• Retour à la Source 1

     

              Je garde au fil du temps les livres qui m'ont marquée. Pour que cela soit vraiment efficace il faut en limiter le nombre. Ils tracent une sorte de parcours et certains disparaissent quand leur impact semble épuisé ; c'est notamment le cas des livres m'ayant guidée au plan psychologique ou personnel, ainsi que de ceux dont les enseignements sont longs et compliqués.

          Je viens d'en ressortir un que j'avais beaucoup aimé il y a vingt ans et avais conservé précieusement, car je savais qu'il me serait toujours utile. Et quand ma main touche un livre, ce n'est jamais par hasard ! En effet dès son ouverture il m'a comblée. 

     

    Retour à la Source

     

           Il s'agit de : Zen, retour à la Source d'Osho Rajneesh, paru en 1994 aux éditions Le Voyage Intérieur (on le trouve toujours, par exemple ici).

         Pour chacun des dix chapitres, le Maître indien part d'une anecdote concernant un sage initié au Zen, et pour ses étudiants il en fait un commentaire qui va bien au-delà de la simple explication de texte.

         Il ne m'est évidemment pas possible d'en recopier ici un chapitre entier, mais il m'est difficile également d'en isoler des extraits. Je vous propose par contre de citer la première de ces anecdotes (présentée en vers comme dans le texte original) avec quelques éléments de l'introduction qu'en donne Osho, puis de vous exposer ce que j'ai retenu de son discours, avec bien sûr mes propres mots et ma propre compréhension.

          Il vous sera ensuite loisible de me donner votre propre interprétation ainsi que vos objections en commentaires.


    - 1 - Montée et disparition

     

    Bouddha au lotus

     

    «  Kakua fut le premier Japonais à étudier le zen en Chine
    et tandis qu'il se trouvait dans ce pays,
    il accepta l'enseignement authentique.

    Durant son séjour en Chine, il ne voyagea pas.
    Il vivait dans un endroit reculé dans la montagne
    et méditait en permanence.

    Chaque fois que des gens venaient le voir,
    lui demandant d'enseigner,
    il prononçait quelques paroles
    puis se retirait plus loin dans la montagne
    là où il serait moins facile de le trouver.

    Quand Kakua regagna le Japon,
    l'empereur entendit parler de lui
    et lui demanda de venir à la cour prêcher le zen
    pour l'édification de sa propre personne et de ses sujets.

    Kakua se tint debout en silence devant l'empereur.
    Puis il sortit une flûte des plis de sa tunique,
    produisit une note brève,
    s'inclina poliment
    et disparut.
    Nul ne sait ce qu'il advint de lui. » 

     

          Voici maintenant des extraits de l'entrée en matière d'Osho :

    «  L'enseignement authentique ne peut être enseigné. (...) Bien que ne pouvant être inculqué, il peut être suggéré. (...) Les mots, le langage, le mental sont inaptes à refléter la Réalité. (...) L'intellect est définitivement incapable de le saisir.

         Retenez que ni les textes sacrés ni les paroles des Éveillés ne peuvent vous apporter la Vérité.(...) C'est pourquoi chaque Maître doit créer des situations, un contexte dans lequel il puisse vous pousser vers l'inconnaissable.  »

     
         Ainsi, de même que Jésus s'exprimait par paraboles, de même les anecdotes proposées par Osho doivent être comprises à un autre niveau que le simple mot-à-mot.

        Si j'ai fait précéder ce texte d'une image représentant le Bouddha montrant une fleur de lotus, c'est que le commentateur s'arrête longuement dans un premier temps sur l'idée que Bouddha lui-même communiqua le meilleur de son enseignement par le silence, la fleur seule lui servant de symbole pour traduire la Vérité.

    * * *


          Ensuite l'auteur développe chaque phrase du texte. Voici un condensé de ses propos :

       - L'enseignement ne peut être ni donné, ni transmis, mais seulement accepté. Pour cela Kakua, le disciple, doit "quitter son propre pays", c'est-à-dire s'arracher à ses origines, partir à l'aventure et s'ouvrir totalement à ce qu'il ne peut saisir par lui-même. Il doit abandonner désir et volonté propre pour renaître en tant qu'homme nouveau.

         - Ne pas voyager signifie n'avoir aucune activité mentale. Vivre sur une montagne signifie être plongé en soi-même, dans le silence et la solitude du Cœur profond. Enfin méditer en permanence, c'est faire de sa vie une constante méditation, c'est être capable de rester retiré en soi-même à tout moment et en toute occasion. Cette notion est une allégorie : on doit se faire ermite tout en accomplissant ses tâches journalières et sans rien en laisser paraître.

          - Et justement, ces gens venant le voir pour lui demander d'enseigner, ce sont selon Osho des pensées qui surgissent parfois au cœur de la méditation où il est plongé : ces pensées, il ne les refuse pas mais les identifie aisément car elles sont devenues rares et il les traite avec respect et considération en leur apportant réponse, ce qui lui permet de se retirer toujours plus loin vers l'absence de pensées ("là où il serait moins facile de le trouver") : les pensées étant le fruit du mental, il réussit donc à se placer en observateur, au-delà du mental !

         Les deux derniers paragraphes me semblent tout à fait à double sens. Cependant à cet endroit Osho ne complique pas les choses, il dit simplement :

    «  Quand Kakua sentit l'hôte divin frapper à sa porte, il regagna le Japon. »

       Il revient donc à un déplacement physique d'un individu dans l'espace. C'est en effet par cette lecture que nous voyons comment un Maître peut parvenir à enseigner, et de combien il dépasse tout individu fût-il l'empereur du Japon lui-même ; comme c'est là le sujet essentiel du discours de notre enseignant, il s'y tient. Voyons donc d'abord cette interprétation.

