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        Dans mon jardin un arbre est tombé.
        Pour moi c'est comme si j'avais perdu un être cher.
        Et cela m'a rappelé ce poème, écrit autrefois lorsque j'essayais de comprendre l'origine de mon sentiment d'insécurité.
        À quoi bon chercher à comprendre ?... Je n'ai plus en tête que la chanson de Brassens :
     
    "Auprès de mon arbre je vivais heureux ;
    J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre".
     
     
        Mais là c'est pire : il n'y en a plus !!!
     

    Image tirée du site Ephphata
     

     


    Donne-moi ta petite main blanche
    Où s'enchevêtrent des tiges fleuries de volubilis
    Souris de ta petite bouche fine
    Qu'égayent des corolles de liserons blancs
    Penche ta chevelure précieuse
    Entremêlée de glycine follette

     

    Tu n'es qu'une fleur
    O petite bien-aimée
    Vers laquelle je me penche pour te respirer
    De ta robe violette
    S'exhale le parfum des gentianes
    Et de ton buste blanc
    Je ne vois que la forme en lys

     

    Si je souffle vers toi
    Pencheras-tu rêveusement sur le côté
    Comme au souffle du vent
    La fleur de mon jardin
    Et si j'attends le soir
    Fermeras-tu ta corolle aux rosées de la nuit
    Et quand viendra le temps
    Tomberas-tu flétrie en poussière à mes pieds


    O grâce sois encore
    Devant moi gigantesque
    Comme le mur de mon jardin
    Le paradis c’est tout petit
    Sinon où suis-je qui suis-je que devenir
    Il n’y a plus de paradis



        Voilà ce qui arrive, quand on oublie ses amis...
     
     
     

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        Pour faire suite à l'article "Mélancolie d'école", voici un poème issu de ma propre cancrerie... Ecrit en 1977. Si le "Cancre" de Prévert était un cancre joyeux (parce que encore jeune et non condamné par la société comme c'est le cas aujourd'hui), ce poème traduit le malaise bien réel né d'une situation d'échec, tel que le dénonce Pennac.

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    Je fais des entrechats
    (Pas très gracieux)
    Le ciel me tombe sur la tête

    Que voulez-vous
    J’étais trop bête

    *

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    Je m’applique à marcher
    (Très gauchement)
    Le ciel me fait un croc-en-jambe

    Que voulez-vous
    C’était tentant

     

    *

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    J’essaie de m’immiscer
    (Timidement)
    Le ciel me chasse avec mépris

    Que voulez-vous
    Question de place

    *

    Tourne la ronde
    Passe le temps
    Je m’assieds sous un arbre
    (Dissimulée)
    Et regarde danser les autres

    Que voulez-vous
    C’est plus facile

     

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    Le Jeu quotidien


     


    Journées
    Multiples facettes de ma vie
    kaléidoscopique
    Palettes métalliques où le soleil se joue
    par éclairs successifs
    Journées comme des oies de cirque
    marchant de leur pas consulaire
    à l’abattoir
    Têtes royales tranchées
    l’une après l’autre

    Journées
    Mes tranches de fromage
    Où je me taille ici ou là un petit trou
    pour oublier un peu
    l’horreur du jeu
    Journées pâles comme des jeunes filles
    Flexibles comme des roseaux verts
    exagérément étirées
    Journées compactes comme de grands rochers
    marquant ma route par jalons
    de leur grondement de tonnerre

    Journées étalées sur ma chaussée de ciment
    Sur vous je joue à la marelle
    à cloche-pied à contre-cœur
    D’un mouvement toujours avant
    toujours précaire
    Sans espoir de retour
    Sans espoir de repos

    Terre où t’ai-je laissée
    Mais où est donc le Ciel


    Le Jeu quotidien

     

