• Noël au Sahara : l'arrivée à Timimoun

     
    Premier bivouac dans le désert



        Durant les premières heures du voyage, nous écarquillons les yeux pour reconnaître les constellations. Que d'étoiles ! Comme elles paraissent loin, et petites ! Cependant, hormis Orion, je n'en repère aucune bien précisément et bientôt, je m'abandonne à ma fatigue.
        Je fais semblant de dormir, mais j’égrène des prières afin de rester auprès des étoiles qui nous observent. J'ai la tête si pleine de la pensée de Noël que par le froid qui nous étreint et par ces ténèbres épaisses je m’abandonne à cet exercice de concentration, qui petit à petit me détend profondément et dissipe mon mal de gorge. Cela m'occupe jusqu'à El Goléa où nous pénétrons vers vingt-trois heures.
        Le car s'immobilise devant une taverne où chacun se précipite, alléché par les plats chauds proposés à un prix modique. Pour ma part je préfère me dégourdir les jambes en faisant un petit tour dans les rues. Un bon thé à la menthe suffit à me réchauffer, puis comme mes camarades je m'empresse vers la soute à bagages afin de récupérer un duvet devenu des plus nécessaires.
        Lorsque le véhicule s'ébranle de nouveau, notre petit groupe fait tache, frileusement emmitouflé et à demi affalé, parmi les musulmans imperturbablement droits dans leurs robes. J'admire leur dignité tranquille, leur pauvreté aussi, tous identiques qu'ils sont dans leurs cotonnades blanches et leurs manteaux bruns à capuches. Ils ont maintenant enveloppé leur tête dans de grands chèches blancs qui leur protègent visage et cou comme d'épais cache-nez.
        En pleine nuit le car s'arrête, au cœur du désert semble-t-il : comme issu de la bise et du noir d'encre, un individu hagard surgit, harnaché de la même manière, de blanc et de brun... Nous grelottons sous nos duvets, et je me crois dans les steppes de l'Asie Centrale.
        Enfin des lumières apparaissent : Timimoun ! C'est le but de notre voyage. A trois heures du matin, nous nous apprêtons à affronter vaillamment le froid et la nuit pour partir à l'aventure. Chacun récupère son sac dans le compartiment à bagages, et nous voilà partis d'un bon pas, à la lueur des réverbères qui éclairent les parois rouges d'une architecture saharienne agrémentée d'abondants palmiers. Nous quittons le centre ville et les lumières se font plus rares, pour parvenir à l'hôtel. Mais il n'en est pas question à une heure si tardive ! Nous tentons donc de nous réfugier au camping La Palmeraie, mais il demeure lui aussi désespérément fermé... Nous empruntons alors une voie sableuse, à l'aveuglette derrière Daniel toujours rassurant et très connaisseur. Armés de nos lampes électriques, nous commençons à descendre vers la grande forêt des palmiers ; un peu plus bas, affirme-t-il, nous pourrons pour cette nuit planter nos tentes au pied d'un muret d'argile.
        Nous peinons à maintenir nos piquets, tant le sable fin et glacial est meuble sous nos marteaux. Je m'effraie : ne sommes-nous pas installés en pleine route ? On ne discerne rien dans l'obscurité.


    Descente vers la Palmeraie de Timimoun

        Enfin couchée, je ne tarde pas à regretter d'avoir oublié un tapis isolant, car je sens peu à peu la fraîcheur monter du sol et traverser le sol plastifié de ma tente, puis les épaisseurs pourtant moelleuses de mon duvet militaire… Bientôt je dois me rendre à l'évidence : recroquevillée sur moi-même pour tenter de conserver ma chaleur interne, et les pieds gelés à cause de l'entrebâillement de l'entrée, je vois bien que je ne pourrai pas dormir. On ne s'endort pas ainsi à quatre heures du matin après des heures de voyage glacial !
        ...Peut-être me suis-je cependant assoupie quelque temps ? Soudain surgissent des lointains de mon demi-sommeil des voix mugissantes qui semblent issues des profondeurs d'une jungle. Je m'éveille épouvantée. Qu'est-ce que cette fête trépidante ? Ces millions de sons graves aux rythmes inouïs ? Je commence à trembler... De toutes parts jaillissent des accents sauvages, des échos bondissants de voix mâles et profondes, toutes proches. Pourquoi mes camarades ne remuent-ils pas alentour ? N'y a-t-il personne autour de nos tentes ?
        Peu à peu la lumière se fait en mon esprit. Cette monstrueuse rumeur est due tout simplement à la répercussion dans les échos nocturnes de l'appel à la prière émis par le muezzin du sommet des minarets de la ville érigée sur la colline. Les accents modulés du Coran passés dans ce filtre grossissant se sont abattus sur mon assoupissement commençant avec une soudaineté effrayante, peu avant l'aube. Je fais donc la sourde oreille, trop épuisée pour répondre à l'injonction qui de fait, ne semble toucher aucun de mes compagnons...


    Le muret qui entoure la palmeraie de Timimoun ; au fond, le paysage des dunes
    (grand erg occidental)
     
     
     

  • Commentaires

    1
    Mercredi 14 Décembre 2005 à 12:00
    et bien voilà toi tu as fait le voyage et tu étais fatiguée et tu as eu quelques frayeurs et moi je fais le voyage d'ici, derrière l'écran et je sens un peu de fatigue et j'ai quelques frayeurs.. oui, oui, je suis avec toi dans ce voyage et j'ai oublié de te dire que les étoiles sont vraiment jolies.. ah oui, c'est vraiment beau un ciel étoilé.. clem.


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