         Parvenu face à l'Empereur et à sa Cour, Kakua ne peut parler ; comme le Bouddha de l'image, il ne sait que montrer, suggérer. Mais évidemment les assistants n'en sont guère satisfaits.

         Il tente donc une autre méthode : il souffle dans un instrument qui produit un son (une note brève).

        On évoque souvent le souffle pour la transmission de la Parole fécondante. Comme toute parole, elle n'est qu'un son : les Védas évoquent ainsi le Aum primordial, qui exprime tout et résume tout ; pour la Bible il s'agit du Verbe émis par le Principe initial, que les Évangiles traduiront comme le Fils généré par le Père ; et la tradition hindouiste montre largement la flûte jouée par le berger Krishna, qu'évoquera  à son tour Kabîr dans sa poésie (voir ici). 

          Ainsi, même si pour notre mental le Maître semble parler pendant des heures (ce que nous souhaitons ardemment !) en fait il n'a jamais rien dit : il a juste émis un son, une note brève qui, si notre Cœur l'a perçue, fécondera celui-ci pour le faire grandir. 

        Et alors il disparaît

         Pourquoi disparaît-il ? Parce qu'Il Est cette Vérité que notre mental ne peut saisir et que pour l'atteindre nous devons renoncer au mental. Comme disait Jésus : "Mon Royaume n'est pas de ce monde". Il se dérobe donc à toute perception.


    *  *  *

     
        Mais pourquoi ne pas évoquer également l'autre sens, suivant lequel "le Japon" serait une allégorie du point d'apparition de Kakua en tant qu'individu dans le monde manifesté ? N'est-ce pas là aussi le "Grand Est", lieu de naissance du Soleil, donc de la Vie apparente ? Nous retrouvons donc le Kakua Disciple.

        Parvenu au sommet de son investigation intérieure, Kakua se souvient de toute l'histoire personnelle qu'il s'est bâtie et la soumet à l'Empereur, dont on ne précise pas la nation justement : ne serait-Il pas l'hôte divin qu'évoque Osho, l'équivalent du Monarque Universel de Chögyam Trungpa ou de la Simorgh de Farîd od-dîn 'Attâr (voir ici), c'est-à-dire l'Absolu ?

           L'individu, conscient de sa nullité face au Divin, n'est capable que de produire une note (sa note personnelle, ce qui fait sa spécificité dans la Création) puis de disparaître...

         Dès lors nul ne peut savoir ce qu'il en est advenu puisque seul demeure le Divin.

     

     À suivre ici.

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 13 Août 2016 à 10:04

    Difficile pour moi de commenter, mais ta photo de Bouddha est très inspirante, elle mène au calme de l'esprit et pourtant le Bouddha ne parle pas ! Bonne journée Aloysia

    2
    Samedi 13 Août 2016 à 10:29
    Tu as raison Danaé et tu sais ce dont il s'agit, toi....
    3
    Samedi 13 Août 2016 à 18:33

    "Quand je marche, je marche

    quand je mange, je mange

    quand je ris, je ris"

    J'aime cette définition du zen wink2

     

    J'aime lire les paysages, les nuages, les ruisseaux, l'arbre et le brin d'herbe, l'oiseau et la fourmi, la musique silencieuse de l'instant

      • Samedi 13 Août 2016 à 18:53

        Tout cela est merveilleux, mais pour vraiment le ressentir il faut être débarrassé de l'ego. Et il y a plus encore, m'a-t-on dit quand le mental s'est totalement éteint... 

    4
    Dimanche 14 Août 2016 à 06:17

    A mediter certainement...En combattant cet ego trop bavard  !

    Merci pour ce texte qui eveille...

      • Dimanche 14 Août 2016 à 09:37

        Merci Marlou, pour ta visite toujours précieuse.

    5
    Dimanche 14 Août 2016 à 19:27

    Le saumon passe une grande partie de sa vie en mer. Arrivé à l’âge adulte, il entreprend un éprouvant voyage de retour vers son eau douce natale. Il remonte les fleuves, puis les rivières jusqu’au cours d’eau qui l’a vu naître, jusqu'à la Source.

    Là, il pourra se reproduire.

    Revenir à la source est un éprouvant voyage, le saumon s'en rien dire le fait. N'entravons pas sa démarche...

      • Dimanche 14 Août 2016 à 21:23

        Le Saumon le fait, oui, mais en est-il conscient ? Qui le conduit ? Sa joie c'est son chemin, son chemin c'est sa vie, et il n'en sait rien.

    6
    Dimanche 14 Août 2016 à 22:00

    (le saumon sans rien dire...)

    Tu as raison Aloysia il sait tout ça inconsciemment.

    Bonne et douce soirée  

     

      • Dimanche 14 Août 2016 à 22:38

        Douce soirée, chère Jamadrou.

    7
    Mardi 16 Août 2016 à 20:12
    durgalola

    c'est très intéressant. J'aime bien l'enseignement authentique ne peut être enseigné, il peut être suggéré. 

    Les grands de ce monde croient toujours être "premier". En gros, il l'a sifflé pour qu'il vienne et bien, il a eu sa réponse : comme un sifflement bref. 

    Bises 

      • Mardi 16 Août 2016 à 22:28

        money   j'aime bien ton interprétation, Durgalola, en effet !! Il l'a sifflé, il n'a eu que ce qu'il méritait...



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