• Noël au Sahara : dernier soir à Timimoun


          Et voilà : nous sommes le 26 décembre 1984, et notre périple autour de Timimoun va s'achever. 

     
        Déjà des jeunes filles à fichu multicolore s’enhardissent à nous approcher, les mains remplies de petits cailloux pointus qu’elles vendent comme fléchettes du néolithique. En effet, l’intérêt du village consiste en partie dans les découvertes archéologiques qu’on y a faites, essentiellement de petites pointes de flèches en pierre dure ; mais nous avons bien l’intention de les ramasser nous-mêmes et déclinons les offres de vente comme trop onéreuses.
     

    Noël au Sahara : dernier soir à Timimoun

     

        Une promenade dans la palmeraie, puis à travers le village dans l’autre sens, et bientôt nous repartons, car nous savons que le retour sera encore long et ne voulons pas nous laisser prendre par le soir en cours de route.
        Il est près de 15h30 quand nous nous penchons vers le sol à cinq cents mètres de l’oasis sur la direction du retour, pour y ramasser, parmi les multiples petits cailloux parsemés comme des coquillages, des silex à pointe étrangement affinée et travaillée de main d’homme.



     
       Puis c’est la traversée en sens inverse des grandes masses mouvantes dont la couleur varie avec l’éclairage – du brun au gris métallique, en passant par le jaune. Encore une fois, je m’arrête tous les cent mètres pour vider mes baskets du sable qui prend désagréablement la place de mes pieds jusqu’à les écrabouiller dans l’effort de la marche.
        L’un de mes camarades, fort occupé à photographier en tous sens avec toute sa panoplie d’objectifs, attire longuement notre attention sur des traces inconnues qui s’égrènent très régulièrement par paires de petits trous sur les rondeurs lisses aux replis ombragés des dunes… Oiseau ? Souriceau ? Nous ne saurons trancher, et remarquerons seulement que l’animal concerné semble se nourrir des crottes de mulets que l’on trouve disséminées tout au long de la piste, abondamment foulée par les villageois se rendant au marché.
     
     

    Noël au Sahara : dernier soir à Timimoun


        Lorsque les dunes sont traversées, notre soulagement est immense : marcher sur un sol ferme était devenu notre plus cher désir ! Mais il reste encore une heure de voyage pour parvenir à la ville, et la nuit approche déjà… Nous sommes bientôt contraints de renfiler vestes et pull-over, tandis que la fraîcheur tombe, insistante, et que l’astre éclatant s’abaisse vers l’horizon, projetant une lumière rasante sur un paysage de plus en plus rouge, gris, ou vert sur les hauteurs de Timimoun.
        Arrivés en ville, vers 18h , nous nous jetons sur les pâtisseries, les gâteaux au miel… Nous sommes un peu déçus. Nous choisissons l’assiette de couscous, ou pour certains la côtelette-pommes frites, dans la gargote où nous avons coutume de prendre nos repas. La nuit est maintenant tombée.
        Comme c’est notre dernier jour à Timimoun, Farid nous arrangé une petite soirée chez un ami à lui, Ahmed.
        Nous entrons dans une vaste pièce très fraîche, carrée et blanche, dont les murs s’ornent de plâtres à demi travaillés ébauchant des bas-reliefs inachevés. Un réfrigérateur trône dans le coin gauche, tandis que dans la partie droite, des canapés nous attendent autour de tapis. Au centre, des tables basses couvertes de gâteaux et de petits verres, avec une énorme théière dorée posée sur un réchaud. Nous voici de nouveau accueillis avec chaleur !
        L’hôte a mis son chèche et sa robe musulmane pour nous recevoir ; Ahmed, qui n’est donc pas le propriétaire de la maison, est assis à ses côtés, vêtu à l’européenne, et nous présente son frère aîné, installé dans un grand fauteuil. Bientôt Farid se joint à eux, et la conversation se glace assez vite, à cause de la réprobation marquée du contingent féminin de notre groupe pour leur machisme affirmé. Nous avons droit à de longues explications sur la polygamie et les devoirs qu’elle exige de l’heureux mari, obligé selon eux d’avoir certains moyens, afin de traiter aussi bien chacune de ses femmes… Malheureusement de tout leur exposé, la notion d’ « amour » semble totalement absente, et cela me donne à penser, malgré toute ma bonne volonté, que la religion chrétienne est supérieure à la religion musulmane, au moins au niveau de la vision de la femme, et de la vie familiale. Leur religion m’évoque la notion de crainte et de soumission, tandis que la mienne m’évoque une idée de libération et d’héritage divin, ce qui est infiniment supérieur !
        Décidément, ce voyage m’aura appris bien des choses...
     
     
    À suivre ici
     
     
     

  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Janvier 2006 à 12:00
    Oui, ce sont les hommes qui ont inventé la polyphonie, la polyarthrite, la polydactylie, la polychromie, la polycopie, la polygamie, la polyandrie et les polichinelles.En outre (de chèvre de Timimoun), je connais des êtres qui sont polyglottes alors que d'autres sont dans des policliniques, voire des polycliniques...Merci de tes carnets de voyages sablonneux et colorés Martine. Je pense très fort ce soir à quelqu'un qui a hanté & traversé les déserts du Sahara, de Syrie et d'ailleurs et pour lequel en ce moment le sablier s'écoule inexorablement en attendant sa guérison définitive.
    2
    Dimanche 16 Novembre 2014 à 18:54

    Les pointes de flêches sont si précieuses que celles que j'ai ramenées sont dans un musée maintenant. Bonne soirée, 

    3
    Dimanche 16 Novembre 2014 à 19:32

    Ah bon ?? money



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