•        Ce que dit Christiane Singer dans le texte cité précédemment n'a rien d'exceptionnel.

            C'est en parfait accord avec ce qu'écrivait Aurobindo dans ce passage cité sur mon blog il y a quelques années :

     

    «    Ce n'est que lorsque le voile est déchiré et le mental divisé dominé, silencieux et passif sous l'action supramentale, que le mental lui-même retourne à la Vérité des choses.

         Là nous trouvons une mentalité réflectrice, lumineuse, qui obéit et sert d'instrument à l'Idée-réelle divine. Là nous percevons ce qu'est réellement le monde ; nous savons de toutes les manières que nous-mêmes sommes en autrui, qu'autrui est nous-mêmes et que nous sommes tous l'Un universel qui s'est multiplié.

            Nous perdons la position individuelle rigoureusement séparée qui est la source de toute limitation et de toute erreur.  »

    ( La Vie divine, Albin Michel Spiritualités vivantes, tome 1, p.226)

     

          Nous nous souviendrons aussi de ce qu'écrivait Ivan Wyschnegradsky, dont "la Journée de l'Existence" m'a si longtemps poursuivie de ses questionnements métaphysiques :

     

    Quelque chose de nouveau, d’immense, de sublime s’accomplit,
    Un miracle comme il n’y en a pas eu jusqu’ici…

    Ah… Les flots d’un amour ineffable m’envahissent
    Et me portent sur leurs ailes.

    Ô vous, mes proches et mes lointains,
    Et vous, choses de tout l’univers,
    Je suis en vous, vous êtes en moi,
    Dans mon souffle - dans mon amour -
    Unique, tout-puissant, illimité… !


    Ivan Wyschnegradsky, La Journée de l'Existence,

    L'obtention - Entrée dans l'état final parfait
    (écouter ici de 44'58 à 45'50) 

      

    Autrement dit...


    Quand tout converge, on sait que l'on se rapproche de la Réalité...

     

     


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  •       À la demande de Capitaineecho dans son commentaire à l'article précédent, je reproduis ici le merveilleux texte de Christiane Singer que j'ai trouvé il y a quelques jours sur facebook (publié par Milko Angelo Mestdagh le 26 juillet).

            Il témoigne de ce que l'on découvre lorsque l'on se détache du corps qui nous emprisonne.


          

    Christiane Singer

     

    « C’est du fond de mon lit que je vous parle, et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous que je parle au creux de l’oreille. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais. Toute mon œuvre était un partage de mon expérience de vie. J’ai voulu faire de la vie un haut lieu d’expérimentation.

    Ma dernière aventure ? Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence, calcinée jusqu’à la dernière cellule.

    Il y a eu une nuit surtout où j'ai dérivé dans un espace inconnu. Et ce qui est bouleversant, c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure ! Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’Amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c'est pour en témoigner finalement que j'en sors parce qu'il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l'océan et ruisselle encore de cette eau. C'est un peu dans cet état d'amphibie que je m'adresse à vous. On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir.

    Je croyais jusqu’alors que l’Amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.

    Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j'ai de la peine à me séparer de vous.

    La main sur le coeur, je m'incline devant chacun de vous. »


    Christiane Singer

     

    « L’Amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. »

    « On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. »

    « Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. »

     

     

          


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  •  

             Allons, j'ai parlé pour ne rien dire l'autre jour (voir ici) : un blog est par définition une sorte de journal, un éphéméride, donc tout ce que l'on y consigne est destiné à disparaître et il est normal qu'à peine publiés les articles semblent déjà désuets...

          C'est du moins ce que je voulais suggérer en parlant d'odeur "fétide" : je sous-entendais une décomposition quasi immédiate. Mais je ne suis pas raisonnable avec mon blog de 12 ans d'âge ! Si encore c'était un whisky, on pourrait s'y intéresser... 

            Bref ! Aujourd'hui je voulais vous raconter une petite histoire vécue, une promenade avec ma chienne comme j'en fais chaque jour.

     

    Scully

     

     

          Et à chaque fois cette promenade m'est un merveilleux moment de ressourcement, de méditation. C'est ainsi, pourrait-on dire, que Scully m'enseigne... 

