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          Après une retraite de quelques mois sur une autre blog, intitulé "Émerveillement", je prépare actuellement mon 6e recueil de poèmes.

        Composé de 7 parties dans lesquelles se répartissent mes écrits depuis 2014, il sera publié comme les quatre précédents aux éditions Stellamaris situées en Finistère et doit paraître en novembre prochain sous le titre

    « La Quête »

          En voici un image de couverture qui me plaît bien, à cette nuance près que je ne sais pas si le fond désertique pourra être conservé, étant tiré d'une photographie dont je ne suis pas l'auteur. 

     

    La Quête

     

     


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  • Si la vie vous fait souffrir,

    Écoutez ceci,

    puis riez !

    Si cela ne vous concerne pas,

    N'écoutez pas,

    Et riez de suite !

     

     

    En ce qui me concerne, je m'absente désormais des blogs,

    Avant de sans doute détruire celui-ci.

     

    Affectueuses amitiés à vous tous.

     

     


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          Dans l'article précédent, quand nous évoquions le Mahâbhârata, certains disaient qu'il y était question de batailles ; pourtant ce mot sanskrit ne signifie pas comme on pourrait le croire "la grande bataille". En effet Bharata représente d'abord le nom d'un roi mythique, puis celui donné à ses descendants ("les Bharata") ; et par la suite, avec l'allongement du premier â, il est devenu celui donné à l'Inde elle-même (Bhârata), c'est-à-dire "le pays des Bharata". Quant au préfixe mahâ, on sait qu'il signifie simplement "grand". Le sens de ce titre serait donc  plutôt : "la grande histoire de l'Inde".

          Cependant il est certain que toute la trame de la légende mène au prodigieux combat final, qui quand on le lit a des allures de cataclysme.

           Dans toutes les traditions il y a semble-t-il à l'origine, dans ce qu'on appelle "les textes fondateurs", une épopée dont les déchirants combats éveillent en nos cœurs des échos de vérité. 

     "Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent"

        a dit Victor Hugo dans "les Châtiments", et comme ces luttes sont souvent le combat désespéré de héros pour faire valoir leurs droits et donc faire triompher leur vision du Bien contre ce qui apparaît comme un Mal, ces récits nous semblent évidemment être la pure image de la Vie, dans son aspect le plus élémentaire.

           Cependant on remarque aussi dans ce texte une intervention perpétuelle du merveilleux, et plus peut-être que dans nos épopées occidentales (l'Iliade, l'Odyssée, l'Énéide...), à l'image plutôt de ce que l'on appelle aujourd'hui le style "Fantasy". Un merveilleux issu tantôt des armes prodigieuses utilisées par les héros, qui les tiennent des dieux eux-mêmes, tantôt de la nature même des personnages puisqu'ils sont généralement issus de dieux ou de démons et voient parfois paraître leurs parents - voire apparaissent eux-mêmes - sous des formes extraordinaires, tantôt enfin de l'emphase du narrateur qui donne aux scènes relatées une ampleur cosmique.

            J'aimerais vous en citer quelques passages à titre d'exemple et vous livrer ensuite l'étrange réflexion que cette lecture m'a inspirée. 

       Pour vous permettre de mieux comprendre l'extrait suivant, voici quelques précisions concernant les termes en italique :
         Arjuna est un Pândava ou fils de Pându et se bat avec ses quatre frères pour récupérer leur part du trône de leur père qui leur a été usurpée par leurs cousins les Kaurava ; Krishna, roi d'un pays voisin, est de leur côté et pour mieux les aider s'est fait le cocher d'Arjuna, c'est-à-dire qu'il conduit son char et le conseille sans toutefois être mêlé au combat. Gândîva est le nom donné à l'arc fabuleux d'Arjuna, qui se jette ici sur Jayadratha, un roi allié des Kaurava, parce qu'il vient de tuer son fils ; sa vengeance ne peut être effective que s'il lui tranche la tête, mais Arjuna vient d’apprendre de Krishna que si la tête de Jayadratha touche le sol une malédiction va le faire exploser lui-même à l’instant, d'où le prodige qu'il réalise en soutenant celle-ci avec ses flèches.

    « Tel un incendie avivé par le vent qui consume un bois épais, le fils de Pându, entraîné par Krishna comme par un ouragan, engloutit la forêt des Kaurava de ses traits de feu. (...) La rapidité d'Arjuna rend impossible de distinguer le moment où il prend une flèche de son carquois, de celui où il tend Gândîva, et de celui où le trait part : son arc paraît un immense cercle en mouvement continuel. On n'entend qu'une terrible vibration qui ne cesse plus et on ne  voit rien d'autre qu'une couronne de flammes qui  jaillit autour du héros. (...) Arjuna sort alors de son carquois une arme céleste redoutable. Ce projectile, adoré pendant longtemps avec des parfums et des guirlandes de fleurs, chargé de formules secrètes, ne peut manquer son but. Arjuna lui  infuse la force de la foudre, l'ajuste sur son arc, vise, et l'envoie avec une force incroyable sur Jayadratha. Le projectile céleste arrache la tête de son adversaire comme un faucon saisit un petit oiseau au sommet d'un arbre. Immédiatement, Arjuna, tirant toujours, soutient en l'air, de ses flèches, la tête coupée et la fait s'avancer sans qu'elle approche le sol. » (Treizième journée - ouvrage cité ici).

