• Pensées de voyage

     
      Je suis en voyage alors qu'il n'y a pas de chemin. Et je me déplace alors que je ne bouge pas. C'est exactement ce que l'on ressent quand on est dans un train. Excellent support de méditation...

     

    Par les vitres, tout disparaît progressivement dans la brume. 
    Rien n'a d'existence réelle puisque tout disparaît.
    Je ne me déplace pas, mon mouvement n'est qu'intérieur.


           Rien ne me concerne, rien ne me parle, puisque je ne suis peut-être qu'une marionnette imaginaire. Et que le marionnettiste perdu ne me fait plus fonctionner.

     Autour de moi l'ordre des wagons a été totalement interverti.
     Les gens qui sont montés devant doivent aller derrière.
    Les gens qui sont montés derrière doivent aller devant.


         Chacun doit rebrousser chemin et tous se croisent au point "zéro", celui où s'annulent les notions de devant et de derrière, d'avant et d'après. Ils cherchent leur place et je me demande s'il y a assez de places en ce monde pour tant d'attentes. Alors que le point zéro est vide et ouvert à tous. 

     

    Notre-Dame de Paris

     

          À l'arrivée la cathédrale est ouverte et dans la foule silencieuse je me glisse jusqu'au point où je pourrai me recueillir. Me fléchir et m'absorber. Un flot continu y coule comme un sang, la vie profonde et puissante d'une mère qui porte et qui protège. Un mot. Un seul mot suffirait.

    *

           Et puis voilà. Je me souviens. Parsifal, le chevalier  innocent de l'opéra qui a marqué ma jeunesse, est au bout de sa très longue errance. Il ne le sait pas. Mais il vient de pénétrer dans le sanctuaire sacré du Montsalvat *. Un guide l'accueille et l'invite à ôter ses armes. Mais il ne garde que la lance sacrée, celle qu'il rapporte de sa longue quête, celle dont il ne s'est jamais servi pour se défendre mais qui transforme l'être même qu'elle touche, le rendant instantanément à sa propre nature.

     

    Parsifal de retour au Montsalvat

     

         À son grand étonnement, il découvre que la campagne rit. Elle n'a jamais ri de cette façon ! Pourquoi rit-elle alors que pleure en lui l'attente du pardon, cette immense douleur dans laquelle il s'est si longtemps enseveli jusqu'à devenir une marionnette insensible, soumise aux injonctions d'une créature démoniaque ?

           Pourquoi la campagne rit-elle de cette joie innocente et pure ? 
         Parce qu'aujourd'hui est le jour du Pardon. Aujourd'hui est le jour de la fin de la quête. Aujourd'hui doit être oubliée cette errance sans fin, cette errance sans nom, cette errance qui n'a jamais commencé puisqu'elle n'existe plus. Cette errance oubliée parce que pardonnée.

          Reçois le baptême de cette eau que pleurent tes yeux, dit-il ; et crois au Salut.

           Et c'est alors que retentissent les cloches.

     

    Cloches de Notre-Dame


           Les cloches du Montsalvat.      

     Ces cloches l'appellent à entrer dans le Temple dont il est le prêtre.
    Ce Temple qui est le Cœur même de son Cœur.
    Et là, il sait qu'à lui seul reviendra la charge d'ouvrir la châsse.
    Là châsse d'où surgiront les ruisseaux de Lumière infinie. 

           Mais dans l'opéra de Wagner, l'opéra somptueux se referme comme un beau livre.

          Normal ; sinon la "scène finale" n'aurait pas de fin... Ni de personnages... Ni de musiciens... Ni de théâtre…


     * Je préfère ce titre à celui de "château du Graal"

     

     


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