• Tobie Lolness

     
        Je lis beaucoup de publications pour la jeunesse, en partie pour ma profession, mais aussi par goût. Et je voudrais vous parler aujourd'hui du nouveau best-seller de cette catégorie : Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle.    
     

    Tobie Lolness



        C'est tout un univers que crée Timothée de Fombelle, dans ce livre à la gloire de l'Arbre et de ses habitants. Très informé des questions de botanique et d'entomologie, grand amoureux de la nature et bien sûr essentiellement d'écologie, il nous montre une société de petits hommes microscopiques qui vivraient dans un arbre. L'idée n'est pas nouvelle : depuis Lilliput et Micromégas, la réflexion sur le monde humain à travers des êtres d'une autre dimension a déjà fait fureur. Je pense notamment au très joli roman d'Andrée Malifaud, "Sycomore du petit peuple", que Timothée de Fombelle a peut-être lu dans son jeune âge (il est paru en 1988 chez Castor Poche, et a obtenu le prix Saint-Exupéry de littérature jeunesse en 1989), et bien sûr à la mode lancée récemment au cinéma par "Microcosmos", qui s'est épanouie avec "Arthur et les Minimoys".
        Malgré l'attirance qu'il m'inspirait, le premier volume m'a un peu agacée, et certains de mes amis m'ont confessé y avoir eux aussi ressenti des longueurs : en effet, l'auteur, afin de nous lancer directement dans l'aventure de son héros Tobie, use et abuse des retours en arrière, si bien que l'on finit par être écrasé par des parenthèses incessantes, qui ralentissent l'action. Cependant de fil en aiguille on découvre de nouveaux personnages, tout un écheveau de familles, d'enfants, de parents, qui ont tous leur histoire, leur passé... Et petit à petit, on comprend que c'est un style d'écriture, et que l'auteur aime peut-être prendre son temps : ne s'agirait-il pas d'un roman "à ramifications", à l'image de l'arbre qui est en le siège ?
        Par ailleurs, et c'est un autre détail qui m'a chiffonnée, T. de Fombelle semble se rapprocher d'auteurs anglais comme Roald Dahl, ou de ces dessins animés américains de type "cartoon", affublant ses personnages de noms à consonance anglo-saxonne, et recourant sans cesse au grotesque le plus caricatural. Mais là aussi, le roman s'adressant à la jeunesse, on comprend que l'effet "mode" ou que l'accumulation des gags soient peut-être nécessaires pour susciter leur intérêt ; et on est vite séduit par le thème récurrent du clown au grand coeur ou du méchant écrabouillé, ainsi que par la tendresse qui entoure la figure des héros : Tobie, son amie et grand amour Elisha, ses parents Sim et Maïa Lolness, le petit Tête de Lune... Finalement, les noms sont-ils vraiment anglais ? Je crois que je me suis trompée : ils sont de nulle part.
        Et c'est parce qu'on est attaché aux malheurs qui frappent le jeune Tobie, qu'on rechigne aux digressions que l'auteur place peut-être là exprès pour nous faire griller d'envie d'avancer dans la lecture...

        Bien sûr, j'ai parfois trouvé certaines situations irréalistes, comme par exemple l'hiver que Tobie passe enfermé dans une "grotte" taillée dans le tronc où il fait du feu, se nourrit de "moisissures", et dessine sur les murs... Mais au bout du compte, tout est romanesque, tout est leçon, tout est allégorie, et c'est en abordant le second tome : "les yeux d'Elisha", que j'ai enfin adhéré totalement à cet univers d'un charme irrésistible.
     

    Tobie Lolness 2

     
         En voici un extrait que j'ai particulièrement aimé :

        "Difficile de dire ce qui rend inoubliables des moments de fête.
        Une fête est un mystère qui ne se commande pas.
        Mais il y avait, dans ce petit groupe caché au fond des bois d'Amen, les mille ingrédients qui font d'un repas un enchantement : des parents, des grands-parents, une petite fille, un ami qu'on croyait perdu, du bon pain, des absents auxquels on pense, une réconciliation, un feu dans la cheminée, quelqu'un qui s'attendait à passer Noël tout seul, de la neige à la fenêtre, la fragilité du bonheur, la beauté de Mia, du vin doux, des souvenirs communs, et du boudin.
        C'est incroyable tout ce qu'on peut faire entrer dans une petite pièce dans laquelle une bête à bon Dieu ne tiendrait pas debout..."
     
        (Les yeux d'Elisha, page 122)  
     
     
        Oui, Timothée de Fombelle mérite de succéder à J.K.Rowling, et pourquoi pas, dans un esprit très "français" finalement ; peut-être même dans la lignée d'un Michel Tournier, avec son "Vendredi ou la vie Sauvage".
        J'ajoute que les illustrations de François Place, grotesques lorsqu'il s'agit de ridiculiser des personnages déplaisants, deviennent d'une grande poésie lorsqu'il s'agit de représenter l'univers de l'arbre, et m'ont souvent aidée à me projeter dans la compréhension de cet univers inhabituel.

     

  • Commentaires

    1
    Samedi 19 Janvier 2008 à 12:00
    Il est délicieux ton article et sais tu que avant que tu ne le publie hier j'ai croisé ce livre, le premier, avec cette couverture délicieuse d'entrelacs de branches et de feuilles?Je crois que bachelard disait que tout l'univers romanesque tient dans un dé à coudreou un truc comme cela. l'humain on ne sait pourquoi ( peur des espaces infinis?) a besoin de microcosmes. En voilà une jolie invite, Valentine, Merci


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