• Pour une philosophie du manque (fin)

     

    Suite des articles publiés ici et ici.

     

          J'évoquais le "manque ", qui crée une béance dans le coeur et lui permet d'attendre autre chose... Où il se transforme en "absence ", comme dans le magnifique essai de Simone Weil "Attente de Dieu" ("Celui qu'il faut aimer est absent")...

     

    sweil.jpgSimone Weil

        Bien sûr il ne peut y avoir de bénéfice à cela qu'après un travail d'ouverture du coeur excluant la rancune et le désespoir... Et ce "manque" peut aussi être appelé "imperfection " et se rapprocher du concept bouddhiste de "l'impermanence " (ce qui nous ramène à Faust qui voulait retenir l'instant : "Verweile doch ! Du bist so schön !" "Ne t'enfuis pas ! Tu es si beau !")

         C'est pourquoi les instructeurs du Nouvel Âge ou, disons, du nord de l'Amérique à notre époque, après avoir réalisé une sorte d'amalgame entre le christianisme et le bouddhisme, insistent sur la notion de "Pardon".

        Pourquoi le christianisme et le bouddhisme ? Parce qu'ils présentent certainement les voies les plus proches de notre façon de sentir, à nous humains des XXe et XXIe siècle. Je trouvais l'autre jour par hasard sur le net cette réaction d'un musulman à l'égard des chrétiens : il prétend que lorsque Jésus nous annonçait "un autre protecteur" - le Paraclet -, il voulait parler de Mahomet. Cette remarque me stupéfie, car je ne vois aucune relation entre ce qu'a apporté Jésus et ce qu'a apporté Mahomet. Comme je le disais dans un précédent article, je considère chaque religion et chaque voie spirituelle comme excellente dans la mesure où elle fait mouche vis-à-vis des personnes auxquelles elle s'adresse : or l'Islam présente, avec ses cinq piliers, des principes excellents, et j'ai une estime particulière pour certains mystiques soufis qui ont certainement été très loin dans la voie de la réalisation. Cependant pour moi cette religion est plutôt en "recul" par rapport au message de Jésus - du moins tel qu'il nous a été rapporté par Rome - et me semble revenir (au risque de faire hurler certains !) au style du judaïsme... Ce sont  pour moi des religions adaptées à l'ère du Bélier, qui a précédé l'ère des Poissons (marquée par Jésus que l'on n'a pas surnommé "Poisson "1 pour rien) ; des religions adaptées à une vie nomade et "à l'antique", et non à notre société contemporaine... Il est impossible que l'Islam présente une avancée par rapport au Christianisme, puisque Jésus n'apporte plus un enseignement, mais un comportement, une façon d'être, une identité presque. Il ne nous apprend pas à faire (des prières...), mais à être (le Fils de Dieu)...

     

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        Bien sûr, je ne fais plus de la philosophie ici, j'exprime des opinions et j'espère que vous ne m'en voudrez pas. Au contraire, la tribune est ouverte pour vos réponses et réactions.

        Mais je reviens au livre qui est à l'origine de mes réflexions : "Et l'Univers disparaîtra" de Gary Renard.

         Ce livre, à côté de la Parabole du Fils Prodigue dont je vous parlais au départ, évoque l'allégorie de la Caverne qu'écrivit Platon dans sa République. Aujourd'hui il me semble qu'à la place de cette caverne, pour "moderniser" un peu, l'on pourrait évoquer une maison dans laquelle nous serions enfermés (= l'univers) et des rayons qui passeraient de façon inattendue et épisodique par les carreaux d'une fenêtre. Ces rayons sont des intuitions, ou des signaux, et chacun peut en avoir de différents suivant sa constitution, son caractère. Et c'est à force de rencontrer ces lueurs subites que peu à peu nous nous tournons vers la lumière, découvrant que la vraie vie est ailleurs.