     Krishna mène Arjuna au combat 



          Dans ce texte, tout semble mis en oeuvre pour créer sur le lecteur une forte impression et l'on demeure stupéfié ; de plus, l'élégance du style et la beauté des comparaisons suggère plus une admiration émerveillée que l'horreur devant la férocité des combats.

           C'est pourquoi sans doute, loin d'être rebutée par cette lecture (ce qui est peut-être dû à la qualité de l'adaptation que j'ai entre les mains), je me suis laissée emporter par ce sentiment d'émerveillement élargi à des dimensions cosmiques et me suis mise à le ressentir face à tout ce que j'avais autour de moi... à commencer par la musique que j'écoutais. Car lorsque l'on écoute un orchestre symphonique, on est en plein prodige n'est-ce pas ? Comment n'être pas stupéfié à l'idée que l'on ait pu, à partir de morceaux de bois et de boyaux filés en forme de cordes, puis d'une baguette de bois sur laquelle sont fixés des crins, fabriquer cet instrument qu'on appelle le violon ? Et qu'on ait pu réussir à en jouer ? Et que des cerveaux humains aient pu concevoir des méthodes d'écriture pour associer des dizaines d'instruments de ce genre, de différentes tailles, et faire en sorte qu'ils puissent avec d'autres encore interpréter ce qui est écrit pour produire la musique la plus extraordinaire qui soit ?

           Comment même imaginer que l'on puisse percevoir quelque chose d'aussi fabuleux que la mélodie d'un violon ? Et d'où sort-elle, cette musique ? Et qui a fait l'oreille capable de l'entendre ?

         Et comment imaginer que nous puissions être des individus définis posés sur des pieds et capables de se déplacer ! Et qu'en ouvrant ce qu'il est convenu d'appeler une bouche nous émettions un son qui, une fois modulé, devient compréhensible à un auditeur sous la forme d'un discours !! Comment comprendre que nous percevions des formes devant nous qui soient identifiables et qui pour nous représentent un univers, des "autres", et toutes sortes d'éléments qui nous paraissent familiers et nous sécurisent ! Car même dans une situation que nous qualifierions d'effrayante, tout nous est familier, tout fait partie de ce "monde" qui apparaît on ne sait comment de ce que nous pensons être nos yeux, nos oreilles, notre toucher.

         Comment imaginer que nos doigts, à l'aide d'un ustensile ou d'un "clavier", puissent tracer des signes qui pour d'autres (mais qu'appelons-nous "autres" ??) deviennent intelligibles ? Où est situé le sens et d'où provient-il ? Où se dirige-t-il ? Quel est son but ? Qui peut à son tour interpréter ce que nous avons émis, et comment ?...

           Tout, absolument tout ce dont nous sommes ici témoins, est prodige. Et même si en Inde l'habitude des antiques ascètes était de devenir de véritables magiciens, au point que cette épopée foisonne de malédictions ou de bénédictions provoquant les plus étonnants résultats, la simple observation du milieu dans lequel nous baignons et que l'on appelle "la Vie" provoque la stupéfaction, la sidération. Les "scientifiques" ne peuvent que l'explorer, non la maîtriser ; et plus ils l'explorent, et plus ils sont émerveillés, au point que ceux qui sont vraiment allés au point ultime de l'astrophysique ne peuvent que reconnaître leur impuissance devant une Intelligence qui les dépasse infiniment (voir par exemple ce livre).

         Le combat des Pândava contre les Kaurava, tel l'assaut des vagues déchaînées par la tempête, nous présente un raccourci saisissant de tout le cycle de la Vie, qui de toute manière s'achève inévitablement pour tout individu par sa mort, tout comme pour toute vague par sa dissolution dans l'immensité de l'Océan ... ou pour toute note jouée, par sa fusion indifférenciée dans l'immensité de la Musique.

          

     

     

     


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  •            Les temps sont durs, dit-on autour de moi.

           À l'image des tempêtes ou intempéries qui sévissent, se succèdent également les disparitions, décès, accidents et drames de toutes sortes.

          Or pour moi qui lis maintenant le Mahâbhârata, tout y semble déjà inscrit.

