•        La nuit portant conseil, j'aimerais apporter aujourd'hui une interprétation nouvelle à cette scène finale des Dialogues de Carmélites de Francis Poulenc présentée et commentée par moi-même hier.

           En effet, j'ai évoqué le fait que ce Chœur des Carmélites était comme un grand corps, dont on entendait disparaître voix après voix, à mesure que chaque tête était tranchée.

           Dans la mesure où je m'interroge sur les significations cachées de cette vision et sur le retentissement qu'elle peut avoir sur nous en profondeur, je comprends qu'il s'agit là d'une sorte d'égrégore* émotionnel, qui dans le cadre d'un effort de libération intérieure prend toute sa dimension.

         Ainsi chaque religieuse abattue tour à tour correspondrait à une émotion, puis à une pensée perturbatrice qui serait éliminée par l'introspection et la volonté de se dominer soi-même. Le sens du mot Révolution est là totalement justifié, car il s'agit de se transformer intérieurement, de s'orienter résolument dans la direction opposée à celle que l'on a toujours suivie jusque là : au lieu de se soumettre à ses désirs, à ses impressions, à ses sensations, il s'agit au contraire de s'y opposer, jusqu'à l'élimination pure et simple.

          Cependant n'y cherchons pas une élimination violente et brutale, à l'instar d'un Bernanos qui évoquait "l'Agonie du Christ", vilaine pensée destinée à terroriser tout un chacun face à la mort (comme face à toute vie spirituelle du même coup) ; non, voyons plutôt là une élimination par amour, telle que Poulenc l'a pressentie en tournant son regard confiant et rempli de ferveur vers la Vierge Marie, la mère parfaite pour tout aspirant au Ciel.

          À l'instar du sirop dont parlait Phène dans son dernier billet,  qui grésille et se débarrasse peu à peu de ses impuretés, ce nuage émotionnel et mental peu à peu s'atténue et perd de sa force tandis que, telles les têtes tranchées pour l'amour du Christ des malheureuses carmélites, sont déposées peu à peu aux pieds du Divin** toutes les émotions, sensations, pensées, perceptions, croyances, désirs, attentes... Car il faut se débarrasser de tout, de tout. Seuls les pauvres entreront au Royaume de Dieu : pauvres, c'est-à-dire dénués d'absolument tout.

         La plus pure de toutes ces pensées est représentée par Sœur Constance. C'est l'Idéal. Notre idéal secret, ce dont on pensait ne jamais pouvoir se séparer tant il nous semblait beau et nécessaire. Ce qui depuis toujours avait été le moteur de notre existence, ce qui nous avait porté même jusqu'ici... Tout doit être donné.

          Lors de la Passion de Jésus ("passion" au sens où il a traversé ce moment sans y opposer la moindre résistance, sans se positionner de façon active mais en laissant s'exprimer la Volonté du Père), le soldats romains se sont partagé ses vêtements et ont tiré au sort sa tunique. De ce qui le recouvrait il n'est rien resté.

          De même ici, du groupe de carmélites il ne reste rien, comme d'un vêtement qui peu à peu se serait volatilisé par coupes successives.

           ... Rien, SAUF : celle que Constance a réveillée d'un regard ; perdue dans la foule (une sorte de brouillard ou d'aveuglement ?). Blanche est l'héroïne ; donc le "je".

           Quand le mental a été totalement vidé, il ne reste que la conscience de soi, l'ego. C'est Blanche, Blanche dont l'acceptation est déjà tangible comme je le disais dans l'article précédent car elle sait, elle sait déjà qu'elle n'existe pas. "Blanche" veut dire absente ; traversée par le regard comme un fantôme. 

         De la Force... N'a-t-elle pas en elle connaissance de sa filiation réelle ? N'est-elle pas fille de la Force divine ?

          Alors elle n'a plus qu'à s'y rendre ; à s'y abandonner ; comme Jésus s'abandonnant à son Père et disant "Tout est accompli".

