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        Je m'aperçois aujourd'hui que sur cinq poèmes écrits lors d'un voyage en Grèce, je n'en ai publié que quatre. Voici donc le cinquième pour corriger cette erreur. Il a été composé sur le site de Delphes, alors que m'aventurant dans la faille des Phaedriades, ces deux montagnes jumelles posées derrière la Fontaine de Castalie (où les pèlerins venaient faire leurs ablutions avant d'entrer dans le sanctuaire), je découvris une roche d'une rose charnel présentant à son sommet les frisotis d'une végétation estivale, ouverte vers le dôme du Parnasse... Me sachant au centre du monde, cela m'emporta dans un rêve cosmique.

     

    La-Fontaine-de-Castalie-copie-1.jpgLa Fontaine de Castalie, carte postale acquise sur place.

     

    La faille béante

    Ouvre au grand jour

    Sa fissure ébouriffée…

    Au fond de quel abîme suis-je tombée ?

     

    En contrebas l’eau coule,

    Fraîche et lustrale,

    Entre les saints arbustes ;

    Ici le roc abrupt m’encercle.

     

    J’ai tant grimpé,

    Les pieds nus,

    Sur les roches lisses rosées,

    Qu’un vertige me saisit :

     

    C’est la monumentale entrée

    Du giron de la Terre,

    Par où le Feu Divin

    S’engouffre pour nous susciter.

     

    Ici la Sybille a mugi,

    La Pythie a frémi,

    La Terre a grondé

    Jusqu’en ses profondeurs…

     

    Comme je suis petite

    Contre les parois incarnat

    De ce goulet tendu

    Vers le majestueux Parnasse !

     

     La faille des PhaedriadesPhoto personnelle 

     

     

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  • neige-a-Conde-en-1998.jpg

     

    Le gel nous a saisis, figés
    Et sous la brume bleue qui tenait lieu de ciel,
    La neige immaculée, crissante,
    Nous a montré ses envolées sableuses
    Au fouet des vents glacés.

    Nous avons vu la Terre rayonner,
    Comme transparente en son halo doré,
    Et l’horizon se fondre en nuée cotonneuse
    - En « Dame Blanche »…
    Notre auto devenue traîneau,
    Nous avons navigué vers son mystère embué,
    De vision en vision…

    Le soleil a surgi comme un astre écarlate
    Des profondeurs blafardes,
    Et la lune en son disque plein
    Apparut un matin entre les brumes grises
    Comme un autre soleil !

    Nous avons même vu la féerie du givre,
    A la lampe avant l’aube,
    Denteler tous les arbres
    Ainsi que des lueurs précieuses
    Phosphorescentes dans la nuit…

    Et puis, tout a fondu.
    Effusion noircissante, effusion liquéfiante,
    Effusion réductrice… !
    La neige constellée
    Est devenue l’eau plate.
    La transfiguration
    Est redevenue vie.

    Oh ! Dire que nous avons préféré
    La commodité d’une eau courante
    A cet éblouissement de lumière
    Tombée du ciel pour transformer la terre !
    - Oh ! Mère, pour nous réconforter,
    Tu as donc renoncé
    A ta radieuse virginité !
     
    20 janvier 1985
     

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  • Ce poème est le résultat de ma plongée dans l'astrophysique ...

      

    les premieres lumieres de l univers

     

     

    Je craque une allumette
    L’univers se déplie
    Comme un ressort lâché
    Des bulles de lumière
    Dérivent dans la nuit

     
    Je souffle sur les bulles
    Et les voici qui fuient
    Brillantes transparentes
    Irisées et tremblantes
    Dans le vide béant

     
    Explosion de la vie
    Tu es partout la même
    Au cœur de la matrice
    Dans la graine sous terre
    Aux confins du big bang

     
    Depuis l’infime point
    De la flamme première
    Jusqu’à la force ultime
    De la pensée humaine
    Ce monde est Volonté

     

     

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    L’automne est ma saison mystique
    Le mois bleu c’est le mois de la Vierge
    Azur diaphane couleurs de vitrail
    Lumière brisée en cristaux
    Acreté laiteuse du couchant


     Le mois blanc c’est le mois de la Balance
    Qui s’épanouit en pur oxygène des cimes
    Et m’auréole le front quand je respire
    Comme issu des pierres d’une crypte
    Tout irisé de splendeurs saintes


    Le mois d’or c’est le mois du Scorpion
    Plus riche que tous les riches
    La nature s’y charge de parures sublimes
    Qui ne sont que sa fin annoncée par détour
    Cet or qui sera boue
    C’est sa couronne son apogée
    Sa glorification du Beau
    Mêlée au blanc de l’air
    Au bleu du ciel


    Et je suis traversée de ces froides couleurs
    Qui sont prière ardente
    Et me laissent figée
    En extase

     
     
     
     

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    Pentecôte

     

     

    Le bois est plein d’oiseaux chanteurs,
    Les bosquets sont nappés d’argent,
    La nuit s’éclaire de la couleur des lampes ;
    Le vent remue les branches comme on presse un aimé :
    Il passe, effleure les cheveux des arbres
    Qui se dressent, puis retombent,
    Et il les prend encore,
    Comme pour les pétrir
    De son Amour impérieux et doux.

    Je le respire avec délices :
    Il est tendre et sucré, et parfumé et pénétrant,
    Et meilleur à mon cœur
    Que l’ambroisie la plus divine ;
    Il m’emplit
    De son Souffle ineffable.

    Je respire l’oiseau et je respire l’arbre,
    Je respire la terre et ses cheveux d’argent,
    Je respire le monde qui dort, et la nuit
    Qui descend, et bien plus,
    Et bien plus que cela…

    Je respire les roses, et les fleurs alanguies,
    Et les cœurs des humains qui sont comme des fleurs,
    Et leurs âmes qui sont ainsi que des pétales,
    À s’exhaler la nuit en senteurs enivrées,
    Et à s’ouvrir si lentement tout une vie,
    Mais bien plus que cela.

    Je respire la Vie ainsi qu’une senteur
    Douce et puissante issue de l’Univers,
    Je respire l’Amour qui revêt toute chose
    Du manteau blanc des noces,
    Je respire la Force et la Joie d’être là,
    La Volonté de Vivre, et vivre uniquement
    Toute l’éternité !

    Ô Souffle frémissant,
    Léger danseur,
    Amoureux tournoyant et compagnon du ciel,
    C’est l’été !
    L’été premier du monde peut-être ?
    Or la nuit est sans tache,
    Et bientôt elle scintillera de tout son éclat !

    … Mes yeux se sont ouverts ainsi que des fenêtres
    Et mon front s’est paré d’un astre fixe et pur ;
    La nuit tout embaumée immense me pénètre,
    Et mon œil transparent devient l’unique Azur

    Où se logent enfin les animaux couplés,
    Nouvelle Arche divine offerte pour survivre !
    Ô mon unique Amour… Soleil renouvelé,
    J’attends que Ton Vouloir lumineux me délivre...


     
     

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