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         Le 25 novembre dernier avait lieu la Pleine Lune du Sagittaire. En effet, le Soleil dans le signe astrologique du Sagittaire s'opposait à la Lune dans celui des Gémeaux.

         Symbolisant la dispersion mentale par le signe des Gémeaux, la Lune était visée par la flèche du Sagittaire, que l'on représente comme un centaure muni d'un arc pointé vers la plus haute cible, dans le but de réunir ce qui est dispersé en parfait symbole de concentration.

     

    Sagittaire avec cible- d'après Johfra

     


        Je me permets ici d'utiliser le célèbre tableau de Johfra et de lui faire subir quelques modifications... Je rappelle que ce tableau, destiné à illustrer le message astrologique du signe, montre dans le ciel l'image du dieu Jupiter lançant la foudre car on le dit gouverné par la planète du même nom, qui symbolise l'expansion et l'affirmation généreuse de soi. Le Sagittaire est par ailleurs un signe de feu, donc énergique et ardent. Vous trouverez ici l'original ainsi qu'une description du signe.

         J'ai dessiné moi-même cette cible dans le ciel et vais maintenant la modifier encore en même temps que notre archer comme vous pouvez le découvrir ci-dessous.

     

    Sagittaire-Soleil face à cible-lune

     

          En pointant sa flèche vers ce visage de Lune, le Centaure habité par le Soleil espérait-il l'atteindre, ou l'éliminer ? Et qui décidait de la chose ? N'était-ce pas encore ce Jupiter, parfaite représentation de l'ego qui se prend pour le décideur ?

          Bien sûr il voyait quelqu'un en face de lui, ce Soleil, qu'il prenait pour "un Autre", meilleur et plus beau sans doute, objet d'Amour absolu, Rêve de toute sa vie... Et l'atteindre était son but le plus éperdu.

         Si de plus il s'imaginait voir se profiler là-bas l'image même de la dispersion, il se concentrerait dessus pour l'éliminer du même geste.

          Aussi l'ego ajoutait-il, impérial :

    - Vas-y ; je te l'ordonne !

        Comme s'il avait quelque chose à dire.

         Et puis voici que la lune a disparu ; s'est mise à tomber ; à redescendre doucement vers lui...  

    - Oh !... L'aurais-je tuée ?!

          Ego - alias Jupiter - s'amuse et se félicite du désarroi perçu dans l'imbécile de petit personnage qu'il gouverne.

          Le Centaure ignore qu'il est le Soleil mais comprend soudain qu'il a visé sa propre image dans un miroir. Et voici que la flèche lui revient... comme un boomerang. Il va mourir ! La flèche revient vers lui ! L'espace est courbe ! 

         Va-t-elle le toucher en plein cœur ? Va-t-il mourir ?... (Ego ricane) 

       De même que sur une horloge la grande aiguille rejoint la petite aiguille pour indiquer l'heure juste, de même aujourd'hui, avec ce qu'on appelle La Nouvelle Lune, tout revient à zéro et se replie sur soi.

    Nouvelle lune

    Nouvelle lune


         L'effort du Centaure pour se "projeter" en avant est vouée à néant. Il se retrouve seul, confondu à l'image visée et ainsi, privé à la fois de l'espace dessiné devant lui, et de son idéal le plus élevé, de son plus grand amour, de son but unique et suprême ...

               Et cependant il est toujours là ! N'en déplaise à ego qui s'amusait de sa peur de mourir.

              Mais que s'est-il passé ?... Qu'est-ce que cette histoire de flèche et de reflet ? Et que signifie ce mouvement d'horloge par rapport à un déplacement d'objets ?


           Comment la lune est-elle visible ?  Reflète-t-elle le Soleil ? Eh bien non !!

            Le Soleil émet des rayons lumineux, mais ce sont bien plus que des flèches car ils touchent instantanément tout ce qui est à leur portée. Il n'y a pas à attendre leur venue, ils se répandent partout de par la seule présence du Soleil.

    Mer de nuages

     

            Ainsi la lune brille, de par cette lumière.  La lumière ricoche sur tout ce qui mérite d'apparaître et fait ainsi apparaître les choses. 