          C'est donc la dernière à s'offrir à l'élimination, sans émotion ni douleur, sans les pleurs et les larmes associées au Salve Regina, mais dans la paisible évidence de la strophe finale qui évoque la Trinité Père, Fils et Esprit : Ce-Qui-Est

     

                            À Lui, Gloire pour les siècles des siècles.

     

     Bouddha céleste

     


    votre commentaire

  •     On a souvent entendu parler de l'Éveil comme d'une Félicité suprême, ce qui nous pousse à le confondre avec l'extase "mystique". Mais l'extase est, comme on le sait également, le fruit d'une montée d'énergie vers le cerveau, énergie basique puisqu'elle part de la base de notre corps et est donc d'origine sexuelle - transmutée il est vrai.
     

        C'est ainsi que certains observateurs ont pu douter de la qualité de l'extase de Thérèse d'Avila, telle qu'elle l'exprime dans le paragraphe de sa vie qui a inspiré la sculpture du Bernin, extase pourtant marquée très explicitement par l'explosion de l'énergie au niveau du Cœur.

     

    Sainte Thérèse d'Avila, Le Bernin

     

      Dans notre vie pourtant rien ne change et si nous croyons découvrir l'extase à l'âge adulte en pratiquant la méditation, nous pouvons en réfléchissant un peu nous apercevoir que nous l'avions déjà expérimentée tout petits... 

     

    ENFANCE

       Tu pesais sur mes doigts comme un trésor précieux, mon enfant adoré. La nuit s’ouvrait et te recueillait avec mon baiser. Je ne sortais que peu de ton cocon d’argent, et le silence égrenait sur mon cœur des angoisses et des attentes.

      J’étais fil de l’araignée, rosée du bois, le Jour perlait en gouttes à mon front, et je courais par les aubes fraîches à la rencontre de mes saisons.

     Oh ! l’envol de mes après-midi suprêmes où, dans l’asphyxie de mes membres et de ma poitrine, j’expirais, cramponnée à la grille, le baiser immense du crépuscule d’été !

     (Martine Maillard, extrait de "Renaître", éditions Stellamaris)

      

        La fusion fantastique avec le Tout chantée par Isolde à la fin de l'Opéra de Wagner* fut mon opium des années durant. Mais ne s'agit-il pas pourtant tout bêtement de la nostalgie du "retour au sein maternel", soit d'un engloutissement pur et simple dans la matière ?  

          La félicité parfaite que nous pouvons ressentir lors d'une méditation provient de la paix éprouvée et de l'ouverture du coeur. Mais ce n'est qu'une étape. Nous sommes heureux d'oublier notre corps physique, mais nous baignons dans notre corps émotionnel, astral : l'influence de Neptune, le grand "mystique" doit nous rappeler qu'en tant que dieu des mers, Poséidon nous offre une vision trouble des choses.
        Plus haut Zeus, roi du Ciel, (qui se prononce en grec "Djoüs" ce qui a donné en latin Jovis, le "Jus-pater" qu'on appelle Jupiter, mais qui rappelle fortement notre "JE") nous ouvre l'immensité de l'espace : mais c'est encore un espace mental.

         Il faut aller au-delà... 

      


     * Dans l'Opéra "Tristan et Isolde" Wagner est influencé par Schopenhauer et déjà les philosophies orientales ; et dans le texte qu'il a lui-même composé Isolde s'éteint en saluant les vagues délicieuses qui s'emparent d'elle, et en clamant qu'elle se noie, se confond dans l'immense respiration de l'Univers - "Joie suprême" ! (C'est son dernier mot).

