•  



    Les étapes de ma course sont jalonnées d’éclairs
    C’est que je les brûle
    Et je suis avaleur de feu
    Car je les dévore

    Mes cheveux forment un disque scintillant
    Qui tourne inlassablement autour de mon front
    Et je les prends à pleines mains
    Pour les offrir à l’arrivée
    A Celle qui m’attend

    Mais là-bas est un gouffre
    Et nul ne le sait
    Et moi je bondirai
    Par l’espace enflammé
    Pour le franchir et repartir plus loin
    Vers de nouveaux espaces

    Vers le grand vers le clair vers l’immense
    Tandis que derrière moi grondera la fournaise
    En décomposition

     
     

    1 commentaire
  •  
        En ces temps de violence, un petit clin d'oeil vers celles qui en ont été victimes. Mais ce poème est plutôt inspiré du romantisme allemand et du mythe démoniaque de la "Chasse Sauvage" (aussi évoqué par Hugo dans les Djinns).
     

    Orage

     

     

    Lumière ! Lumière !
    Sabbat des sorcières !
    Cavalcadez, chevaux de la lumière !
    Légions d’anges au glaive entre les dents !

    C’est la nuit des mystères
    Qui éclate en menues explosions ;
    Partout à la fois les étoiles se brisent
    Comme des verres de champagne,
    Et laissent mousser leur liquide pétillant,
    Sperme, sperme de la nuit.

    Chaque nébuleuse est un ange qui chante
    Et tous les chants de tous les anges
    Font une clameur étrange et jamais ouïe encore…

    Oh ! fermez bien la porte !
    Car quiconque sortira en cette nuit maléfique
    Devra en mourir aussitôt.

    Les arbres secoués de frissons
    Sécrètent d’effrayants cavaliers,
    Une giclée de cris s’élève
    En gerbe qui troue le firmament ;
    Sabbat ! Sabbat ! Dieu des armées !
    Entends-tu l’appel de ton peuple ?

    Gorgés de haine et de famine,
    Les voici ces ogres guerriers,
    Immaculés comme la Voie Lactée,
    Cherchant de pâles épousées
    Parmi la racaille mortelle.

    La mort plane, entends-tu ?
    Son hurlement remplit la nuit.
    C’est un cavalier de tempête,
    Gigantesque et maudit,
    Aux yeux exorbités,
    Au corps secoué de sanglots,
    Au cheval fou,
    Et il t’appelle !

    … Ange, mon ange
    Ne pleure pas…
    Elle est sortie, son pas résonne au clair de lune ;
    Un cri traverse la voûte céleste,
    La lune pleure du sang…
    O ma vierge, je t’ai tuée !!

    Brutalement le jour se fait.
    Au fond du jardin
    Le grand chêne s’est abattu.
     
     
     

    1 commentaire
  •  icare.jpg
    Chute d'Icare
     (image aménagée d'après un tableau de Jacob Peter Gowi, 17e siècle
    visible au Musée du Prado à Madrid, voir ici l'original)

     

     

    Je suis monté trop haut
    J’ai déployé mes ailes
    J’ai fixé le soleil
    Je cherchais la lumière
    J’y voyais mon salut
    Je cherchais l’évasion
    Je croyais en l’espace
    Je pensais respirer
    Dans la haute atmosphère
    Plus largement qu’ici

    Je m’y suis consumé
    Mes ailes ont fondu
    Mon cœur s’est embrasé
    Il n’en reste plus rien
    J’ai brûlé au soleil
    Comme un pauvre fétu
    Et maintenant je gis
    Au profond de la nuit
    Rampant et démuni
    Aveugle et solitaire

    Prenez garde au destin
    Qui vous hisse au plus haut
    Pour bientôt vous lâcher
    Plus bas qu’auparavant
    C’est chevaucher le tigre
    C’est naviguer en mer
    Car plus la vague monte
    Et plus le creux s’enfonce
    Et lorsque vous gagnez
    Vous êtes dévoré

     

     

    Icare
    Lamentations pour Icare par Draper
    (Tate Britain de Londres)

     
     

    1 commentaire
  •     

    barques_bretagne.jpgBarques en Bretagne (photo du net)

     Je partirai sans voir que les barques chavirent
    Le Jour accomplira son rite ensorceleur
    Et j'ensanglanterai l'espace épouvanté
    Pour avoir dessiné cet écran diabolique


    Rentrons à la maison il est tard, le soir tombe
    Et la fraîcheur saisit les arbres et les champs
    Que le voile retombe à nos fronts fatigués
    Et que dans cet oubli infini nous vivions


    Que nous vivions enfin notre Vie de toujours

      

    Extrait de Le Passage, publié dans Renaître
    © Editions Stellamaris, 2e trimestre 2011.

     

     

    1 commentaire

  • Cézanne-Maison dans les arbres

    Paul Cézanne : Maison et arbres (1890-1894)



    Déchirée

    L'image est déchirée

    Tu vois la maison toute bleue
    Aux pâles contours d'arc-en-ciel
    Tu te le dis trop tard
    J'aurais dû mieux tenir
    Mieux regarder les plis du feuillet dévasté

    Un instant ce fut beau
    Ce fut trop beau

    Il y avait l'espace avec la vie dedans
    La vie les fleurs et l'eau
    Les bêtes et les oiseaux
    Les feuillages rieurs et la maison chantante
    Et il y eut la pluie et il y eut la nuit
    Il y eut le soleil et il y eut le jour

    Mais ce fut comme un feu
    Jailli d'on ne sait où
    Un feu de vie
    De mort
    Un feu qui danse
    Dont l'origine et dont la fin
    Sont une seule et même chose
    Déchirer

    Déchirer cette page
    Déchirer ce visage
    Déchirer cette image
    Trop sage

    Déchirer la maison l'enfant et le bouquet
    Déchirer le soleil et déchirer le cœur
    Déchirer et brûler
    Piller le cœur

    Piller
    Comme tombe un cri

     
    juin 2000

     
     

    1 commentaire