         Plus que l'Iliade et que l'Odyssée, plus que nos romans de chevalerie ou que la Tétralogie de Richard Wagner et mère de toutes nos mythologies européennes, cette extraordinaire épopée nous touche au cœur en étalant toutes les turpitudes de l'âme humaine en même temps que son immense grandeur, son origine divine et la merveilleuse guidance dont elle est l'objet malgré ses malheurs apparents. On ne peut comprendre la philosophie indienne sans l'avoir lue.

          J'ai choisi pour la découvrir le petit livre paru chez Albin Michel qui la retranscrit de façon abrégée mais très vivante, comme un récit oral parsemé d'épisodes versifiés. Et  je suis surprise de constater combien ce récit reste passionnant pour nous lecteurs du vingt-et-unième siècle, à la fois parce qu'il résonne en nous dans l'évocation de la vie humaine avec ses difficultés et ses joies, et parce qu'il regorge de pages grandioses dont la beauté stupéfie. 

    Mahâbhârata

          

       Or j'en arrive justement au passage intitulé "le désespoir d'Arjuna", que j'avais lu précédemment plus en détail dans mon petit fascicule rouge de la "Bhagavad Guîtâ". En effet ce "chant" est par son aspect d'enseignement l'extrait le plus célèbre de l'épopée, au point que c'est lui justement qui fournit l'illustration de couverture reproduite ci-dessus.

          Dans cet ouvrage condensé est retenu seulement l'essentiel, mais la traduction en en est beaucoup plus actuelle que dans le petit livre du "Centre Râmakrishna". Je vous en propose donc ce passage du début, qui aujourd'hui me semble répondre à notre propre désarroi.

           Tandis qu'Arjuna refuse de devoir combattre des êtres en qui il voit des frères, Krishna, son ami et protecteur, lui explique que les corps ne sont qu'apparence et que ce qui fait notre grandeur, ce qui nous anime et nous fait nous aimer les uns les autres, c'est le Soi Suprême, dont nous sommes tous des expressions et qui lui ne meurt jamais

     

    « Tu te sers du langage de la sagesse
    Mais t'affliges pour ces corps qui ne le méritent pas.
    Le vrai sage ne s'apitoie point
    Ni sur les morts ni sur les vivants.

    Jamais je n'ai cessé d'exister, ni toi, ni ces rois.
    Et nous tous, à l'avenir, continuerons d'exister.
    Le Soi passe d'un corps à l'autre :
    Après la mort du corps, il s'incarne dans un autre.

    Tout comme l'homme rejette des vêtements usagés
    Pour en revêtir des neufs,
    Le Soi, inchangé, abandonne un corps
    Pour entrer dans un corps nouveau.

    Tous les corps sont ainsi pénétrés
    Par le Soi impérissable,
    Le Soi éternel, le Soi indestructible,
    L'inépuisable, le Soi sans fin.

    Seuls les corps sont périssables,
    Tandis que lui, le Soi qui y demeure,
    Est éternel, indestructible, infini.
    (...)

    Le Soi ne naît pas, le Soi ne meurt pas ;
    Non né, permanent, éternel, primordial,
    Le Soi ne périt pas lorsque le corps périt. »

     

             


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           J'aimerais, en ce début d'année 2018, revenir à ces poèmes de Toukârâm dont les derniers sont les plus émouvants. En effet, dans l'édition citée des "Psaumes du Pèlerin", les textes semblent disposés suivant une gradation qui va du plus narratif au plus mystique.

            Voici donc le n° XCVIII.

           

     

     

    Partout je vois tes empreintes,
    le tout de tout est plein de toi.
    Forme, qualité, nom, Tout porte ta ressemblance.
    O couleur-de-nuage, toi ôté rien ne reste.


    La terre où je me roule, ton piédestal.
    Chaque jour, chaque instant sont bénis,
    ton amour comble mon cœur, toujours.


    De partout, mon Dieu, tu me pénètres ;
    espoirs, occupations, plus rien de terrestre.
    Où irais-je ? Que ferais-je ?
    Sur mes lèvres, sur mon cœur ton Nom, toujours.


    Mon unique conversation, parler de toi,
    tes noms, tes gestes, ta gloire.
    Le riz, les fruits, le bétel que je mange,
    des offrandes rituelles pour toi.
    Ma marche, une procession autour de toi,
    mon sommeil, une prostration devant toi.
    Tout ce que je vois, tout ce que j'entends,
    ton visage, ta voix.


    Étang, rivière, fontaine, tout est sacré :

    toute eau, le Gange.
    Palais, châteaux, maisons, chaumières,
    huttes, tout est ton temple.
    Toute parole me dit ton nom.


    Nous, serviteurs du Seigneur, dit Toukâ,
    le bonheur d'amour nous comble, toujours.


    Toukârâm, Psaumes du Pèlerin, Gallimard

      

     

     

     

     


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