti et à son travail sur l’architecture de Venise (je n'insère pas de liens, il y en aurait trop).
    Puis bien-sûr à Victor Hugo, car ce détail ne m'a pas paru anodin. Je me souvenais qu'il avait écrit : "Nous nous réveillons tous au même endroit du rêve ; tout commence en ce monde, et tout finit ailleurs" ; "un commencement est-il un tout? Sans doute". Voilà qui, en rapport avec des éléments de votre rêve, induisait des pistes à creuser...  Et je poursuivis mon "enquête" par 'La vision d'où est sorti ce livre' de "La Légende des siècles", que j'avais étudiée à l'université -même si ma préférence hugolienne va largement aux ''Travailleurs de la mer'' happy-. Et ces lignes m'ont bien semblé parler de votre expérience :

    "J'eus un rêve : le mur des siècles m'apparut.
    C'était de la chair vive avec du granit brut,
    Une immobilité faite d'inquiétude,
    Un édifice ayant un bruit de multitude [.../...]
    Parfois le mur s'ouvrait et laissait voir des salles.

    Je voyais là ce Rien que nous appelons Tout ;

    Je regardais ce mur d'abord confus et vague,
    Où la forme semblait flotter comme une vague,
    Où tout semblait vapeur, vertige, illusion ;
    Et, sous mon œil pensif, l'étrange vision
    Devenait moins brumeuse et plus claire, à mesure
    Que ma prunelle était moins troublée et plus sûre.

    Et sur moi-même
    Que j'y voyais ainsi qu'au fond d'un miroir blême,
    La vie immense ouvrait ses difformes [V.H.exagère tout-de-même, non? C'est un peu sa spécialité, hum... ] rameaux ;
    Je contemplais les fers, les voluptés, les maux,
    La mort, les avatars et les métempsycoses.

    Ce rêve, [.../...]
    C'était la confrontation
    De ce que nous étions avec ce que nous sommes.

    Seulement l'avenir continuait d'éclore [.../...]
    et se levait avec un air d'astre.

    Où se posent pourtant parfois, quand elles l'osent,
    De la façon dont l'aile et le rayon se posent,
    La liberté, lumière, et l'espérance, oiseau."

    Je ne suis pas allée plus loin à pros de "Rêve et miroir".
    Mais que je vous dise aussi que "Le miroir du rêve" existe, c'est une collection de BD, je l'ai découverte à Rennes, rue ... Victor Hugo!
    Vous pardonnerez la longueur de ce commentaire, surtout si celui-ci vous apparaît une broderie inapproprié, et certainement ce l'est un peu. Mais c'est bien vous qui parlez de chas d'aiguille wink2... Aussi je me risque à vous partager une de ces "correspondances" qui me font réfléchir, me redresser, lutter, croire, sourire.
    Belle soirée.

      • Lundi 7 Décembre 2015 à 09:55

        Au contraire, c'est avec un réel plaisir que je vous retrouve chère Cécile, et que je découvre toute la richesse des relations que vous inspire ce rêve. Vous pouvez ajouter des liens car le dessin me parle également. Quant à Victor Hugo, c'est évidemment un maître incontournable, tant en matière de rêve qu'en matière de spiritualité... Mais dans une atmosphère quelque peu menaçante tout de même (pour l'adjectif "difformes" je pense cependant qu'il a voulu simplement évoquer des formes innombrables, variées et à peine concevables pour l'observateur). Je n'ai pas voulu commenter ce nom de square mais il évoque nettement une tonalité culturelle d'abord, et un environnement imaginaire en tant que création de l' esprit. Merci pour ces belles citations qui éclairent mon sujet de leurs splendeurs. 
        Le poème que vous citez est en effet d'une grande profondeur et très étonnant. Hugo était réellement un visionnaire... Et l'aventure de votre découverte "rue Victor Hugo" surprenante aussi. Avec toutes mes amitiés.



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