• Noël au Sahara : découverte de la sebkha


    Suite de notre voyage, que vous pouvez localiser sur la carte ci-dessous (à agrandir)


    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
     
        24 décembre. Farid nous embarque rapidement pour nous faire profiter du petit déjeuner encore remarquablement servi par sa gracieuse belle-sœur. De retour à la grande maison du centre ville, nous savourons des petits pains accompagnés d'abondants morceaux de beurre (quel festin!) et arrosés de thé ou de café au lait.
        Nous sommes parés pour le départ.
        Deux voitures sahariennes s'apprêtent à nous accueillir avec nos sacs à dos. La première est une Toyota assez âgée vert kaki, dont les portes arrière ferment mal, une vitre étant même remplacée par un panneau de contre-plaqué. Elle offre quatre places en plus du chauffeur (Farid), mais on y loge à cinq passagers (deux se serrant devant), plus deux enfants dans le fond sur les sacs à dos. La seconde est blanche et porte la marque Mazda, très répandue dans le pays. Elle est conduite par un jeune homme de dix-huit ans, Mahmoud, qui est venu spécialement d'Adrar pour dépanner Farid. Le nombre de places y est le même, mais l'arrière, tapissé de lino, semble plus spacieux que celui de la Toyota. Hélas, nous partons vraiment très nombreux, puisqu'à nos quatorze têtes, sans compter les chauffeurs, s'ajoutent encore Youssef, le copain de Mahmoud, la belle-sœur de Farid que notre compagnie séduit décidément beaucoup, et enfin Nordin, son inséparable jeune frère. L'habitat est très concentré.
    Je m'engouffre aux côtés de David à l'avant de la Mazda, et c'est le départ pour la sebkha. Il est environ neuf heures.
        Le voyage est d'emblée mouvementé : la route est en construction. Des tas de cailloux tous les cent mètres en interdisent l'utilisation. Tandis que Farid se lance dans un vertigineux slalom à coups d'accélérations puis de freinages successifs, notre chauffeur, plus prudent et plus régulier, roule sur la piste parallèle, dont nous regrettons tout de même la mauvaise viabilité.
     

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

       
        Au premier village nous faisons halte, séduits par un troupeau de dromadaires qui paisiblement rumine à l'ombre d'un grand mur. Quelle aubaine ! C'est la ruée des pellicules : photos, films, ne se font pas attendre. Heureusement, ni les chameaux ni leur maître ne semblent s'en offusquer ; leur repos ne s'en trouve pas troublé.
     

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

       
        Le soleil monte. Nous quittons bientôt la zone des travaux et des carrières diverses pour parvenir au bord de la sebkha.
        Du haut d'une falaise battue des vents, nous dominons une immense plaine parsemée de palmeraies, au centre de laquelle se dressent deux îlots rocheux qui évoquent les paysages de l'ouest américain, deux pylônes massifs barrés d'une couche dure et plate au sommet. Le paysage devient superbe, et tandis que les photographes exercent leurs talents, Farid et ses amis s'encapuchonnent la tête dans leurs chèches qui s'avèrent particulièrement adaptés aux conditions climatiques, protégeant à la fois du vent et du soleil. Ils suscitent ma jalousie, car j'ai grand peine à obtenir le même résultat avec mon écharpe de soie.

        Nous commençons à découvrir avec intérêt des pierres en forme de billes collées ensemble et que Daniel dénomme « poupées du désert ». Le haut plateau étant tout pierreux, bientôt nous nous trouvons dans un immense champ de billes et de « dentelles de billes » de couleur mauve. Comment l'érosion éolienne parvient-elle à travailler de cette façon ? Les pistes sont balisées par des petits tas de pierres plates disposés tous les vingt mètres environ de chaque côté.
     

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
        Nous contournons la corniche rocheuse et, de kilomètre en kilomètre, de nouveaux paysages apparaissent. Nous ramassons des pierres et du sable que nous conservons dans des tubes.
     Ikser
      
         Soudain, nous parvenons à la forteresse d'Ikser : un ksar en ruines élevé sur un piton rocheux. Tout alentour, des dunes. Et que de pierres étonnantes, sur certaines collines ! Je m'emplis les poches de cristaux de quartz et de poupées du désert, tandis que d'autres fourrent leur nez dans les creux de roche qui constituent la citadelle.
      

    Ikser

       
        Mais ce n'est pas tout : un peu plus bas, dans un creux de falaise, il y a une grotte ! Des européens en surgissent, dans une Peugeot immatriculée d'Algérie. Un arabe se présente, porteur de deux scorpions vivants dans une boîte de conserve, qu'il pose délicatement à terre pour les spectateurs intéressés. Aussitôt, David se précipite ; il se jette à plat ventre devant les petites bêtes jaunâtres pour les filmer en gros plan. Le spectacle est si cocasse qu'un camarade s'empresse de le photographier dans cette posture, protégé de justesse des dards frémissants par la baguette secourable de l'arabe qui précise que par bonheur, en cette saison, les scorpions sont légèrement endormis.