            Hier nous avons marché dans un secteur de jardinets étonnamment remplis de chiens, sans doute en vacances ou en pension chez des parents ou amis car habituellement il n'y en a pas tant et ça ne cessait d'aboyer, de japper, de grogner, de gronder, de courir, de sauter... ! Tandis que ma coquine s'obstinait à longer tout de même les murs et à braver ses agresseurs, je l'ai tirée à grande force vers un champ en friches pour m'éloigner au plus vite de tout ce tapage, gagnant une campagne plus paisible et accueillante.

                C'est alors qu'il me revint une phrase en tête.

             Une phrase que vous connaissez sans doute, car il s'agit d'un célèbre Koan du bouddhisme zen, une de ces phrases dont l'effet sur le méditant qui la considère avec attention est aussi puissant que celui d'un mantra....

    « Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ? »


        Au premier abord, cette phrase déconcerte : on ne peut pas applaudir d'une seule main. Après réflexion, l'on se dit qu'il est donc question de silence. Puis on se demande pourquoi l'on a retiré une main, et s'il est important d'enlever cette dualité qui nous constitue...

            Mais toutes ces pensées ne sont que des réflexions, et n'ont rien à voir avec l'expérience, l'expérience que j'étais en train de vivre.

             Brusquement j'avais l'image d'un tambour, avec la peau qui le recouvre et sur laquelle on frappe pour obtenir un bruit. Nos oreilles sont ainsi constituées : ce que l'on appelle "le tympan" est cette membrane, qui fait que nos oreilles réceptionnent et restituent des sons. 

               Pour qu'un son soit perçu, me disais-je, il faut qu'il cogne contre quelque chose. Il faut qu'il rencontre une résistance. Si donc je perçois, c'est que les choses ricochent contre moi comme sur un mur. Ma rétine stoppe l'image et la renvoie à mon cerveau ; mes tympans stoppent le son et le renvoient à mon cerveau ; ma peau stoppe la sensation de l'air et la renvoie à mon cerveau, etc... Et cela est vrai, non seulement pour toutes nos perceptions et sensations, mais aussi pour toutes les pensées et émotions : une pensée passe, elle cogne contre le sentiment d'être "moi" et est renvoyée comme une pensée personnelle ; une émotion passe, et hop ! elle est bloquée et identifiée de la même façon.

           Mais je m'éloigne ; restons-en à la perception, c'est bien suffisant pour le moment.

           Soudain, je me suis vue comme un mur. Un bloc de béton qui arrête tout. La main qui applaudit a besoin de frapper sur quelque chose pour produire un son ; de même je crée moi-même mes perceptions et sensations en bloquant le passage de la vie qui, si elle était seule, passerait librement comme le vent !

           S'il n'y avait pas de rétine, pas de tympan, pas de peau, toutes ces vibrations ne seraient qu'un vaste élan qui court librement, telle cette main qui ne s'arrête sur rien !

           Marcher, promener son chien sans rien ressentir...

           Non seulement c'est un exercice fascinant, mais en plus c'est ce dont rêvent toutes les personnes qui souffrent dans leur corps. J'ai entendu parler de telles expériences vécues par des personnes atteintes de grandes douleurs ; qu'elles soient aidées par de puissants anesthésiques ou qu'elles y parviennent seules, tôt ou tard elles arrivent à cette découverte : obligées de fuir la sensation insupportable elles basculent dans une sensation de liberté, d'expansion incroyable.

           Dans toute situation de tension, d'inconfort, la clé consiste à comprendre notre résistance, à comprendre que nous sommes le mur qui empêche le vent de passer, et que si on enlève le mur, il n'y a plus aucun souci, plus aucun problème pour la Vie qui s'écoule librement.

           Et c'est quoi "le mur" ? Pas notre corps, le pauvre... il fait partie de l'ensemble, il vibre avec le reste, il n'y est pour rien. Non, le mur c'est notre mental, c'est ce mécanisme qui nous fait arrêter une vibration pour l'interpréter comme un son, comme une image, comme une sensation tactile ou interne ; d'ailleurs sous anesthésie totale c'est bien le mental qui est stoppé, le corps lui reste vivant.

          Et ce mental qui stoppe, c'est aussi ce qu'on appelle "ego"...

           

     

     


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