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        Ce poème, tiré du recueil "Le Passage" (édité dans "Renaître"),  est composé à la façon des Chœurs du théâtre antique, sur une forme en trois parties : la strophe, l'antistrophe, et l'épode - les deux premières se répondant, la troisième concluant.
        Les "Choeurs", dans le théâtre grec, intervenaient pour ponctuer l'action tragique d'épisodes méditatifs, sous forme de poèmes assez longs (plus longs que celui-ci, les séquences se répétant plusieurs fois) ; ils étaient chantés et dansés sous forme d'évolutions lentes sur la scène, et commentaient la situation ou les sentiments des personnages.
        Lorsque j'ai écrit ce texte, j'étais plongée dans l'étude de la prosodie et de la musique des passages chantés du théâtre d'Euripide, et forcément, il en est resté quelque chose... Mais son contenu, par contre, n'a pas de rapport direct avec cette lecture. Il rappelle plutôt le Petrouchka de Stravinski, dont je vous livre un extrait ci-dessous.
     
     



    Le jour de ton départ
    J'aurai presque oublié
    Avec quelques étoiles
    Avec quelques sanglots
    Le soleil déchiré sera le rideau rouge
    De mon théâtre ouvert

    Je serai le Pierrot
    Désarticulé sur la scène
    Et par les bois lointains dont tu hantes les ombres
    Passera comme la mort
    Un grand oiseau d'automne

    O chante avec la nuit
    Toi dont le souffle est semblable au reflux
    Des immenses marées

    *

    Lorsque tu t'en iras
    Avec tes traînées d'astres
    Le cœur s'arrêtera de battre au firmament
    Les ondes répandues sècheront au soleil
    Les bois se figeront à la glace d'hiver

    Et je serai ce cri
    Inarticulé sur la scène
    Et par les soirs lointains où tu m'étais promise
    Le désert sans limite
    S'étendra comme un voile

    O chante pour ma nef
    Toi dont le souffle est le seul qui m'anime
    Au théâtre bouffon
    De la mer insensible

    *

    La plus brillante étoile
    Aussitôt née s'éteint
    Le bateau fait naufrage
    Le pantin agonise
    Le théâtre s'écroule

    Et il ne reste plus qu'une fumée bleuâtre
    Toi qui t'enfuis bien loin
    Vers le ciel des vivants

    Et moi je suis Pierrot
    Qui ne respire plus
    Sur la scène inventée
     


    Petrouchka, ballet d'Igor Stravinski
    extrait du second tableau
     
     

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    Psyché surprend l'Amour endormi-JF Lagrenée

     

     

    Où sont les roses mortes
    Qui s’endormaient hier
    On les a par la porte
    Envoyées à la mer

    Où est le cheval gris
    Qui sautait la barrière
    Il a fui dans la nuit
    Vers une autre lumière

    Où est la neige d’or
    Qui scintillait aux brises
    Elle a trouvé la mort
    Parmi les aubes grises

    Je cours ainsi qu’une étincelle
    Vers un point qui m’est inconnu
    Et ma trop blanche tourterelle
    Agonise sous le ciel nu

    Psyché passe avec sa bougie
    Mais il fait nuit et elle a froid
    Elle frissonne et la magie
    La précipite avec sa croix

    Qu’elle est lourde à porter la peine
    Je crie vers mon Libérateur
    Mais son âme est encore pleine
    De mépris pour mon pauvre cœur

    Je pleure des fleuves de flamme
    Je donne des ruisseaux de sang
    Ainsi se dépouille mon âme
    En tremblant et en gémissant

    Quand viendra donc la fin de ces tourments
    Quand reverrai-je enfin mon ciel de fête
    Quand viendra-t-Il si puissant si charmant
    De son laurier recouronner ma tête

    Je perds espoir au fond de mon abîme
    Et mes appels me semblent par trop vains
    Mes yeux levés fouillent parmi les cimes
    Pour retrouver Celui dont ils ont faim

    Tombe le ciel tombe la nuit
    Tombent les cimes les montagnes
    Tombe l’obstacle que je fuis
    Et tous les arbres des campagnes

    Meure mon rêve inoubliable
    Meure ma mort de chaque jour
    Meure ma peine inépuisable
    Meurent mon cœur et mon amour

    J’erre sans force et sans courage
    Comme un vieux chien abandonné
    Tout est gris sombre sous l’orage
    Je n’ai plus rien j’ai tout donné
     
    Poème de jeunesse
     
     

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