• Tout vient du néant ! Et y retourne...


         «Tout vient du zéro !» C'est là un des points principaux de l'enseignement de Shri Ranjit Maharaj*. Son but est d'expliquer que ce monde est illusion et dans les entretiens qui sont transcrits il le démontre avec beaucoup d'aisance. Mais une fois sorti de sa lecture le disciple a bien du mal à en conserver la conviction et surtout à l'intégrer à son quotidien. 

        1 - Le Big Bang

           Tout d'abord j'ai vu "grand" : d'un Vide supposé surgit le Big Bang, et tout en découle. Oui, mais les scientifiques sont déjà en train d'affirmer que l'on peut trouver "Dieu" avant le Big Bang, sous forme de concepts, de sortes de "formes-pensées"... Pas mal ! Par conséquent c'est la pensée qui vient du néant, et qui a créé le monde !

         Eh bien c'est encore ce que déclare Shri Ranjit : l'Univers est le fruit de vos pensées ; Dieu n'est rien autre que votre mental.

     
         En tentant d'éviter le "vertige du vide" (au début je l'ai fortement ressenti), je me suis rappelé que j'avais largement expérimenté cela par le passé.

     

    2 - La pensée créatrice

         En effet dès les années 80 j'ai été orientée par une personne de ma connaissance vers le best seller d'un certain docteur Joseph Murphy intitulé : "Le Miracle de votre Esprit" **. Basé sur la puissance de la Foi en Dieu (plus exactement en l'Esprit-Saint créateur) et constitué de modèles de prières dont le fonctionnement s'appuyait sur la conviction et la répétition, ce livre pouvait permettre à tout un chacun de modifier le cours de son existence ; et ce, parfois jusqu'à provoquer des guérisons spontanées.

     
        Peu satisfaite alors de ma situation professionnelle, je me fabriquai selon ses conseils une superbe prière que je répétai avec application toute la journée durant environ six mois... Et le résultat survint : je trouvai une opportunité extraordinaire de changer de métier et d'en exercer un qui m'attirait bien davantage !
             Plus tard, dans les années 90, je rencontrai la voie spirituelle de Pierre Lassalle dont j'ai déjà parlé, et dont une part de l'enseignement s'appliquait à la pratique de la pensée créatrice : au fil des stages de "travail sur soi" comme l'on disait, je modelai mes pensées sous forme d'images en les baignant dans l'énergie de mes chakras, selon les directives apportées, et peu à peu... toute ma vie changea ! En quelques années je quittai la personne avec laquelle je vivais et rencontrai celle dont j'avais rêvé, je me trouvai une demeure à moi et je "m'émancipai" pour ainsi dire comme si une toute nouvelle personne était née en moi.

          Donc il me semble avoir acquis cette certitude : tout ce que j'expérimente est le fruit de ma pensée ! Et si je cherche d'où proviennent les événements que j'ai vécus, je constate qu'ils sont apparus à partir de rien, uniquement par l'effet de ma volonté.

             Cependant on ne peut maîtriser le monde en totalité : chaque élément positif apporte avec lui sa face cachée, négative, que l'on a voulu ignorer mais qui tôt ou tard s'impose à nous. Et par ailleurs est-il possible de rester conscient en permanence, et de travailler sans relâche sur son destin pour diriger indéfiniment le cours des choses ? Trop épuisant ! Si bien que peu à peu tout vous échappe et redevient aussi hirsute qu'au départ.

          Quant à ce qui avait pu m'arriver avant cette prise de conscience... dans mon enfance, par exemple ; ou à ce qui a présidé à ma "naissance" : d'où suis-je issue ? Du néant ? D'une pensée ? Ma réponse jusqu'ici était dans la notion de "karma", et donc en un stock de "formes-pensées" survivant au corps et prêt à en envahir un autre, mais que cela explique-t-il ? Tandis que le corps n'est que la mécanique reproduction de la chair, cette forme d'esprit désincarné et réincarné tourne en rond sans que l'on sache, ni d'où il vient vraiment, ni où il va vraiment ! 
         Si bien que maintenant, je réalise que tout le travail me reste à faire, pour comprendre qui je suis  ; ou plus exactement comment fonctionne ce mental, cette usine à pensées créatrices qui la plupart du temps crée à mon insu - de même que le corps fonctionne aussi à mon insu.


