• Noël au Sahara : une petite sauterie où l'on prend une bûche


         Pour mémoire : nous quittons Tinjillet, dans la sebkha près de Timimoun, en ce matin du 25 décembre 1984. 

     

    Près de Timimoun, la Sebkha

     
          « J’aurais dû m’en souvenir, me dis-je, tandis que les cahots me projettent en tous sens dans le coffre de la Toyota break où je me suis engouffrée en urgence : le soleil ici ne se lève que vers huit heures en cette saison ». Aux côtés du jeune Sébastien, j’essaie de tenir assise sur la roue de secours… Pourquoi sommes-nous dans ce vieux coucou ? Sans doute parce que Mahmoud, appelé à la rescousse par Farid pour nous transporter, ne souhaite pas surcharger sa Mazda mieux suspendue et a préféré emplir son coffre de nos bagages. Bien sûr chacun s’est rué et entassé sur les banquettes avant et arrière des deux voitures, mais rien à faire, il reste deux personnes de trop, et ce sont Sébastien et moi, qui nous coltinons ce coffre aux tôles disjointes et dont la double porte est partiellement remplacée par une planche.
     

    (La Mazda)

        Rebondissant de droite et de gauche comme des balles de tennis, nous ne réussissons pas même à nous agripper au plafond, tout étant plus ou moins cassé ou coupant… Sur le moment, nous en rions, de même que de voir l’angoisse de nos camarades du devant qui, serrés comme des sardines, touchent le plafond de leurs têtes à chaque cahot, et ne peuvent non plus s’agripper aux portières dont la fermeture est problématique.
        J’essaie d’apercevoir le soleil qui reste longtemps caché derrière la falaise, mais il n’en dépasse le sommet que vers 9h, déjà bien clair ; et de mon gîte inconfortable je ne discerne pas grand-chose. Où allons-nous ? C’est le mystère… Je n’avais pas besoin de faire bande à part ! Sébastien a réussi à se caler contre un coussin, mais pour moi la situation empire d’instant en instant. Qu’arrive-t-il à Farid ? Il est de plus en plus déchaîné et semble prendre un malin plaisir à foncer sur les pierres, à une vitesse telle que bientôt nous perdons Mahmoud de vue (heureux ses passagers !). Bientôt cet assaut de secousses, qui provoquait d’abord des rires nerveux, nous coupe de le souffle, et hoquetant, des larmes commencent à jaillir de nos yeux…
        Le père de Sébastien veille. Apercevant les pleurs muets de son fils il intervient fermement auprès de Farid pour qu’il s’arrête. Chacun se scandalise de la situation ; mais nous n’obtiendrons pas la grâce de Farid : c’est à peine s’il acceptera de laisser le père échanger sa place avec son fils, avant de repartir de plus belle.
        Nous voici de nouveau malaxés comme des pommes de terre au fond d’une carriole tirée par un cheval au galop. Quelle angoisse, tandis que mes lunettes sautent sans cesse de mon nez ! Mais je ne saurais me résoudre à les tenir à la main, car je suis certaine qu’alors je les briserais, obligée comme je le suis à me retenir à tous moments dans des envols brutaux. A chaque cahot, des brassées de sable s’engouffrent par les fentes des portières arrière et nous habillent d’un maquillage brun en blanchissant nos cheveux. A mes côtés, le père de Sébastien reste taciturne, s’efforçant de ses bras levés de se maintenir éloigné du toit du véhicule. Je fais de même, mais étant assise sur la roue j’en suis bien trop proche pour mon goût, et de plus mes fesses cuisent de plus en plus.
        Au bout de trois heures de cette course folle, nous parvenons enfin à un village aux maisons rouges et carrées. Des enfants nous y accueillent. Nous entrons dans une cour et nous arrêtons, déchargeant les bagages : nous sommes chez la grand-mère de Farid.
        Hélas, en sortant du véhicule, une mauvaise surprise m’attend : lors de mes lourdes retombées sur la roue creuse, mon pantalon s’est décousu sur tout l’entrejambe ! Je descends précautionneusement avec mon anorak en guise de pagne et envisage de fouiller dans mon sac à la recherche d’une autre tenue.
        Nous pénétrons dans une pièce sombre où se trouvent disposés des matelas en demi-cercle autour de tapis. Une paysanne âgée, entourée de toute une tribu de petits enfants, nous fait servir du thé : elle ne parle pas français. Je m’efforce de retrouver mes affaires pour changer de pantalon, mais découvre avec désespoir que je n’ai rien de convenable à enfiler.

    Le pantalon incriminé...

        Cependant, à peine me suis-je éloignée du groupe que tout le monde a de nouveau disparu … ! Où sont-ils donc partis ?! Sidérée, je m’en ouvre à la vieille dame qui rit de ma mésaventure, lorsque ressurgit brusquement la Mazda, guidée par David qui a tout de même réalisé que je manquais à l’appel. Eh bien ! Il me faut donc repartir avec mon pantalon décousu…
        Cette fois enfin nous montons dans l’agréable coffre tapissé de linoléum de Mahmoud. Quel délice de se laisser conduire par lui ! D’abord une vitre nous permet de suivre le paysage ; ensuite l’habitacle ferme hermétiquement. Et c’est heureux, car nous pénétrons dans les dunes… !
        Les voitures commencent à déraper, et Mahmoud, exécutant de savants méandres, nous fait profiter de tours de toboggan très agréables, par glissades contrôlées du véhicule en descente. Le but de ce voyage ? Un petit village érigé dans les sables.

    Le village dans les dunes : au premier plan, la Toyota avec sa planche en guise de vitre arrière


        Nous en faisons le tour à pied (moi toujours ceinte de mon pagne improvisé) : des « jardins » y sont délimités par des haies de palmes tressées. Des bandes d’enfants étonnés nous suivent, se sauvant à toutes jambes dès que nous faisons mine de les photographier. Les habitants, alléchés par une visite de « touristes » exhibent rapidement des tapis rouges et jaunes, des babouches, à vendre pour un prix exorbitant. Mais nous ne voulons rien acheter, ne serait-ce qu’en raison du manque de place. Nous rencontrons avec étonnement des bâtiments d’administration dont l’architecture carrée et les arcades tranchent avec l’allure traditionnelle du village.
          Enfin nous retrouvons nos voitures.
        Et c’est là qu’il se produit encore un incident stupide. Je demande à notre guide de bien vouloir me prêter sa couverture afin d’être plus confortablement assise dans le coffre. Gentiment, il me l’offre, mais me ravisant, je la lui refuse par peur de la salir. Il s’écrie : « Ces femmes ! Comme c’est versatile ! ». Mais soudain, quelques kilomètres plus loin, il se frappe le front : « Mes lunettes ! Elles étaient sur la couverture que je t’ai tendue ! Elles ont dû tomber dans le sable !! » Or Farid ne voudra rien savoir : on ne retournera pas à leur recherche...

        Je me culpabilise énormément.
      

          …Où l’on voit que s’il y eut des « cadeaux » le 24 décembre, dès le 25 il me fallut les payer...
     
     
     À suivre ici
     
     

  • Commentaires

    1
    Sylvie
    Samedi 31 Décembre 2005 à 12:00
    Je ne connaissais pas cette photo: je trouve que tu ressembles beaucoup à Morgane dessus !Je ne connaissais pas non plus les multiples "rebondissements" -c'est le cas de le dire :0125:- de votre voyage ...!!! :0010: et BONNE ANNEE à TOUS Sylvie


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