• Souvenir

     
       En ce 11 novembre, je voudrais citer ce très beau poème de Louis Aragon, ou du moins l'extrait choisi par Léo Ferré dans le disque qu'il lui a consacré sous le titre "Tu n'en reviendras pas..." .

     

     

    Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
    Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
    Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
    Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

     

    Qu'un obus a coupé par le travers en deux
    Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
    Et toi le tatoué l'ancien légionnaire
    Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

     

    On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
    On glissera le long de la ligne de feu
    Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
    Les bonshommes là-bas attendent la relève

     

    Roule au loin roule train des dernières lueurs
    Les soldats assoupis que ta danse secouent
    Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
    Cela sent le tabac l'haleine la sueur

     

    Comment vous regarder sans voir vos destinées
    Fiancés de la terre et promis des douleurs
    La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
    Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

     

    Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
    Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
    Déjà le souvenir de vos amours s'efface
    Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Novembre 2012 à 12:00
    nous n'en revenons pas de voir que d'autres n'en reviennent pas, et d'autres encore qui font tout pour qu'on n'en revienne plus pendant qu'on espère ne pas y revenir... font suer les bellicistes...


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