     

     


    votre commentaire
  •  

          Dans les années 60, France III devenue bientôt France Culture diffusait les dimanches après-midi des "pièces radiophoniques" qui étaient souvent de véritables bijoux de profondeur. C'est ainsi que l'on put en entendre une qui s'intitulait "Les Cinq Secondes du Mahatma Gandhi", et qui décrivait par le menu tout ce que Gandhi - unique récitant - avait pu ressentir et percevoir durant les cinq secondes que mit la balle lancée contre lui pour traverser son cœur... À chacune d'elles, une douleur, et un grand pan de sa vie qui se déroule ; mais à la cinquième il n'y a plus que cet appel : "Ô Toi dans la Lumière" qui se développe en une prière magnifique.

     

    Gandhi.jpg
    Image puisée sur ce blog.

     

         Si quelqu'un possède un enregistrement de cette pièce, ou connaît un moyen de la retrouver, je lui en saurai gré.

     

       Aujourd'hui, après avoir achevé la lecture du livre très inspirant que Frédéric Lenoir a produit avec Marie Drucker sous la forme d'une conversation, "Dieu", je voudrais vous en citer un passage, qui est en fait la citation que fait Frédéric Lenoir lui-même du grand mystique musulman Rumi (1207-1273) dans son oeuvre le Diwân (un long poème de 40.000 vers).

        À cette occasion - et en conclusion de l'ouvrage d'ailleurs -, le chercheur constate que les religions ne sont que des échelles édifiées pour mener au même point : celui où le pratiquant découvre que la voie est à l'intérieur de lui, dans un simple dialogue avec ce qui est perçu comme "La Lumière" ; si bien que l'on peut établir un parallèle entre les mystiques de toutes les cultures, qui convergent vers le même discours.

     

    Rumi.jpg
     Rumi

     

         «  Que faut-il faire, ô musulmans ? Car je ne me reconnais pas moi-même. Je ne suis pas chrétien, pas juif, pas parsi, pas musulman. Je ne suis ni de l'est ni de l'ouest, ni du sol ferme ni de la mer.  Je ne suis pas de l'atelier de la nature, ni des cieux tournants. Je ne suis pas de la terre, ni de l'eau, ni de l'air, ni du feu. Je ne suis pas de la cité divine, pas de la poussière, pas de l'être, ni de l'essence. Je ne suis pas de ce monde et pas de l'autre, pas du paradis ni de l'enfer. Je ne suis pas d'Adam ni d'Ève, ni de l'Éden ou des anges de l'Éden. Mon lieu est le sans-lieu, ma trace ce qui ne laisse pas de trace ; ce n'est ni le corps ni l'âme, car j'appartiens à l'âme du Bien-Aimé. J'ai abdiqué la dualité, j'ai vu que les deux mondes sont un. C'est Un que je cherche, Un que je contemple, Un que j'appelle. Il est le premier, il est le dernier, les plus extérieur et le plus intérieur. Je ne sais rien d'autre que "Ô Lui" et Ô Lui Qui Est". Je suis enivré par la coupe de l'amour, les mondes ont disparu de mes regards ; je n'ai d'autres affaires que le banquet de l'esprit et la beuverie sauvage. »

     

     

     

    Jesus-anges.jpg

     

     

    1 commentaire

  •  
    alouette des champs
     

    à Nicole Gdalia, qui m'a redonné l'envie d'écrire

     

     

    Peut-être ne sais-tu pas
    Oiseau paisible
    Oiseau tranquille
    Que le ciel t’appartient

     

    Et tandis qu’endormi tu planes
    Rasant sans le savoir
    L’échine du vent
    Soudain survient un souffle
    Un courant qui t’emporte

     

    Et d’un puissant coup d’aile
    Tu montes

     

    La lumière t’éblouit
    T’appelle

     

    Et te sourit
      

    13 octobre 2012

     

     

    1 commentaire

  • ND-Sacre-coeur.jpg

    Notre-Dame du Sacré-Coeur d'Issoudun : la statue du fond du parc

     

           Est-ce seulement par habitude que nous répétons ce que, petits, on nous a appris et que, après réflexion nous ne croyons plus : « Vierge Marie » et « Mère de Dieu » ?

