• Quelques souvenirs d'Afrique

     
        Voici quelques anecdotes de mon séjour à Amaradougou, que je n'ai su classer dans les différents chapitres rédigés jusqu'ici.

     

    Quelques souvenirs d'Afrique

     
        Un jour que nous nous promenions vers l'autre extrémité du village, loin du quartier que nous habitions, j'ai rencontré un enfant extrêmement maigre, si maigre que je ne sus déceler si c'était un garçon ou une fille ; si maigre que ses bras ressemblaient à de minces branches d'arbre - tandis que son corps disparaissait sous une petite robe noire (une fille, donc ?).
        Elle se cachait derrière sa case et me regardait tristement ; et moi, cherchant dans mon sac, je n'avais pas grand-chose à lui donner... juste un biscuit "Lu" ou deux... Quelle tristesse ! Au dispensaire de Soubré, on nous dit qu'il y avait beaucoup d'enfants rachitiques dans cette contrée, qu'il fallait soigner par des apports importants de céréales envoyés par l'aide humanitaire.

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    Quelques souvenirs d'Afrique
    (ici : bouillie de mil, maïs, sorgho)


        Une autre fois, nous nous trouvâmes dans le village alors que quelques paysans étaient déjà accroupis autour d'une bassine pour déjeuner. Ils y plongeaient la main et en sortaient une sorte de bouillie verte et gluante, qui excita notre curiosité. C'était tout ce dont ils se nourrissaient ! Avec obligeance, ils nous indiquèrent qu'ils appelaient cela "Tau"(1). Nous insistâmes pour y goûter, malgré leurs signes véhéments de dénégation. C'était infect... Horri
    blement écoeurant ; le genre de plat que, par dérision, on pourrait comparer au plat amérindien décrit par Goscinny dans "Oumpa-pah le Peau-Rouge" : "Ça : pemmican ! Graisse de bison séchée avec moelle d'ours, peau de serpent hachée..." Bref : il s'agissait probablement de débris végétaux accommodés avec une vieille graisse qui soulevait le coeur. C'est pourquoi, lorsque l'on nous donnait du riz, si peu que cela soit, nous pouvions nous dire que l'on nous nourrissait comme des princes...
        Nous en conçûmes une certaine honte. Et que dire alors des touristes que l'on régalait dans les restaurants spécialisés, de plats prétendument "traditionnels" !
        Les gens d'Amaradougou étaient vraiment très pauvres, et c'est pour cela qu'ils avaient fui le Mali, où la sécheresse leur interdisait toute culture.

    (1) Il est possible qu'il s'agisse du "bofroto", bouillie de mil consommée aussi bien au Mali qu'au Burkina Faso et au Niger (voir ici)
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        Plusieurs fois, des jeunes gens m'abordèrent timidement, admirant mes cheveux, et me demandèrent de leur en laisser une mèche, en souvenir. Mais toujours Robert me recommanda vivement : "Ne donne jamais tes cheveux ! Ni ta photo ! Ils peuvent l'utiliser pour faire de la magie et pour agir sur toi  distance !!"
        Cela me surprit : je ne voyais pas de malice dans leur requête ; mais les habitants de Niamagui, qui parlaient français, confirmèrent cette affirmation : il ne faut jamais donner ses cheveux, ni rien donner de soi ; par ici, il y avait le vaudou... et le vaudou, c'était très dangereux.

    Quelques souvenirs d'Afrique
    Culte Vaudou au Bénin : la sortie des masques


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        Dernier point. Au moment où nous quittâmes la région, nos nouveaux amis nous demandèrent de leur envoyer des cartes postales de Paris (ce que nous fîmes évidemment sitôt rentrés). Et c'est ainsi que nous apprîmes comment ces gens avaient accès à la poste : ils devaient se rendre à Soubré, où chacun avait sa "boîte postale"... Aucun facteur ne venait jamais jusqu'à Amaradougou, et il ne s'y trouvait nulle boîte aux lettres. Nous étions bien "en pleine brousse", sinon "à mille miles de toute région habitée" !...
       
     
    Suite de mon récit ici.
     
     
     

  • Commentaires

    1
    Gaël
    Dimanche 1er Juin 2014 à 12:00
    C'est dommage on se dit que c'est leur faute d'être pauvres comme ça alors qu'on ne s'analyse pas nous même.Nous avons pillé ce continent depuis des générations et nous continuons encore à le faire


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