• Pascal Pauvrehomme, conteur et poète berrichon


       Pour faire suite aux "Souvenirs du Berry" de Dominique Thomas, je voudrais rappeler ici Pascal  Pauvrehomme, ce grand poète et conteur patoisant né en 1955 auquel j'ai déjà consacré un article ici.
     

     

    Pascal-Pauvrehomme-en-dedicace_PhotoNR.jpgPascal Pauvrehomme photographié par la presse en juin 2012,
    lors d'une dédicace de son dernier ouvrage.

     

       Après la magnifique "Périére à la Marie" dont le vous ai donné le texte intégral dans l'article cité, voici un autre texte de lui, tout aussi admirable par la qualité des vers qu'il sait confectionner en patois (vous trouverez après le texte un glossaire des termes et modifications de prononciation utilisés). J'ajoute qu'après la profondeur spirituelle du poème publié en avril 2008, celui-ci, qui rend hommage à l'esprit tranquille du paysan, se termine par un clin d'oeil humoristique.

     

    Ça s’est bin toujou’s fait

     

    Quanque ça vint la montée du temps,
    Sitôt qu’ l’hiver, al’ est pâssée,
    Y a mes vouésins, tu les entends,
    Qui s’ mettont à japper su’ moué :
    - Avouène ton chevau, mon vieux basiot,
    Si tu veux fini’ tes embleuves.
    T’attends l’ dégel ou t’attends l’iau ?
    Nous, ça y est, la marsèche a’ leuve.
    Moué, j’y réponds : - Bin qu’a’ leuve don’,
    Al’ est coumme vous, al’ a l’veson.
    Avant Saint-Mar’, ça y f’ra bon.
    Faites-vous-en-pas, j’ vas bin tout s’mer.
    Les embleuves ;
    Ça s’est bin toujou’s fait.

     Quanque aux bouchures défleurit l’mai,
    Les v’là déjà après tout f’ner.
    Ça l’arsemb’e une épidémie,
    Coumme la maladie d’ la faucherie.
    I’ râpont tout : pacages et prés.
    Sitôt coupé, sitôt serré.
    Ça l’a tout juss’e l’ temps d’ sécher.
    I’ vou’rint bin m’ fai’ fougaler :
    - Coupe don’ tes foins, i’ vont grainer.
    Moué j’y réponds, sans m’ameiller :
    - Faites-vous-en-pas, j’ vas bin tout f’ner,
    Mes bêtes auront bin d’ l’apidance,
    A’ z’ont jamais pâti d’ la panse.
    A’ pren’ra bin l’ temps d’ vous faucher,
    Celle-là du champ des allongés.
    Les foins ;
    Ça s’est bin toujou’s fait.

     

    Quanque su’ les blés, la paille jaunit,
    Dans les jambes i’ z’ont des froumis.
    Tant pire si l’grain, il est pas mûr,
    Faut tout couper, l’ temps yeu’ dure,
    Sans décesser, à pleines bordées.
    Ça prend pas guère l’ temps d’ graisser.
    Les jours, les v’là p’us assez longs,
    Minme dans la nuit, i’ bourdonnont.
    - Mais v’êtes don’ fous, allez-y mou.
    Moué, j’ dis qu’ ça r’ssemble à rin du tout.
    Si j’tins encore à la fin d’août
    Mais j’embauchons à peine juillet.
    Qui faire que vous vous ameillez ?
    La mosson ;
    Ça s’est bin toujou’s fait.

     

    Quanque l’ raisin c’mmence à sanger,
    Allez, ça y est, faut vendanger.
    I’ s’eccupont pas des varjus,
    On y mettra du suc’ en p’us.
    C’est coumme une bande de sansounnets.
    Les vignes, a’ s’ vouéyont pas condui’.
    Et puis les v’là à m’allucher :
    - Tu veux don’ les laisser pourri’.
    Sôrs tes poinçons, prépare tes siaux ;
    Manquab’e que tu bouèras qu’ de l’iau.
    C’est-ti qu’tu les laisses aux moniaux
    Vou qu’ tu crain’rais l’ mal de dos ?
    - Eccupez-vous pas d’ mes douleurs.
    Moué, j’y laisse prend’e de la couleur,
    Que j’y réponds. Cueillez-les don’
    Si v’aimez fai’ d’ la ch’tite bosson.
    C’est pas du bouère à ma manié’.
    Les vendanges ;
    Ça s’est bin toujou’s fait.

     

    L’aut’e souèr, j’avins fini d’ souper,
    J’ dis à Fonsine : - Vins don’ t’ coucher.
    J’étais bin juss’e su’ l’pouèl des reins,
    Que v’là-ti pas que j’ sens sa main
    Qu’a’ m’ fourgounnait sur l’ devant.
    A’ v’nait d’me faire coumme un coup d’ sang.
    J’y dis bin vite : - Veux-tu fini’,
    J’sons p’us d’une âge aux agaceries ;
    On va laisser tout l’ monde au lit.
    Mais si tu croués qu’ ça l’a r’butée,
    Al’ est r’venue à m’allucher :
    - Arrive don’ là, mon grous moniau,
    Arrive don’ vite, j’ veux t’ fai’ la piau !
    Mais tu gonfelles pas l’édredon,
    J’ te sens bin pâle dans ton caleçon,
    T’aurais-ti pas des foués l’ pleyon ?
    Moué, j’y réponds : - bouge pas mignon,
    Laisse don’ fai’ un peu la nature.
    Minme l’ pain mou, i’ finit dur.
    Ça va bin v’ni’, sans m’agacer.
    La bricole ;
    Ça s’est bin toujou’s fait.

     

    Pascal PAUVREHOMME
    « Detfunt l’Ugène », monologues patoisants
    publié par La Bouinotte (Châteauroux, 2005)

     

    Glossaire, sonorités :
    A’, al’ : elle.
    Allucher : séduire, allécher.
    Ameiller (s’) : se faire du tracas, du souci.
    Apidance : nourriture.
    Basiot : idiot, imbécile.
    Bouchure : haie vive servant de clôture.
    Ça l’arsemb’e : cela ressemble.
    Ch’tit : mauvais ou petit.
    Eccuper : occuper.
    Embleuves (ou emblaves) : semailles.
    F’ner : faire les foins.
    Fougaler : précipiter le mouvement, énerver.
    Fourgounner : remuer en faisant du bruit.
    I’ : il.
    « In » : remplace le son « ien ».
    « Ins » : remplace le son « ais ».
    Juss’e : juste.
    Leuve : lève.
    Manquab’e : sans doute.
    Marsèche (la) : orge.
    Minme : même.
    Moniaux : les petits oiseaux en général.
    « Ouè » : « oi ».
    Pleyon : manque de vigueur, en parlant du sexe masculin.
    Toujou’s : toujours.
    Veson (le) : nervosité.
    Voù : où.
    Yeu : leur (s).

     

       Et pour terminer en beauté, voici la présentation d'un DVD qu'il a produit avec Lancosme multimedia. On y trouve des extraits de ses prestations.
     

     
     
     

  • Commentaires

    1
    Vendredi 5 Octobre 2012 à 12:00
    Quel conteur ! La vidéo a fait briller, par instants, des larmes d'émotion dans mes yeux .....C'est beau, c'est tendre, c'est vrai !!! Merci, martine, pour cet incroyable instant ......BISOUS : sabine.


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