          
     
        Nous pénétrons dans la grotte, immense voûte aux nombreux replis ouvrant sur un tunnel apparemment profond. Je regrette de n'avoir pas de lampe torche... Mais dans la grotte il y a aussi toute une exposition de bois fossiles de la région, et chacun s'y intéresse beaucoup. Je finis par en acheter un petit morceau, pas trop cher.

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
          Nous voici repartis. Nous rejoignons les hauteurs et découvrons Tinjillet, par le dessus. Les vestiges d'un vieux ksar le dominent encore d'un repli sableux. Quant au village lui-même, il est blotti contre la paroi rouge de la falaise dans laquelle s'infiltrent des galeries, ainsi qu'une gigantesque termitière où se réfugient peut-être les habitants par grosse chaleur. Une belle palmeraie s'étale dans le creux de la vallée, et c'est une symphonie de couleurs, entre le rouge de la falaise, le vert des palmiers, le bleu du ciel, et derrière nous, le jaune vif d'un îlot de dunes.


       
     
       Bientôt nos véhicules doivent traverser une redoutable pente sableuse. Spectateurs ravis, ayant passé « l'avalanche » à pied, nous admirons l'intrépidité de nos chauffeurs qui, l'un après l'autre, contournent la corniche ensablée en s'y raccrochant de justesse par un impressionnant dérapage vers le vide de leurs roues arrière. Comme le système des quatre roues motrices nous paraît alors bienvenu !
        Nous nous engouffrons de nouveau dans les voitures et reparcourons quelques kilomètres sur le « billard » mauve du haut plateau, au fil de la piste jalonnée de petits tas de cailloux. Farid file comme un fou, selon son habitude, devant Mahmoud dont nous apprécions la prudence : le terrain n'est pas toujours stable et les passagers de la Toyota sont plutôt secoués par des cahots fréquents.



     
        Lorsque nous nous garons au-dessus de Semouta, c'est le point de vue le plus merveilleux. La falaise a pris une telle hauteur, que le panorama vers la sebkha et ses deux pics rocheux paraît à l'apogée de son allure. Quant au village lui-même avec sa palmeraie, niché dans un creux par-devant nous, il est ravissant. Justement, on aperçoit d'en haut un musulman monté sur un âne qui trottine sur un chemin de sable... David s'arme de son zoom et le filme jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière un palmier.

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

     
      Pour ma part, je suis très intéressée par ce que me montre Sébastien, le garçonnet du groupe : c'est plein de bois fossiles dans ce secteur. Je n'avais donc pas besoin d'en acheter ! Vite, j'en remplis mes sacs. Quoi de plus évocateur en effet de ce pays sauvage, que les pierres qui en composent le décor ? D'autres s'intéressent au sable, mais je ne puis m'empêcher de le considérer comme trop volatil et inconsistant.

    Noël au Sahara : découverte de la sebkha

       
        Allez ! Nous repartons ! Farid, toujours pressé, reprend la direction des opérations.
        Les voitures s'ébranlent pour la dernière étape de la matinée : cette fois la piste que nous empruntons plonge vers l'intérieur de la sebkha, et nous atteignons bientôt avec étonnement un sol un peu tourmenté par l'humidité stagnante et le sel qui s'y dépose, blanchâtre, sur des plaques croûteuses au soleil. Les palmiers s'y déploient voluptueusement. L'on se demande comment ils naissent d'un sol si peu séduisant et cependant ils sont là, entourés de petites palissades d'herbes tressées qui garantissent quelques cultures des assauts du vent. Parfois le sable gagne les palmeraies et les palmiers s'y noient, solitaires.
     

        Nos voitures roulent plus doucement, parmi les îlots de verdure timide. Farid oblique vers la gauche : je ne comprends plus où il va. Il se dirige vers une sorte de cul-de-sac dans la falaise, puis il pénètre dans un enclos de sable rougeâtre et stoppe son véhicule. Mahmoud fait de même.
        - Tout le monde descend !
        Chacun prend ses affaires : nous sommes arrivés.
        J'imite mes camarades sans comprendre. Et comme le soleil est devenu très chaud et très vif, je perds du temps à me défaire de tous mes pulls et à sortir mon chapeau et mes lunettes de soleil. Déjà les autres disparaissent par un chemin qui monte. Allons-nous randonner par là ? Dieu ! Que mon sac me paraît lourd, avec toutes les pierres dont je l'ai rempli ! Comme j'ai du mal à gravir cette dune de sable rouge et sans résistance ! Je pénètre fourbue dans un village aux murs d'argile. C'est un labyrinthe très court. Quelques mètres plus loin, je constate avec surprise qu'une maisonnette carrée agrippée au rocher dans lequel elle se prolonge nous est ouverte et que nous y déposons notre chargement... 
          Déjà ! La randonnée promise n'est donc pas pour aujourd'hui ?
     
     
     
    À suivre ici
     
     

  • Commentaires

    1
    Samedi 24 Décembre 2005 à 12:00
    joyeux noel valentine !


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