• Promenade


         Ce matin j'avais prévu une séance de piscine. Non que cela me faisait tellement envie, mais parce que l'exercice était sensé m'être bénéfique. Or je trouvai porte close : grève. Et sur le parking, tous les habitués bien contrariés car ensuite, avec les vacances scolaires, c'étaient deux semaines qui sautaient... Que faire ?

                 Il faut dire que pour moi, faire travailler le corps est un outil de méditation. En effet, pendant qu'il s'évertue, le mental peut s'en dégager ; et contrairement à une méditation "assise" où de surcroît on ferme les yeux et où finalement le "vide" s'installe sans effort, le travail de la volonté est permanent pour rappeler à l'esprit que rien n'existe et que rien n'est réel.

          Un changement de programme est donc excellent pour déstabiliser le mental ; et pour pouvoir cependant développer ma réflexion à loisir je décidai de partir marcher dans la campagne.

          Évidemment, toujours habituée à prévoir le nécessaire pour ne "manquer" de rien, j'avais là un matériel totalement inadapté à la promenade : pas de bâton, pas d'appareil photo pour restituer sur le blog les "belles images" trouvées, etc. ... 

         Et pourquoi restituer ? Pour retenir davantage ce qui de toutes façons est illusoire ?  Allons donc ! Je marchai quelque temps puis trouvai un bâton qui traînait au sol, et qui bientôt fit mon affaire... On trouve toujours ! Que peut-il donc manquer alors que depuis des années on tourne toujours dans le même labyrinthe, où depuis toujours on a toutes ses marques, et déjà tout, tout prévu dans sa tête ?

    Promenade

     
        Car je sais, pour l'avoir expérimenté, que la pensée est créatrice ; simplement ce que l'on conçoit avec force met plusieurs années à prendre forme et à se manifester dans le matériel. Je sais que tout ce que je vis maintenant et le fruit de la pensée que j'ai développée depuis une vingtaine d'années ; et que si j'avais comme certains yogis travaillé à développer mon corps énergétique je n'aurais pu gagner que cette possibilité : celle de matérialiser les choses plus rapidement ; mais rien de plus. Alors je serais peut-être passée pour une magicienne ? Ou pour une illusionniste ! Mais à quoi bon ?

           Ainsi, marchant dans la nature qui me paraissait sublime, toujours plus sublime, je me disais que "cette vie était trop belle" pour que j'en lâche l'apparence, et que je ne pouvais assouvir ma soif de goûter encore et encore les mêmes choses, toujours les mêmes choses qui s'ingéniaient on ne sait pourquoi à être toujours différentes, toujours nouvelles !

          Je me disais aussi : comment ramener le mental au point zéro ? Le zéro pour lui n'existe pas ! Dans l'univers les astrophysiciens sont remontés au Big-Bang, puis ont pu aller au-delà : c'est tout simplement que celui-ci n'était pas le point zéro ! Je pensais à la belle histoire de Carole lue ce matin (Anaïs) et à mon propre professeur qui, fidèle au nom qu'elle portait (Mme Fleuret), m'avait pour me détruire, balafré les trois traits du Z de Zorro sur la poitrine, faisant de moi un révolté pour la vie ! Un "Zéro" sans doute, apte à endosser le mutisme de son serviteur et à enfourcher le cheval de son mental afin de le juguler !

         Toujours amusants, les "jeux de mots", mais ils ne résolvent rien. Et cependant, je marchais autour du secteur que j'avais investi, dessinant un grand cercle par ma gauche pour revenir peu à peu vers mon point de départ. Et marchant de la sorte je songeais au long texte de Wyschnegradsky qui me hante parce qu'il paraît refléter la vérité, et qui pourtant n'est que la réflexion d'un homme, l'expérience d'un autre et non  la mienne ! Par exemple, pourquoi dit-il : "Cercle Divin, Forme Parfaite enfin par moi trouvée" ?(1) La conscience divine serait-elle circulaire ? Et existerait-il une "forme parfaite" ?

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          C'est à l'instant d'ailleurs que je m'avise qu'en fait Wyschnegradsky s'en tient à la "conscience divine"... Qui est encore de nature mentale.

         Faisant ainsi le tour je compris que je me tenais toujours à la périphérie, et demeurais incapable de "sortir du cercle". Dans quoi m'étais-je donc laissée aspirer ? Morte ou vivante, je tournais dans le cercle de mes projections et rêves, et le pire était que seule l'existence matérielle pouvait me permettre d'en prendre conscience, l'existence uniquement énergétique conduisant à une soumission encore plus forte apparemment aux mécanismes de cause à effet. Il fallait donc agir maintenant.

           Et "maintenant", qu'est-ce qui m'empêchait d'imaginer qu'en exerçant ma "pensée créatrice" à bon escient ainsi que j'avais appris à le faire, j'allais pouvoir toucher un but dans les années qui venaient ? Et plus cette pensée était forte et puissante, et plus ce serait rapide ? Mais à la condition évidemment de le concevoir clairement, à condition d'avoir unefoi totale et inébranlable dans cette volonté !

           Tout le problème était là. Conception, Foi, Volonté. Mais j'étais toujours dans le mental. Pour lequel le "zéro" n'existe pas. Même au niveau de l'infiniment petit, on trouve toujours plus petit ; après les atomes, les quarks ; après les quarks, le Bozon de Higgs... et après ? toujours quelque chose, toujours quelque chose. Le mental fournit ! Il fait sa soupe, il fait monter sa sauce et nous on tourne ! On tourne dedans !

         Alors que le point zéro, il est où ? Au centre du cercle ! Mais comment l'atteindre ?...

         Et voilà, "l'heure avait sonné" (pour reprendre une formule répétitive chez Wyschnegradsky, mais là c'était au sens propre), je devais rentrer, j'avais fait "le tour" de ma réflexion, le temps passé et l'espace parcourus correspondaient juste exactement à cette pensée, et je n'avais pas trouvé ma réponse... Ma réponse qui était pourtant si simple : Et si je renonçais ? Et si je renonçais à chercher, parce que celui qui cherche, c'est "je", il est pourri d'orgueil, il veut savoir !!  Mais que lui donner en pâture alors que le but est de le faire disparaître ? Il vaudrait bien mieux ne plus le nourrir...

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        C'est alors que je vis un grand arbre mort. Un superbe, immense, un majestueux arbre mort... En admiration, je murmurai : "il est mort..." et aussitôt, je me dis : "Mais non !! Il est toujours là, debout, superbe, magnifique , simplement dépouillé de ses feuilles ... Il a tout lâché, c'est tout !"

          Lâcher, s'abandonner, renoncer à soi-même, disparaître... N'est-ce pas la leçon ?

          J'étais revenue à ma voiture.

          Il me fallait rentrer chez moi rapidement. Mais par quel chemin au fait ?

           Je réfléchis encore... Il y avait beaucoup de chemins possibles certes, mais l'un d'eux était probablement plus court ; et l'un d'eux était celui que je choisirais, et que j'emprunterais. Et donc ce serait mon chemin.

           Je le pris, donc, et je rentrai chez moi.

           Et une fois arrivée à la maison, j'eus cette impression étrange : il me sembla n'être jamais partie


     (1)
    Toi, cercle divin, unique source de vie,

    Journée de l’Existence, anneau de l’Éternité,
    Se consommant soi-même,
    Se concevant soi-même,
    Toi, forme parfaite, enfin par moi trouvée !
    Ivan Wyschnegradsky, "La Journée de l'Existence"

     


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