• Québec 1967 : 2 - l'arrivée

     

         Ici commence mon récit, rédigé je vous le rappelle à l'âge de 16 ans après avoir effectué ce voyage : partie exactement en juillet 1967, période vous le verrez de canicule au Québec, ce compte-rendu m'en fut demandé en octobre par le Touring Club qui souhaitait des témoignages pour ses archives.

       
    Il faut savoir qu'en fait, si nous étions 5 gagnants ayant constitué un dossier particulièrement difficile pour le TCF, à nous s'adjoignaient quelque 100 lauréats d'un autre concours, beaucoup plus commercial mais apparemment très payant, organisé par la firme "Régilait" (un lait en poudre totalement dégraissé) : en rédigeant simplement une publicité pour la marque, un nombre considérable de jeunes avait pu bénéficier du même voyage que nous ! Un peu dépités au départ, nous les appréciâmes par la suite (ils faisaient nombre, et tranchaient avec nos allures de "premiers de la classe"). Enfin, une  autre partie de nos compagnons de route avait purement et simplement payé son voyage, ce qui suppose (malgré la catégorie "jeunesse" et le style boy-scout de l'hébergement) qu'ils avaient déjà certains revenus, et c'étaient donc à la fois les plus fortunés et les plus âgés d'entre nous (souvent jeune cadre ou ingénieur encore célibataire approchant de la trentaine).
        Au total nous formions un groupe de 120 jeunes de 16 à 28 ans encadré par deux animateurs de jeunesse, dont ceux que nous nommions "les Régilait" formait le noyau le plus indiscipliné - et donna parfois du fil à retordre aux accompagnateurs !
     

    Québec 1967 : 2 - l'arrivée
    Paysage des Laurentides (Québec)


        Canada ! L’année dernière encore ce mot n’évoquait pour moi qu’une vague plaine grise et morne qui m’était indifférente et sans attraits, parce que trop inconnue… Mais avoir pu penser cela me semble à présent monstrueux. Comment pouvais-je ne pas songer au moins aux grandes forêts déchirées de lacs dont on a tant parlé, aux vastes étendues hantées par le souvenir des Sauvages, à nos ancêtres colons sur le Saint-Laurent, à « l’aventure américaine » enfin !
        En effet, qui ne subit pas, de nos jours encore, cet irrésistible élan vers le « Nouveau Monde », plein de mystère, de merveilles et de beautés presque légendaires ? L’attrait de l’Amérique n’est plus aujourd’hui dans l’exploration, mais dans la découverte d’une vie nouvelle, tout à fait différente semble-t-il de la nôtre. Or, le Canada ne possède-t-il pas à la fois cette empreinte américaine de merveilleux futuriste, le bond vers l’avenir, et puis également le souvenir vivace de son passé grandiose de forêts et de vie rude, et puis, surtout, sa vie fervente dans le culte du français, de la tradition française ? Oui vraiment, le Canada a bien tout pour passionner de jeunes français avides de nouveauté.
      C’est l’étendue sans fin que l’on n’aura jamais totalement embrassée, c’est le « folklore » d’un monde qu’on n’a pas encore totalement défriché, c’est la rencontre de cousins ignorés et si attachants, c’est la poussée des villes neuves et de la vie nouvelle. On comprend désormais avec quelle joie, quand je me suis enfin penchée sur ce lointain pays, j’ai pu envisager le voyage inespéré qui s’offrait à moi.


    Québec 1967 : 2 - l'arrivée
    Boeing 707



        Et je n’ai pas été déçue ! Dès le départ en avion, ce 11 juillet, je savais que j’allais vivre un grand moment de ma vie : nous nous envolions si loin que je risquais bien de ne pas retrouver une telle épopée avant longtemps ! Et puis je n’étais pas seule. Déjà, durant les sept heures de vol qui ont été si agréablement occupées (collation, film), j’ai pu faire connaissance avec quelques-uns de mes camarades. Et ce qui m’émerveille encore, moi qui n’avais encore pour ainsi dire jamais fait partie de groupes de jeunes, ce fut de voir comme nous étions proches les uns des autres, par le tutoiement d’une part, et aussi par la grande aventure que nous allions connaître ensemble. J’avais bien un peu de mal au début à m’adresser si familièrement à des personnes qui avaient parfois dix ans de plus que moi, mais bientôt je m’y habituai et j’ai apprécié le sentiment de cohésion que cela créa entre nous.