          Comment le Soleil pourrait-il avoir un but ? Il ne fait rien, sa lumière émane de lui à son insu.

         Comment la lune pourrait-elle être un miroir ? Elle ne fait rien, la lumière la touche et la dessine, simplement.

         Ainsi le mouvement prêté au Sagittaire est-il totalement vain. Il n'a rien fait du tout, il fait juste semblant : où viser quand il n'y a pas d'espace ? En effet, tout est déjà rempli par la Lumière ; tout est plein !

        Que la lune apparaisse ou n'apparaisse pas est secondaire, puisqu'elle n'est que le caillou où s'accroche éventuellement le regard, qu'effleure la lumière... Mais ce qui compte, n'est-ce pas cette seule Lumière qui est partout mais qu'on ne devine que lorsqu'elle éclaire quelque chose ?...    

       

                


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          Je connais des gens qui s'amusent à entrer et sortir de leur corps, comme ça, pour se prouver qu'ils en sont capables, et aussi qu'ils ne mourront pas si celui-ci vient à disparaître... D'ailleurs, ne s'en vantent-ils pas hautement, particulièrement sur les réseaux sociaux ? Officiellement ils font cette démarche par compassion envers leurs semblables, pour les délivrer de toute peur de la mort...

     

        Mais pour commencer, rien ne prouve qu'acculés au moment crucial ils ne seront pas brusquement, comme la première Prieure des Dialogues des Carmélites, plongés dans l'enfer du Doute ! Et ensuite : quel avantage que de se balader dans l'astral ? Un autre univers, d'autres illusions, tout un programme pour passionner un ego friand d'aventures - notamment quand il y trouve ses pouvoirs décuplés ! Il voit à 360°, se projette instantanément où il veut, réalise tous ses désirs... du moins lorsqu'il a un bon "karma", c'est-à-dire une bonne confiance en lui. C'est presque la même chose que sur la terre : mieux parce qu'instantané, moins bien parce qu'il y a les sensations concrètes en moins ; et cela, cela va vite l'embêter. Si bien qu'il va... eh bien : se réincarner. Et hop ! C'est reparti pour un tour !

          Les vrais mystiques ne cherchent pas les "pouvoirs spéciaux", encore moins la publicité sur eux-mêmes. Leur amour pour Dieu est si violent qu'il ne peuvent respirer sans aspirer à Lui. Et chaque mouvement de leur être les en rapproche, tant que... leur aveuglement s'accroît : la Lumière brûle les yeux, tout le monde le sait ! Et y voyant de moins en moins, ils savent de moins en moins qui ils sont, où ils sont... C'est la fameuse "obscurité" qu'évoquait le Tao.

        Ne dit-on pas dans la Bible qu'il faut se voiler la face lorsque Dieu paraît, sous peine d'être anéanti ?

         [11] (...) L'Éternel passa. Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre : l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. [12] Et après le tremblement de terre, un feu : l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. [13] Quand Élie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

    Ancien Testament, Rois 19 11-13
    (trad. Société biblique de Genève)


        Élie se cache le visage pour ne pas voir Dieu. Il connaît cependant les affres de Son approche : vent violent (peur terrible), tremblement de terre (panique physique et émotionnelle), feu (angoisse mortelle, équivalente à la sueur de sang de Jésus la veille de sa Passion). Mais il ne peut en affronter davantage : il protège son ego (qui d'ailleurs va pleurnicher contre les rigueurs de l'adversité qui l'accable...) et se cache sous son manteau.

        Mais Dieu est bon et compatissant : non seulement Il s'approche dans la douceur, mais en plus Il lui répond maternellement. Élie se présente  devant Lui comme un enfant et Dieu n'exige pas de lui plus qu'il ne peut supporter.

         Rappelons-nous maintenant le Cantique des Oiseaux de Farîd od-dîn Attâr.  

          Dans un passage que Leili Anvar intitule "les Papillons" (distiques 4014 à 4027) il évoque l'amour fou éprouvé par des lucioles pour une chandelle, et affirme que seul celui qui s'est jeté dans la flamme pour s'y consumer tout entier a vraiment rencontré l'objet de son amour. L'anéantissement est la seule conséquence possible d'une telle passion.