     

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    Carte du Tarot Zen d'Osho Rajneesh intitulée "l'ajournement"

     

         Alors je sors de ma philosophie du manque, pour tomber dans une métaphysique de la présence... Mon grand-père, qui était issu d'une famille déchirée par les guerres de religion (protestants contre catholiques) et ne voulait plus entendre parler d'aucune d'entre elles, croyait dans le Dieu de Jean-Sébastien Bach : sa musique l'élevait à une forme de béatitude... d'autant plus grande si l'on comprend les propos du Christ inclus dans les Passions composées par le Kantor.

        Il y a tant de mysticisme dans certaines musiques du passé, que l'on comprend que même nous paraissant aujourd'hui insipide, la religion de nos pères a su elle aussi toucher son but. Et si aujourd'hui nous avons besoin d'autres méthodes, d'autres musiques, d'autres instructeurs, ce n'est pas parce que les anciens étaient mauvais ; c'est seulement parce que tout doit être renouvelé !

     

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    Jésus devant Pilate - Duccio di Buoninsegna - Sienne

         J'ai pourtant l'intention de vous faire entendre un extrait des "Béatitudes " de César Franck, une oeuvre extrêmement émouvante et qui me touche énormément. Une oeuvre "kitsch" certes, et qui a longtemps donné à sourire à cause surtout du livret de Mme Colomb (dont le prénom n'est jamais mentionné, mais qui répondait à celui de Joséphine2) considéré comme "de la mauvaise poésie" : cet oratorio inspiré de l'évangile et composé entre 1869 et 1879 comporte en effet des passages parfois risibles, comme celui où le choeur scande "Poursuivons la richesse avec ardeur ! ", puis "Jouir sans cesse, c'est la sagesse et le bonheur "; et d'ailleurs le musicien n'y semble pas mieux inspiré que la librettiste... Cependant, comme l'argument s'articule à chaque fois en deux parties, avec dans la première l'étalage agité du défaut à combattre (ici le désir de s'enrichir) et dans la seconde la parole apaisante de Jésus ("Heureux les pauvres"), la discorde apparente qui anime chaque début donne plus de relief à la sérénité majestueuse de la conclusion, ce qui au final est bénéfique à l'effet recherché.

        Ces "Béatitudes" sont ramenées à huit, les deux dernières étant fondues en une seule ("Heureux les persécutés pour la justice"). 

        Je vous ai réservé un extrait de la 5e, qui date de 1876, et qui justement a trait au Pardon. Comme par hasard, c'est à partir de ce moment que le ton s'élève, tandis que dans le livret lui-même s'ajoutent des partenaires de plus en plus éminents. Ce sera  d'abord "l'Ange du Pardon" qui, juste après l'énoncé de la Béatitude par le Christ, exhortera le choeur à évoluer positivement ; puis dans les dernières Béatitudes, nous verrons  l'Esprit du Mal, "le Prince de ce monde" (qui à la lueur du livre de Gary Renard ressemblerait finalement beaucoup à l'ego !) se heurter à la magnanimité de Marie, Mère de Jésus, et être finalement anéanti sous la puissance d'amour qui se dégage de cette femme extraordinaire. Aussi ridicule que cela paraisse il s'en dégage une émotion, qui vaut ce qu'elle vaut...

    Beatitudes.jpg

     

       Mais voyons notre 5e béatitude. Je vous en donne le texte ci-dessous, en espérant que vous ne vous contenterez pas de le lire ! En effet, il doit être réinterprété : Dieu n'est pas un juge, c'est nous-même qui nous jugeons. Mais au bout du compte le résultat est le même, puisque lorsque nous parvenons à nous pardonner à nous-même autant qu'à autrui la Paix revient en nous...

     

     Enregistrement de 1990, Orchestre Radio-symphonique de Stuttgard
    et la Gächinger Kantorei de Stuttgart sous la direction d'Helmuth Rilling,
    avec Diana Montague et Ingeborg Danz, mezzo-sopranos (l'une des deux ici):
    voir à cette page. Je ne dis pas que cet enregistrement soit le meilleur,
    mais c'est celui que j'ai sous la main...
     

