• Retour à l'ineffable

     

    Creche.jpg

     

          Sur cette crèche, toute simple et un peu stylisée, l'enfant n'est pas encore déposé, comme c'est l'habitude puisqu'on le fait apparaître traditionnellement à minuit le 25 décembre.

         L'ajouterons-nous ? Y croirons-nous, à cette "naissance" merveilleuse, prodigieuse, miraculeuse ... ? La naïveté de l'enfance accepte tout, comme elle accepte l'idée du Père Noël, mais  bientôt la rationalité s'installe avec la maturité, et l'on commence à douter. Et si tout ceci n'était que balivernes pour nous endormir et nous faire rêver ? Où trouver la preuve qu'un enfant nommé Jésus est né à ce moment-là en Judée, si seuls les écrits fondateurs d'une religion l'affirment ? Et encore plus à minuit pile, d'une vierge engrossée par l'Esprit-Saint, ce qui devient très, très dogmatique...

      Vierge-a-l-enfant.jpgNativité - auteur inconnu


         Et pourtant, cette fête, nous y tenons, et pour plusieurs raisons.

        La première est évidente : c'est que c'est le fond de l'hiver, le moment où les nuits sont les plus longues et les jours les plus gris, et où l'on a besoin de se retrouver et de se réchauffer tous ensemble. Et la seconde en découle en quelque sorte : dans les anciennes religions de l'antiquité, le 25 décembre a toujours été une date phare (c'est le cas de le dire !), pour des raisons astrologiques notamment, parce que c'est à partir de ce moment que les jours cessent de diminuer et que la lumière reprend petit à petit ses droits  ; ainsi, comme le développait récemment Mamadomi sur Caplibre, et comme on peut en voir l'évocation ici, il y eut à cette période en Égypte la célébration de la naissance d'Horus, fils de la déesse Isis, en Perse la naissance du dieu solaire Mithra, puis en Grèce les petites Dionysies (ou Dionysies rurales, organisées en vue de la fertilité des champs) qui avaient lieu fin décembre, et à Rome les Saturnales, grandes fêtes populaires agrémentées de marchés, de festins et de distributions de cadeaux qui s'achevaient le 24 décembre. En fait le christianisme n'a rien inventé, bien au contraire : comme on peut le constater très souvent, il n'a fait que reprendre à son compte les traditions qui l'avaient précédé.

    Naissance-d-Horus.jpgLa naissance d'Horus

        Mais dans ce cas, à quoi bon critiquer la légende qui y est associée ? Comme tout ce que relatent les évangiles, elle est symbole... Les symboles et les paraboles sont deux des voies royales qui mènent à l'ouverture de notre esprit sur une autre dimension, dimension indispensable à notre équilibre puisqu'elle a toujours été cherchée, à travers religions, philosophies, ascèses, enquêtes, mystères... Comme les mythes qui ont fondé la pensée grecque, comme les légendes qui ont marqué la civilisation nordique, cette histoire de l'enfant béni tombé du ciel est pour nous riche de sens ; elle est même une nourriture bienfaisante pour la partie de nous qui erre en cette vie en quête de compréhension et de lumière.

    Petit prince

    Le Petit Prince de Saint-Exupéry

     

        Nous ne sommes pas ce que nous croyons être : posés sur cette terre, comme des "Petits Princes" tombés de notre planète, nous ne rencontrons qu'énigmes et surprises, joies parfois mais que nous ne savons comment retenir ni obtenir, souffrances souvent et que nous ne savons ni  éviter, ni supprimer... Et ce, quelle que soit la période à laquelle nous sommes arrivés ici-bas, ou l'endroit sur lequel nous avons échoué ! Si vous y réfléchissez bien, les expériences que nous vivons se résument toujours à des joies, des peines, des manques, des douleurs, des extases... fluctuant au gré d'événements non gérables.

     

       Le sens est ailleurs ; et ce sens, ce sont les mythes, les légendes, les symboles, les paraboles, les contes qui nous l'apportent car il échappe au quotidien, il est situé ailleurs.