        Vous allez me dire que vous, vous ne le dites plus, parce qu'une « mère » ne peut pas être « vierge », c.q.f.d., et que le concept de « Dieu » exclut par sa nature qu'Il ait une mère.

        Oh, oh ! Mais nous voici dans des raisonnements rationnels, et les raisonnements rationnels c'est aussi la fin de toute conversation avec « Dieu », me dis-je aussitôt.

        Cependant, bon, restons sensés, et repartons des faits enseignés. Les choses sont simples : il s'agit d'une vierge, jeune et non mariée, qui s'appelait Marie ; et un jour elle mit au monde un garçon qui prétendit être Dieu... C'est de là qu'apparurent les formules consacrées.

     

         Pourtant ces formules présentent une force inouïe. Comme tous les mythes, elles résonnent prodigieusement en  nous. Lorsque l'on s'adresse à « La Vierge » ce n'est pas à une petite pucelle que l'on pense, mais c'est à une image miraculeusement pure et blanche, comme la neige sur les hautes cimes des montagnes, quelque chose qui brille de façon fantastique très haut dans le ciel, qui irradie des étincelles de lumière ! D'ailleurs c'est sans doute pour cela qu'on l'a appelée ensuite « Immaculée Conception »... « Conçue sans péché » ? Si l'on veut, mais c'est encore une rationalisation débile : le mental repointe son nez, c'est humain... Qu'est-ce donc en effet que le « péché », sinon le simple rappel de notre petitesse et du fait que nous nous sentons perdus devant l'immensité ? Marie serait donc tout simplement moins petite et moins perdue que nous... Et c'est parce qu'elle évoque « notre conception » de la perfection, de ce qui est immaculé comme la neige sur les très grandes hauteurs, que nous l'appelons ainsi.

     

        Mais de plus Marie porte étonnamment le plus merveilleux nom de la terre, puisqu'il évoque par simple dérive celui de « mère », mais aussi toute l'étendue de la « mer » qui est à l'origine de la vie sur notre planète (planète d'eau dont tout être animé est issu - comme du liquide amniotique), et encore par anagramme celui d'« aimer », puis encore par dérive (de « amor ») celui de « mort » - c'est-à-dire l'autre pôle de l'existence face à celui de « naître au monde » ! C'est ainsi qu'elle devient pour nous le symbole même du principe-Mère... De celle qui porte, qui fait passer d'un port à un autre port, d'un point à l'autre d'un voyage, celle qui soutient. Et cela, avec une puissance telle, une telle force qu'elle en vient à évoquer le concept même de ce que nous appelons « Dieu » : l'origine et le terme de toutes choses, le but ultime de notre périple ici-bas.

        Elle est alors presque identifiée à Lui, se rapprochant de la Grande Mère présente dans les anciennes religions... Et en associant « Mère » avec « Dieu » nous la ressentons comme la présence maternelle de Dieu, plus accessible, plus sécurisante que l'image habituellement proposée de « père ».

        Cependant elle n'est pas non plus cette Force illimitée et impersonnelle ; ayant eu part à notre humanité, elle prend un visage, elle admet d'être représentée sous une forme définie, d'une statue qui nous tend les bras et porte un enfant nous ressemblant beaucoup. Ainsi, rayonnant des attributs de Dieu, mais s'en détachant pour se rapprocher de nous elle se présente comme son ambassadrice, une saillie lumineuse de l'Amour, le halo de lumière s'offrant du Ciel vers la Terre... Alors nous l'appelons aussi « Reine du Ciel », et la représentons couronnée d'étoiles.

    vierge-marie054.jpg

        Mais peut-être est-ce tout simplement une Âme merveilleuse qui s'est offerte pour nous aider et ne cessera jamais de le faire !   

     

     

     

    1 commentaire