         Il en explique plus loin le fait :

    Un jour, tous les oiseaux stupéfaits d'observer
    Le papillon de nuit, posèrent cette question :

    « Dis-nous, ô papillon délicat et fragile,
    Jusqu'à quand joueras-tu ta vie, ce bien suprême ?

    Jamais tu ne pourras t'unir à la chandelle !
    Pourquoi alors donner ta vie en pure perte ? »

    Ces paroles enivrèrent le papillon de nuit,
    Qui fit cette réponse à ces simples d'esprit :

    « Ravi par cet amour, il me suffit d'étreindre,
    Si je ne peux l'atteindre, en elle, mon néant ! »

    Cantique des Oiseaux, distiques 4219 à 4223

     

          Voir Dieu, c'est être totalement consumé par Sa Présence.
          C'est alors seulement que l'ego disparaît, retourné à son propre néant. Il ne reste personne pour témoigner de la moindre rencontre, d'une éventuelle union.

          Seul demeure le Divin. 

     

     


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    Dépouillement

     

          Le moment est venu de méditer sur Ce qui ne meurt jamais (selon la formule d'Osho)... Novembre fait son travail, la nature se dépouille de toute sa Vie apparente, et la fête d'Halloween nous a rappelé que les arbres ne seront bientôt plus que squelettes, à l'image de ce que deviennent nos corps quand s'en est enfui le souffle qui les animait.   

     

    « Mon Royaume n'est pas de ce monde »

      disait Jésus (Jean 18, 36), ajoutant :

    «  Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »  (Matthieu 5, 11-12)

       Et le fait est qu'il fut persécuté, calomnié et bien plus encore pour atteindre à la dignité céleste, illustrant la phrase-clef :

    « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime. » (Jean 15, 13)

        En effet, comment trouver l'autre monde si ce n'est en donnant sa vie ? 

        Et comment donner sa vie, si ce n'est par amour ?

    Phénix

     

          Ceci me ramène à Attâr et à son Cantique des Oiseaux, qui chante cet amour d'une manière si incomparable qu'on ne peut éviter d'en être bouleversé.

    (Voir aussi mes précédents articles ici et )

           Je voudrais aujourd'hui citer un passage situé vers la fin de l'ouvrage. 

            Pour le resituer, rappelons que les oiseaux, qui représentent des humains en quête de la Vérité, ont écouté les conseils d'une huppe qui, inspirée par Salomon, s'est révélée être leur Guide spirituel.

         En lui posant d'abord toutes sortes de questions ils ont été instruits sur les exigences et les difficultés de la Voie. Puis ils se sont lancés dans la bataille et ont passé leur vie entière, jusqu'à parfois mourir sans parvenir au but, afin d'atteindre l'Oiseau Fabuleux que l'on appelle la Simorgh et qui représente la Divinité Suprême.

        Dans ce récit le féminin et le masculin sont constamment mélangés : le Tout-Puissant est considéré au féminin, tandis qu'au cours des multiples histoires évoquées dans le livre on voit souvent des sages mystiques mourir d'amour pour un personnage masculin. Le "genre" (je ne dirai pas le sexe car il n'en est aucunement question) est largement dépassé ici, le Soi ou Être Absolu n'en ayant aucun.

          Nos oiseaux ont donc traversé successivement sept vallées, qui sont semble-t-il autant d'abîmes... Car dès qu'Attâr les dépeint on retrouve constamment la même idée : celui qui y pénètre est englouti dans un gouffre sans fond, le but ultime étant, comme nous le verrons à nouveau dans l'extrait qui vient, de disparaître totalement dans le Divin ; de ne plus être pour que seul existe le Divin.

          Voici comment il nomme ces vallées :

    1. celle du Désir 
    2. puis de l'Amour 
    3. puis de la Connaissance 
    4. puis de la Plénitude
    5. puis de l'Unicité pure
    6. enfin de la Perplexité
    7. puis du Dénuement et Anéantissement

     

        Je me suis demandé un moment si elles étaient successives, et si on pouvait en dresser la cartographie comme pour une "Carte du Tendre". Mais à en suivre la lecture il semble bien qu'elles soient simultanées et presque imbriquées, ramenant toujours à la même idée directrice : plonger par amour dans un vide incandescent afin d'y disparaître totalement (il est d'ailleurs frappant de constater que la dernière vallée est marquée par deux termes, à la différence des autres, comme pour insister sur cette signification ultime).

