• Noël au Sahara : le retour à Timimoun

     
            Rappel : nous sommes le 25 décembre 1984, et nous promenons autour de Timimoun (carte).    
     
        Après cette matinée éprouvante, le couscous nous attend chez la grand-mère de Farid où nous parvenons bientôt, après un détour par une entreprise de bâtiment qui nous concède quelques-uns de ses bidons d’essence en secours.
        Nous voici bientôt encerclés par les multiples enfants qui se font une joie de nous guider vers le « jardin » un peu sale où le sol rouge et sableux est juste humecté suffisamment pour produire quelques pousses timides. Des chèvres font particulièrement notre joie. Nous nous suivons également à la queue leu leu jusqu’au « trône » d’argile surélevé comme une chaire au-dessus de son réservoir à fumier. On y accède par un escalier tournant et, juché sur un trou peu inspirant, on domine le paysage.
        Les enfants nous prient pour obtenir des cadeaux : « Donne-moi ta montre !… Tes lunettes ! »… Nous sommes désolés de n’avoir pas prévu cet assaut et de ne pas en avoir de rechange. En passant nous nous extasions sur une fillette de deux mois aux cheveux noirs et frisés, qui suçote sans répugnance une tétine pleine de sable, les jambes étroitement ficelées dans des linges douteux. Puis on nous exhibe un bambin de trois ans dont les joues sont enflées, pour nous demander un avis : en effet, deux infirmières font partie de notre groupe. Le diagnostic saute aux yeux : il a les oreillons ! Nos camarades sont formelles : lui offrir de l’aspirine serait dangereux, car ces enfants-là ne sont pas habitués comme nous aux médicaments ; de plus il ne semble pas trop fiévreux, malgré l’air misérable qu’il affecte pour la circonstance.
        A peine sommes-nous assis qu’une jeune fille se présente devant nous portant un récipient d’eau tiède accompagné d’un savon et d’une serviette éponge. Fort courtoisement, elle nous verse l’eau sur les mains, de son pichet de cuivre, nous invitant à nous les nettoyer avant le repas. Nous y sommes très sensibles.
        Enfin arrive le couscous. Il contient fort peu de viande, en petits morceaux nerveux à se partager entre voisins. Mais il n’y a pas de couteaux et les bouts résistent aux efforts de partage, élastiques… Je m’en mets partout. Il y a peu de légumes, peu de sauce, et de toutes façons Farid se sert si bien – de même qu’en eau à boire – que très vite il ne nous reste plus rien. Heureusement un thé nous est servi ensuite, tandis que des tapis à vendre s’étalent sous nos yeux… Hélas, nous n’achetons pas ! La bonne grand-mère est désolée, si bien que nous tenons à lui présenter nos remerciements en arabe avant de partir (Mahmoud servira d’interprète).
     


        C’est à nouveau le départ. Les bagages retournent dans le coffre de la Mazda, si bien que je me vois forcée de reprendre stoïquement ma place sur la roue arrière de la Toyota : au point où j’en suis !…
        Farid est pressé. Il repart sans une minute de pause et se lance comme un fou sur une piste sans attrait et pleine de secousses. David monté à mes côtés prend quelques mauvais coups qui l’assomment presque. Farid ne ralentit jamais, ne s’arrête jamais. Peu à peu la roue à laquelle je m’agrippe quitte son axe et saute aussi en tous sens, tandis que le dernier morceau de poignée de la portière arrière s’arrache. Mahmoud, sa voiture et ses passagers ont disparu depuis longtemps : Farid n’en a cure… Le sable qui pénètre par l’arrière nous asphyxie peu à peu. Soudain, à force d’accélérer vers ce qu’il prend sans doute pour un mirage, en plein désert de cailloux gris, Farid s’échoue à grande vitesse dans un tas de pierrailles! Nous crions sous le choc, comme assommés.
     

    Noël au Sahara : le retour à Timimoun
    Un curieux cimetière en plein désert, avec sa tombe de marabout toute blanche

       
        Pendant qu’il cherche à extraire son véhicule de ce mauvais pas en hurlant sa déconvenue, les camarades se photographient couverts de sable. Quant à moi, je m’efforce avec David de redonner un peu d’allure à l’arrière saccagé que nous occupons.
        Puis, c’est de nouveau l’errance désespérante, jusqu’à la surprise de l’après-midi… La voiture parvient à un chemin sableux au fond duquel des touristes sont occupés à creuser : un gisement de roses des sables !!!


    Une jolie rose des sables
     
         Nous sommes arrivés dans des dunes dorées, où les trous pratiqués par les pelles font penser à une plage de bord de mer. Comme nous ne sommes pas équipés, c’est à quatre pattes et avec nos mains que nous creusons, charitablement guidés par quelques français présents. Et des roses, il y en a ! Nous en récoltons des trophées. Dommage qu’elles soient fragiles, et que nous ayons si peu de moyens pour les transporter. Ce sont des concrétions de sable humide, les plus frustes sont à peine dentelées ; certaines sont toutes petites. Nous les entassons encore dans nos sacs.

           Mais Farid bat la semelle. Il est 16h. Malgré nos supplications, c’est encore à un train d’enfer qu’il nous ramène sur Timimoun, évitant soigneusement la belle route goudronnée qui n’est pas finie et donc présente une barrière de pierres tous les 100 mètres.
      
     

    Noël au Sahara : le retour à Timimoun


        Devant sa maison, nous apercevons la Mazda et ses occupants qui nous attendent anxieusement… Ils ont réellement eu peur d’un accident (non sans raison !). Mais les pauvres ne sont pas au courant de notre détour par les roses des sables. Nous les y envoyons, hélas… avec nos bagages demeurés à l’arrière.
        Pour qui, la bonne douche chaude ? Pour Farid, qui se pomponne et revient enroulé dans un grand peignoir. Quand nos camarades reviendront, heureux de leur voyage effectué sans encombre et sur de bonnes routes, il n’y aura plus que de l’eau froide et au lavabo.
        C’est enfin le moment où, extirpant de mon paquetage mon nécessaire à couture, je m’applique à recoudre intégralement mon fond de pantalon…
        A la nuit tombée, nous rejoignons pour le dîner une gargote du centre ville ; puis c’est le retour sous un grand ciel étoilé de constellations multiples et scintillantes. Le froid pince et nous sommes heureux de retrouver un toit bien clos, même si c’est pour dormir sur un tapis avec des coussins de fortune.
     
     
    À suivre ici
     
     

  • Commentaires

    1
    Mercredi 4 Janvier 2006 à 12:00
    Le cimetierre est incroyable ! On se croirait dans une nouvelle d'H.P.Lovecraft !
    2
    Samedi 22 Novembre 2014 à 15:04

    Bon la piste c'est pas de tout repos ! Heureusement que le paysage est joli et qu'il y a la découverte des roses des sables ! 

    3
    Samedi 22 Novembre 2014 à 15:34

    happy   Oui, Danae, Bisous !



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