     

    Québec 1967 : 2 - l'arrivée
    Vue aérienne de Montréal


        Nous arrivâmes à Montréal sous un ciel étouffant, une chaleur orageuse qui me parut d’autant plus pénible, que nous étions fatigués du voyage, et devions traîner nos lourdes valises (la mienne ne possédait pas de roulettes !) Il était 18 heures ici pour 23 en France, et quand nous trouvâmes enfin les autobus devant nous conduire en ville, je me jetai sur mon siège et commençai à regarder par la vitre avec lassitude, puis bientôt déception. Nous étions loin des rêves canadiens que je m’étais forgés…


    Québec 1967 : 2 - l'arrivée

        Le ciel était grisâtre et l’air si lourd que nous étions en eau ; quant au paysage, il n’avait pour le moment rien d'attrayant : c’était la banlieue, autrement dit des terrains vagues, des autoroutes, des maisons isolées, et souvent une étendue sale et pelée. Par moments, nous croisions de fantastiques nœuds de routes se chevauchant les uns les autres. C’était un peu hallucinant et sans grande beauté. Bientôt, nous roulâmes au-dessus de quartiers plus denses ; mais je restais frappée par cet urbanisme géométrique où chaque petit pavillon de forme cubique et sans toit apparent, était séparé du voisin par un mètre ou deux, et du trottoir par un jardinet qu’enjambait l’escalier du premier étage.
        Tout était désespérément sombre : cheminées d’usines fumantes et noires, maisons en briques rouges noircies par l’essence et les vapeurs. Parfois le linge pendait d’une habitation à l’autre. Et tout semblait impersonnel, réglé, automatique. Il n’y avait pas de vie, mais seulement le ronronnement incessant de la circulation automobile qui se poursuivait indéfiniment, au même rythme.

     

    Québec 1967 : 2 - l'arrivée


        Bientôt heureusement, nous quittâmes l’autoroute aérienne pour descendre en ville. Alors l’aspect environnant me parut plus accueillant. Nous pénétrâmes dans des rues avenantes, bordées d’arbres, aux façades plus pimpantes quoique encore un peu uniformes, trop « américaines » pour mon goût : on les aurait cru faites à la chaîne…
        C’est avec plaisir que nous nous arrêtâmes enfin au Centre de Loisirs de l’Immaculée Conception où nous devions loger, pour y déposer nos bagages avant de courir faire connaissance avec la vie canadienne. Il était 19 heures (minuit pour nous), mais nous avions tous envie de sortir !

        Avec un groupe sympathique, je me promenai dans le joli parc avoisinant, assistant d’abord à un match de base-ball (une nouveauté pour moi), puis admirant la féerie des eaux lumineuses sur un petit lac, pour rouler enfin à travers le parc dans un petit train bleu-blanc-rouge.

       

    Québec 1967 : 2 - l'arrivée
    Un match de base-ball


        Vers 22 heures (locales), nous nous trouvions dans les environs de la rue Sherbrooke lorsqu’il commença à pleuvoir. Nous nous précipitâmes dans un petit café dont les propriétaires, ravis de rencontrer des français, nous donnèrent toutes sortes de renseignements sur l’Expo. Nous pûmes alors tout à loisir apprécier leur savoureux accent au parfum de terroir plein de pittoresque. Comme il pleuvait toujours très fort, nous hélâmes un taxi et nous y installâmes à neuf, chauffeur compris. Vive la capacité des voitures américaines !

        A 23 heures enfin, après une bonne douche, je grimpai rompue mais heureuse dans le lit à étage qui m’avait été assigné. Cette petite gymnastique fut le dernier effort d’une journée bien remplie !
     
     La suite ici

    (Note : les photos de cet article ne sont pas de moi  mais tirées du net,
    en correspondance cependant avec ce que j'avais réellement vu)



     

  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Février 2006 à 12:00
    Ça commence bien !Tu as eu raison d'insérer cette photo d'une séquence de base-ball car le base-ball est un sport d'origine normande importé là-bas par les immigrants de tcheu nouos iyou qu' on l'appelait la grande thèque. La grande thèque (dans "saviez-vous que ... ?")
    2
    Vendredi 27 Janvier à 18:58

    Je commence ma lecture Aloysia...

    Bisous du soir

    Béa kimcat

      • Vendredi 27 Janvier à 22:04

        Bises, Kimcat.



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