    L'Ange du Pardon

    Abjurez (bis) la haine
    Et l'inimitié !
    Que votre âme apprenne
    La sainte pitié !

    Et quand le Tout-Puissant
    Viendra,
    juge sévère,
    Punir les crimes de la Terre,
    Humbles mais confiants
    Vous lui direz : "Seigneur,
    Grâce pour le pécheur !
    (bis)
    Par ma vie entière
    Je suis condamné ;
    Mais pourtant j'espère
    Car j'ai pardonné."

    Et Dieu, désarmant sa colère
    Exaucera votre prière.
    (bis)

    Le Choeur

    Heureux à jamais
    Les miséricordieux... (etc.)

     


    1 Les premiers chrétiens représentaient Jésus comme un "poisson" à cause de la signification cachée de ce mot en grec ("ictus", j'omets le "h" que l'on associe généralement au "c" pour simplifier les choses) : en effet chaque lettre est l'initiale d'un autre mot grec, le tout formant la formule "Jésus Christ Fils (de) Dieu Sauveur".

    2 Selon Joël-Marie Fauquet, auteur d'un "César Franck" paru chez Fayard en 1999, elle se nommait Joséphine-Blanche Bouchet et serait l'épouse de Casimir Colomb, enseignant au lycée de Versailles et ami du compositeur. Née en 1833 elle aurait donc composé ce livret à la demande de Franck à l'âge de 35 ans environ. On y sent très vivement la sensibilité féminine, qui ne s'embarrasse pas de subtilités sophistiques  et se cantonne dans l'émotion immédiate et l'imagerie enfantine - ce que décriait vivement Debussy, affirmant que Franck avait gâché toute sa partition en acceptant d'un tel texte.

     

     

  • Commentaires

    1
    Mercredi 20 Avril 2011 à 12:00
    Et j'approuve entièrement ton grand-père d'avoir choisi le Dieu de Bach. Si je devais croire en un dieu, ce serait celui-là. mais le message de Jésus me touche beaucoup. As tu lu l'homme de devint Dieu de Messadié? Fabuleux. Et puis, non, l'islam n'est pas cette religion de paix, de tolérance et d'amour que l'on veut bien nous faire croire, c'est une religion violente, incitant au crime, à la rapine et aux razzias, qui met la femme plus bas que terre ou que bête et certaines sourates sont hélas très parlantes . A elles seules, elles enlèvent toute crédibilité à ce qui pourrait sembler humaniste.. Je t'en cite quelques unes: Sourate 43: Les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu'Allah a préféré certains d'entre vous à certains autres, et du fait que les hommes font dépense, sur leurs biens en faveur de leurs femmes. Celles dont vous craignez l'indocilité, admonestez-les ! reléguez-les dans les lieux où elles couchent ! frappez-les ! Si elles vous obéissent, ne cherchez plus contre elles de voie de contrainte ! Allah est auguste et grand." Contre les chrétiens et les infidèles en général: Ceux qui ont été incrédules en nos aya, Nous leur ferons affronter un Feu et chaque fois que leur peau sera desséchée, nous la leur changerons par une autre afin qu’ils goûtent le Tourment pourl' éternité Un lien édifiant et quelques extraits: Le Coran sourate XVIII La caverne verset 28/29: «(les Infidèles). S’ils appellent au secours, on les secourra avec une eau comme de l’airain qui brûle les visages. » Le Coran sourate 47 verset 4 : « Quand donc vous rencontrerez ceux qui sont infidèles, frappez au col jusqu’à ce que vous les réduisiez à merci ! Puis serrez les liens ! » Les deux livres sont truffés de propos aussi débiles que violents , pensés par un chamelier analphabête et pédophile... ( la pédophilie de Mahomet n'étant plus à prouver)


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