•  

         Certains d'entre vous ont été surpris, hier, de me voir exhiber un sonnet, alors que mes habitudes sont à la poésie "contemporaine". Je dois avouer que, plus jeune, j'en ai écrit beaucoup, ayant été nourrie de classicisme, et que j'essaie parfois de me ressourcer à cette dure école qu'est la versification dite "classique". Le sonnet d'hier appartenait au genre que l'on dit "irrégulier", car les rimes des deux quatrains ne sont pas identiques et de plus il n'est composé ni en alexandrins, ni en décasyllabes - comme ceux de Ronsard et de Du Bellay. 

         Aujourd'hui, je reviens au contemporain, avec ce poème que j'intitule "Mémoire"... 

     

    etang_de_la_foret.jpg(Image tirée du net - site bretagne.com)

     

     

    Mémoire si loin du cri
    Terre grattée des ongles
    de ceux qui cherchent des fossiles 
    Instant noyé dans l'Imparfait 


    Miroir des mots
    À l'étang reflétés
    Vague qui bruis
    Ondulation qui triomphes du temps
    Miroir
    Miroir où mes yeux sondent 
    un abîme incertain


    Mémoire
    Je te défends d'installer tes empires 
    de chaux de sable de poussière
    Tu seras le passé endormi sous les eaux
    Et jaillira le chant
    exhalé du profond
    Et jaillira le cri
    qui fut est et sera

     

     

    1 commentaire
  •  

    Brume.jpg
    Image tirée du net

     

     

    Par les chemins du monde je me suis perdue
    De miroir en miroir j’ai vu trop de reflets
    Reflets dansants
    Reflets chantants
    Ils se sont refermés ainsi que des pétales

     

    O fleur chagrine qui te fanes à l’hiver
    O rides qui courez sur l’onde chavirée
    Mes chemins se sont évanouis
    Et me voici posée
    Le regard dans mes mains
    Par un jour sans soleil

     

    Peut-être viendra-t-elle et me sourira-t-elle
    La nuit tranquille et muette
    Sans que tintinnabulent ses clochettes d’étoiles
    Comme au temps des cabris et de leurs rondes folles

     

    Je cherche mon bâton pour poursuivre à tâtons
    Une route qui danse
    Au brouillard du matin

     

     


    Concerto pour violon de Sibelius
    (Mouvement lent) 

     

     

    1 commentaire
  •  

      Ce poème, composé lorsque je fus propulsée en rase campagne berrichonne, moi la petite citadine coutumière des forêts d'Ile-de-France, m'a été emprunté par Robert Bichet pour figurer dans une de ses œuvres, "Berry, Terre d'Inspiration", où il est déclamé seul en prélude à l'oeuvre musicale : à partir de cette difficulté d'adaptation rencontrée au début, celle-ci peu à peu va évoquer un amour grandissant pour la région et se terminer sur un poème ultérieur du compositeur cette fois, à la gloire de la terre berrichonne et lu par lui-même. 

       Il me semble qu'il convient assez bien à la saison actuelle. Grâce à l'enregistrement qui fut fait lors du concert, vous pourrez m'entendre ci-dessous dire ce texte si vous le souhaitez.

     

    Cygnes_cher.jpgCygnes sur le Cher

     

     

    Nous avons fui vers le terroir humide
    Déjà les troncs sont noirs et le feuillage ambré
    La rivière se gonfle et roule un flot boueux
    Le ciel est tourmenté l’automne est roi
    Mais un automne lourd malade
    Et les oiseaux sont loin

     

    Ah ! que ne vous avons-nous suivies
    Hirondelles et cigognes
    Vers les terres rouges et âcres des déserts !

    Nous allons vers la nuit et la maison se ferme
    Frileusement sur sa chaleur
    Dans l’attente de son Noël
    L’absence de Noël

     

    Car où l’enfant naissait la nuit était bien douce
    Chaude de tous ses habitants
    Tranquille et toute plombée d’étoiles
    Vibrante d’anges et d’animaux

     

    Oh ! partons au désert où sont les hirondelles
    Et suivons la cigogne jusqu’à l’ibis sacré
    En Égypte devant les immenses piliers
    Des temples millénaires
    Au parvis des tombeaux creusés dans la montagne
    Jusqu’au cœur de la terre
    Où sont les dieux dormant
    Et le palpitement d’un soleil oublié

     

    Temple-d-Hashepsout.jpgTemple d'Hashepsout - Égypte 

     

     (Déjà publié sur ce blog en 2005)

     

    1 commentaire
  •  

     

     

     

     

    Tes regards ont sondé ma nuit
    Les paillettes sont tombées
    L'espace d'un souffle
    D'une grande déchirure blanche
    J'ai vu flamber tes cheveux
    Et puis
    L'espace s'est déployé
    Et c'est le règne du silence
    Où se dessinent
    Des myriades d'avenirs-oiseaux
     
    Ta voix a touché mon cœur
    L'écorce a fondu
    Et d'une soudaine floraison
    L'amour en a jailli
    Dans un grand arc de feu
    Alors
    La vie s'est animée
    Et j'ai vu naître des étoiles
    Et des sourires
    Et des fusées de souvenirs
     
    Aujourd'hui que je n'ai plus rien
    Que je ne suis plus rien
    Qu'un soupir avec quelques larmes
    Regarde un peu mon âme
    Pâlie et qui hésite
    À te regarder vivre
    Regarde
    Le jour a reparu
    Où nous voyons ensemble un arbre
    Où nous voyons la mer
    Et le joyau de l'existence
     
     

     

    1 commentaire

  • lampions.jpg

     

     

    Ils avaient dîné très tard.

    Des lustres, les chandelles s’affaissaient en pleurant...

    Les lampions rougeoyants souriaient un peu ivres,

    Noyés dans le brouillard tiède.

     

    Sur eux le Songe se fermait

    Comme un grand coquillage…

     

    Aveugles, ils s’endormirent,

    Vaincus par l’éternel sourire des soleils

    Qui glissent à rebours des cercles enchantés,

    Étourdis par les pleurs intermittents des astres

    Cloués à leur abîme.

     

     

    Et lorsqu’ils s’éveillèrent,

    Ils étaient seuls !

     

    Seuls…

    Ils se regardaient

    À travers l’ombre hostile,

    Balbutiant des mots

    Qui n’avaient plus de sens…

     

    Étrangers,

    Éperdus,

    Ils se cherchaient,

    Mais ne se trouvaient plus !

      

     

     Extrait du "Rossignol d'Argent"
    Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1974

     

    1 commentaire