• Mon Voyage en Afrique noire - 7

     
    Promenades

     

        Les promenades aux alentours du village m'ayant vite déçue à cause des insectes qui pullulaient dans les bois, nous prenions parfois la piste pour retourner à Niamagui, village francophone peu éloigné. Là, Robert entreprenait les jeunes gens désoeuvrés pour qu'ils nous expliquent la vie locale et nous conduisent au fleuve Sassandra, où nous espérions rencontrer des crocodiles, ou qui sait ? Un beau serpent enroulé dans un arbre... Enthousiastes, nos guides évoquaient de dangereux animaux, se risquaient à nous effrayer à l'idée d'âmes défuntes errant sur les eaux ; mais jamais nous ne vîmes rien ! Pas un mouvement, pas un tronc suspect. Le fleuve n'était pas si éloigné du Niamagui. Quelques pirogues s'y trouvaient amarrées, mais on nous interdit formellement d'y mettre le pied : danger !!! L'eau coulait, boueuse sur une largeur qui ne paraissait pas énorme. Mais rien ne nous apparut : c'était peut-être préférable ! "Dans nos  forêts aussi, nous disions-nous, les bêtes se cachent..."

    Mon Voyage en Afrique noire - 7

    Vue du Sassandra vers Soubré

        D'autres fois nous nous rendions à Soubré, empruntant la voiture de Francis à l'aller, et revenant à pied : cela faisait environ deux heures de marche. La piste était jalonnée de marcheurs, voire de cyclistes sur de vieilles bécanes rouillées ; mais c'est surtout entre Niamagui et Amaradougou que l'on voyait passer des femmes,
    par groupes, qui rapportaient leur récolte de palmes sur la tête, dans de grandes bassines, en devisant gaiement et en se dandinant dans leurs robes moulantes et colorées.

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        Soubré était une ville pauvre, faite de baraquements et dont les pistes n'étaient pratiquement pas goudronnées. Mais il s'y trouvait un dispensaire pour les malades et un marché quasi permanent. Peu de choses, dans ce marché, et généralement posées sur des tapis à même le sol ; cependant, nous étions devenus clients et bons amis d'un certain libanais, dont les manières et le parler se rapprochaient des nôtres, et qui nous régalait de petits beignets et de sucreries vraiment délicieuses...


    Valentine de Saint-Michel (= moi) en voyage à Soubré



    Artiste parisien fumeur de pipe à Soubré (= Robert)


        De retour à Amaradougou vers midi, nous retrouvions de nouveaux amis, et notamment, à l'entrée du village, le bon Sékou Traoré, un homme d'une soixantaine d'années au crâne dégarni et toujours vêtu d'une longue robe noire qui paraissait noble et bon, et qui choyait la dernière-née de sa jeune épouse, une toute petite fille en robe rose d'environ dix-huit mois, qui marchait à peine. Nous étions dans le quartier "chic", et ces gens étaient relativement bien vêtus et bien nourris. Cependant, la fillette toussait si fort qu'un jour nous insistâmes pour l'emmener avec nous en voiture à Soubré, de peur qu'elle n'ait la coqueluche. Il n'en était rien ! La jeune mère en fut tout heureuse.
         Au matin, en les quittant pour notre promenade, nous les saluions d'un:
    - Ané ségoma ! (ce qui signifie "bonjour", pour le matin)
    Auquel ils nous répondaient par :
    - Eré silla ? ("as-tu bien dormi ?")
        Et en revenant le midi, nous pouvions dire :
    - Ané télé ! (ce qui veut dire "bonjour", dans la journée).
        Cependant notre vocabulaire ne s'étendit pas trop, en malinké. Nous parvenions à échanger grâce à nos gestes, et parce qu'ils connaissaient tout de même quelques mots de français. Bientôt, Robert fut si familier avec Sékou Traoré que ce dernier insista pour qu'il demeure en Afrique ! Les gens sentaient bien que le rêve de Robert, nouveau Rimbaud, était de s'installer là, loin de toute civilisation.
    - "Reste avec nous ! Lui faisaient-il comprendre. Nous te laisserons une parcelle de terre, que tu défricheras, tu construiras ta case, et tu feras partie du village."
        Ah ! Robert était adopté ! Mais moi je levais des yeux suppliants : surtout avec mon bébé dans le ventre... Et Robert disait : "Non, ce n'est pas sérieux..." Ouf !

        Un jour, Robert obtint je ne sais comment, de Francis ou de Coulibaly, qu'un guide vienne nous chercher pour nous faire voir le point extrême de la piste, qui s'achevait en cul-de-sac : c'est-à-dire l'entrée de la "forêt vierge".


    C'était la tenue permanente de Robert pour "bourlinguer" dans la brousse.
    (On se croirait presque sur un chemin creux en Bretagne, n'est-ce pas ?)

        En effet, après quelques kilomètres et un ou deux villages, la piste cessait, formant une sorte de parking circulaire autour duquel apparaissaient quelques arbres abattus. Nous entrâmes dans la haute broussaille, à la suite du guide armé d'une machette, qui nous expliqua qu'à partir de là il était impératif d'être muni d'une boussole,  car rien ne permettait de se repérer. Cependant la forêt, d'allure plutôt sèche, n'était pas si touffue que cela, et nous pouvions évoluer relativement aisément entre les troncs aux gigantesques racines, suivant parfois des pistes d'animaux, ou écartant les épines des acacias qui nous barraient fort désagréablement le passage.

    Voici quelques vues de cette forêt, trouvées sur internet.

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    La région d'Amaroudougou correspondait exactement à ce type de paysage

     


    Mon Voyage en Afrique noire - 7 
    Et voici l'aspect approximatif du sous-bois,
    mais moins humide dans mon souvenir (c'est peut-être une question de saison ?)
     


         Lorsque nous revînmes à notre point de départ, environ une demi-heure plus tard, j'étais tout de même soulagée de sortir de ce fouillis... Je ne me souviens même pas quelles pistes d'animaux nous avions suivies, car je n'imagine pas les éléphants pénétrer dans un tel embrouillamini de branchages. Ce dont je me souvenais le mieux, c'était des épines, car j'étais pleine de griffures.

     
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 29 Juin 2006 à 12:00
    Heureuse de me remettre dans le bain de ton voyage, ce chapitre me rappelait quelque chose...
    2
    Lundi 9 Janvier à 18:06

    C'était courageux d'entrer dans la forêt !

      • Lundi 9 Janvier à 18:48

        On n'était pas seuls, on avait un guide. Et elle ne m'a pas impressionnée du tout. C'était juste comme un bois à l'état "sauvage". Pas tellement humide. Tiens, je me relis, il y a deux fois "armé" - je corrige.



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