     3 - Le mental

     
         Puisque toutes mes perceptions, toutes mes pensées faisaient partie du mental, je pensais qu'il était quelque chose d'énorme, quelque chose de similaire au corps constitué de quantité d'organes capables de fonctionner tous en même temps. Simultanément je voyais, j'entendais, je ressentais extérieurement et intérieurement, j'imaginais et je formulais des souhaits, des regrets ou des jugements.

         Comme un ordinateur, qui multiplie les tâches simultanées.

         Mais l'ordinateur ne les décompose-t-il pas, précisément, ces données ? À une vitesse telle que nous sommes incapables de la cerner ? Ne dit-on pas qu'il développe une "information" constituée de séries de bits, et donc d'objets simplissimes ?

          Le mental ne serait-il pas un peu similaire, capable de réagir à une grande vitesse ? Et si l'on prenait maintenant une comparaison avec le cinéma : en décomposant le film projeté devant nos yeux, ne pouvons-nous pas distinguer la piste audio, d'une part, et toutes les images fixes qui, mises bout à bout, créent l'impression du mouvement ? Puis en ralentissant encore leur déroulement, ne pourrait-on pas discerner le moment où surgit l'image et celui où elle disparaît ?

          C'est ainsi que ce matin je découvris tout à coup que je n'expérimentais pas les choses "en même temps", comme je l'avais cru d'abord, mais successivement.

          Pour la première fois depuis trois semaines reprenait la séance hebdomadaire de natation libre à laquelle j'étais inscrite. Les activités simples et physiques sont des moments privilégiés pour explorer le fonctionnement du mental - particulièrement le matin quand on est bien reposé, je l'avais déjà remarqué. C'est donc dès le parcours en voiture que je commençai à observer : non, les perceptions n'étaient pas simultanées. Je voyais un piéton ; je me sentais appuyer sur le frein, je sentais mes mains sur le volant, j'entendais la musique de l'autoradio - chaque chose tour à tour, pas simultanément. Quand une pensée - ou sensation, ou perception - surgissait, les autres disparaissaient. Où disparaissaient-elles donc sinon dans le néant ? Et en admettant que j'aie une mémoire, qu'était celle-ci sinon une série de pensées ? Ainsi, le simple fait de me souvenir d'avoir eu telle perception peu auparavant était en soi-même une nouvelle pensée, elle aussi surgie du néant et prête à y disparaître dès qu'une nouvelle lui succéderait.

         Je pénétrai dans le bâtiment de la piscine et me mis en devoir de plonger. Moment où je me souvins (je ne suis que débutante ! mes pensées ne sont pas maîtrisées...) qu'en réalité je n'étais NULLE PART. Il y a toujours un côté très réjouissant dans le fait de berner sa propre perception... Je sentais l'eau tout autour de moi et me disais que je n'étais nulle part et ne faisais rien. Restait à analyser mes pensées : je bouge un bras - une pensée ; "respire !" - une autre pensée ; l'eau glisse sur mon corps - une autre pensée ; mais je ne suis nulle part - autre pensée ; je vois le mur - autre pensée ; tiens, une connaissance : autre pensée ; je la salue d'un sourire - une pensée ; je m'accroche au bord - une pensée ; j'entends son "bonjour" flûté - une pensée !

     
         Vertigineux.... Pas facile de décomposer cela en permanence. Je récapitule les mètres parcourus -  une pensée. Et soudain clac ! une crampe : une pensée !

     "Evidemment, après 3 semaines..." Les pensées se suivent, et je m'amuse bien.

          Donc, le mental n'est qu'UNE pensée à la fois. Il suffit de l'observer. Et non pas en prenant la posture du méditant, car là l'ego surgit et se prend très au sérieux : "JE médite ! J'AI le dos bien droit ! J'AI le front clair et la lumière m'environne ! JE ne respire presque plus, JE suis super bien..." Eh oui, il se prend pour un souverain dans ces moments, ce n'est même pas la peine d'essayer.

         Par contre un moment bien pratique, c'est l'entre-deux de l'endormissement et du réveil. Il fait noir, on est au calme et il y a très peu de pensées... J'aime me concentrer à ces moments. Et en effet, dans la mesure où chaque perception est comme une page de livre qui surgit puis se tourne, l'on peut dire que chacune d'elle part de zéro et retourne au zéro - apparaît puis disparaît... Comme la respiration.

      

    Lumière


     * "Je ne parle que de vous", Entretiens avec Shri Ranjit Maharaj, éditions des Deux Océans, Paris 2014
    ** publié en France en 1979 chez Tchou-Ariston, et traduit de l'anglais (The miracle of Mind Dynamics, 1964).

     


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