         C'est encore de cela qu'il est question au moment où les trente survivants parviennent au but (le chiffre trente n'est pas anodin mais je n'en parlerai pas aujourd'hui), et où la Divinité les rejette encore avec dédain.

         Morts, mille fois morts des épreuves de la route ils ne le sont pas encore suffisamment puisqu'ils sont là, sur son Seuil ! 

          Et pour illustrer cette situation extrême Attâr évoque donc l'histoire d'un derviche qui serait tombé follement amoureux d'un Prince aussi beau que le soleil (et qui est d'ailleurs merveilleusement décrit dans un langage d'une poésie délicieuse) ; l'apprenant, le Roi exige la mort du derviche, mais les pleurs de celui-ci réclamant de voir une fois seulement le visage de son Aimé avant de disparaître ont raison de sa colère et il envoie son fils auprès du malheureux.

        Voici ce passage, où le jeune homme comparé à Joseph, personnage biblique incarnant la beauté absolue, est donc représenté comme une manifestation divine (v. 4113 à 4119).

     

    « Le prince s'en fut donc, lui, Joseph de son temps
    À la rencontre d'un misérable derviche

    Lui, soleil éclatant et porteur de lumière
    Il s'en alla rejoindre un atome de l'ombre

    Lui, océan sublime et débordant de perles
    Il s'en alla étreindre une goutte de rien

    Oh, éclatez de joie ! Dansez, frappez des mains !  »


         J'adore particulièrement ce dernier vers qui souligne le miracle développé un peu plus bas... En effet l'immensité de l'abîme qui sépare Dieu de la créature est traduite par cette opposition entre l' "océan sublime" et la "goutte de rien". Voici la suite (v. 4127-4136) :

     

    «  Si tu es en amour dans la sincérité
    Celui que toi tu aimes se mettra à t'aimer

    C'est ainsi que le prince semblable à un soleil
    Fit la grâce au mendiant de l'appeler à lui

    Ce mendiant qui toujours le contemplait de loin
    Sans connaître pourtant le timbre de sa voix

    Releva donc sa tête couverte de poussière
    Et vit là devant lui la face souveraine... 

    Lorsque le feu brûlant rencontre l'océan
    Il aura beau brûler, l'eau à la fin l'éteint 

    Or, le derviche amant était lui-même un feu
    Qui se trouva soudain au cœur de l'océan !

    Son âme au bord des lèvres, il s'adressa au prince :
    " Ô mon roi bien-aimé, quel besoin de l'armée ?

    Tu vois qu'il te suffit d'être pour me tuer !"
    Alors il rendit l'âme et s'en fut à jamais.

    Après ce cri d'amour, le trépas le saisit,
    Il rit comme une flamme et puis il s'éteignit ;

    Comme il avait atteint l'union  avec l'Aimé,
    Rejoignant le néant, il fut annihilé. »

     

        À travers ces vers transparaît tant de Beauté qu'on ne peut qu'être transporté.

        Que pourrais-je ajouter ?

     

       


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            Voici un nouveau poème de Kabîr, qui vécut en Inde au XVe siècle.



    Kabîr

     

       Notes : Aucun poème de Kabîr ne porte de titre, c'est moi qui en ai imaginé un pour cet article. De même les paragraphes sont de mon fait. 

     

     

        Reçois le Mot d'où a jailli l'Univers !
        Ce mot est : Maître ; je l'ai entendu et je suis devenu disciple.
        Combien sont-ils, ceux qui ont compris ce mot ?

        Ô Saint exerce-toi à le comprendre.
        Les Védas et les Puranas le proclament.
        Le monde est établi en lui.
        Les Richis et les dévots en parlent. Mais nul ne connaît Son mystère.
        Le chef de famille quitte sa maison quand il l'entend.
        L'ascète revient à l'amour quand il l'entend.
        Les six philosophies le commentent.
        L'Esprit de renonciation émane de lui.
        De ce Mot le monde des formes est né.
        Ce Mot révèle tout.