     

         Et maintenant, la voici cette promesse qui nous est envoyée :

        - D'un monde matériel totalement stérile, qui ne fait que se renouveler lui-même à l'aveugle, la vie peut germer ;

        - Et dans cette nuit où nous marchons au hasard, perdus et sans repère, soudain une lumière peut surgir ;

        - Si nous la voulons, si nous y croyons, c'est en nous-même que nous la sentirons, cette vie, cette lumière, car elle est au-delà de celle que nous avons connue jusqu'alors, elle est ailleurs, elle est au sommet d'une colline qu'il nous faut gravir !

    La montagne Sainte-Victoire-effet nuit(J'espère que vous me pardonnerez d'avoir transformé ce tableau de Cézanne - la Montagne Sainte-Victoire - pour en obtenir un "effet de nuit"...)

     

        La colline est notre esprit rationnel ; les orientaux enseignent à le dépasser par la méditation : c'est une méthode scientifique. Mais le mythe, le symbole permettent de le dépasser instantanément, par un simple basculement ! On appelle cela la "foi", mais le mot est galvaudé : il ne s'agit pas d'une croyance mais d'un RESSENTI.

         Lorsque vous basculez dans la joie de Noël vous savez que c'est la VÉRITÉ !! Et c'est cela qui vous faite rire aux éclats, rire, rire, rire de bonheur !

     

     

         À titre d'illustration musicale, je vous propose un extrait de la Cantate de Noël d'Arthur Honegger (1892-1955), sa dernière oeuvre et en quelque sorte son testament musical - créée le 12 décembre 1953.

        Vous y percevez d'abord les cris de désespoir de l'humanité souffrante ; puis avec le chœur d'enfants apparaît la promesse du salut... On notera qu'ici il n'est pas question de Jésus mais "d'Emmanuel" ce qui en hébreu signifie "Dieu parmi nous" : originaire de Suisse, Honegger était de confession protestante, et c'est aussi pourquoi les premiers chants de Noël entonnés ensuite sont des chants de Noël allemands ; cependant dans la suite de l'oeuvre on entendra des chants français, puis anglais, pour terminer - à l'opposé du démarrage - dans une apothéose de joie (pour entendre un peu de cette fin merveilleuse, rendez-vous ici). 

     

        Les interprètes sont ici Les chœurs et l'orchestre de la Fondation Gulbenkian sous la direction de Michel Corboz, avec pour soliste le baryton Gilles Cachemaille.

        Voici le texte entendu (à l'exception de celui du baryton que l'on discerne parfaitement) :

    Chœur d'adultes :

    Ô viens ! Emmanuel !

    En toi vit l'espoir d'Israël.
    Nos lourdes fautes

    Nous pleurons, entends,

    Entends nos voix qui t'implorons.

    Chœur d'enfants :

    Joie et Paix sur toi Israël !

    Voici venir Emmanuel.

    Chœur d'adultes :

    Ô viens, parais lumière du jour

    qui dois nous apporter ton secours.

    Nous errons tous sans but ni fin.

    Ô désigne-nous le clair chemin.

    Chœur d'enfants :

    Joie et Paix sur toi Israël,

    Il est venu Emmanuel.

     

       Bien sûr le texte reste "théorique", mais comme je vous parlais du ressenti, j'ai toujours été émerveillée par la puissance émotionnelle de cette musique. Et c'est cette émotion précisément qui compte : aspirer à une chose que soudain l'on reçoit ; appeler, et obtenir une réponse, une guérison.

     

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       Mais maintenant je vais me taire et vous souhaiter un très joyeux Noël ! En effet je risque de disparaître pour quelque temps... Jusqu'en janvier.

     

    noel_104.gif

      Et gros bisous à tous !!

     

     

     

  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Janvier 2012 à 12:00
    il ne s'agit évidemment pas de critiquer... mais de contribuer à transmettre la, les connaissances autour de ce qui, il faut reconnaître, aura fait l'objet de manipulations diverses sur l'échelle du temps, au gré d'intentions très éloignées de la foi, ni même de toute forme de bienveillance ou de désintéressement... étant entendu que la recherche de "sens" et de "preuves" ne peut que contribuer à apaiser ceux qui n'ont pas le support de la foi, pour l'instant... or champ de "l'apocalypse" càd la "levée de voile" ... qui ouvre les "yeux"...:) doux bisous de début d'an Valentine et merci pour ce billet intéressant et riche à souhait, qui fait la qualité de ce blog


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