        - Kabîr dit : « Mais qui sait d'où vient ce Mot ? »


    Kabîr, Poème LVII
    Transcrit par Rabindranath Tagore
    puis traduit de l’anglais par Henriette Mirabaud-Thorens

     

     

    Nébuleuse Helix - photo Martin Casier

         

       


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            Je viens de découvrir un livre merveilleux : Le Cantique des Oiseaux de Farîd od-dîn 'Attâr traduit du persan par Leili Anvar.

     


    Le Cantique des Oiseaux - Attar


     

          Intitulée précédemment par divers traducteurs "La Conférence des Oiseaux" ou "Le Langage des Oiseaux", cette oeuvre majestueuse est une sorte d'exposé poétique de la voie qui mène à la réalisation du Divin en soi.

       C'est pourquoi Leili Anvar, spécialiste de la littérature persane et particulièrement sensible à ses aspects initiatiques, a tenu à lui apporter un titre français qui rappelle à la fois le "Cantique des Cantiques"  de l'Ancien Testament, et le "Cantique des Créatures" de Saint-François d'Assise.

          Ayant fait l'objet d'une édition superbement illustrée, le livre est édité dans un très large format qui met en valeur les 4726 distiques qui composent l'ensemble. La série illustrée de l'ouvrage est malheureusement épuisée, mais vous pouvez en voir la présentation ici dans une vidéo d'une dizaine de minutes extraite d'une émission télévisée, ainsi que sur le site de l'éditeur où les miniatures persanes restent consultables.

         Farîd  od-dîn 'Attâr, poète mystique du XIIe siècle rattaché au soufisme, exprime dans une ode que Leili Anvar énonce à l'occasion d'une conférence (ici) combien il est difficile même à un poète de révéler la puissance de l'amour qui le rattache au Divin, et affirme que pour ce faire, seule conviendrait "la langue des oiseaux".

       C'est la raison pour laquelle il choisira celle-ci pour cette composition magnifique dont je découvre peu à peu les beautés. Avant d'entrer dans le vif de son sujet, un peu à la manière d'Homère qui faisait précéder ses épopées d'une Invocation à la Muse, il s'adresse à Dieu dans le Prologue dont voici un extrait : 

     

    Ô Toi mon Créateur, depuis que je chemine
    J'ai mangé de Ton pain dans Ta Voie, sur Ta nappe

    Et lorsqu'avec quelqu'un on partage le pain
    On est reconnaissant de ce que l'on reçoit

    Alors que dire de Toi, océan de bontés ?
    J'ai tant mangé Ton pain, j'en suis reconnaissant

    Ô Toi, Seigneur des mondes, je ne sais plus que faire
    Tout couvert de mon sang, je rame dans le désert

    Prends-moi par la main, oui, et viens à mon secours
    Ne me laisse pas seul, suppliant comme une mouche

    Toi, pardon des péchés, excuse de mes fautes
    J'ai cent fois brûlé et Tu veux me consumer ?

    J'ai honte devant Toi et tout mon sang bouillonne
    J'ai commis tant de vilenies ! Toi, couvre-les !

    Et dans ma négligence, moi j'ai cent fois péché
    Alors que Toi, Tu m'as couvert de tes bontés

    Jette un regard sur moi, ô Toi qui es mon Roi
    Si Tu as vu en moi le mal, c'est du passé

    C'est par pure négligence que j'ai commis des fautes
    Pardonne mon coeur lourd et mon âme affligée

    Même lorsque mes yeux ne semblent pas pleurer
    Dans le désir de Toi, mon âme est tout en pleurs

    Tout le bien et le mal que j'ai pu faire, Seigneur
    Oui, tout ce que j'ai fait, je l'ai fait à moi-même

    Pardonne mes faiblesses, dans toute leur bassesse
    Absous mes manquements qui sont mon déshonneur !

     

       On est étourdi de l'éloquence du poète dont la parole semble fuser sans aucun frein, d'une manière souvent touchante et presque puérile, mais également impressionné du talent de la traductrice qui, tout en cherchant à rendre au mieux les sonorités, les jeux de mots et les allusions exprimées en persan, a réussi de plus à insuffler à ces distiques le rythme des alexandrins.

     

    La Conférence des oiseaux par Habib Allah

     

     (à suivre ici)

     


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