• Mon voyage en Afrique noire - 3

     
    Départ pour la brousse


        Deux jours à peine après notre arrivée, nous partions pour la "brousse".
        - "La brousse ? Mais qu'est-ce que c'est ?"
        - "Eh bien, c'est dans la forêt vierge ! me répondait Robert tout excité. Nous allons vivre dans des villages avec des paysans tout à fait simples ; grâce à Francis, nous allons faire le voyage que personne ne fait : nous allons découvrir l'Afrique profonde !"

        Et voici mes premières photos "perso" : une petite pellicule en noir et blanc...  D'abord, Robert dans la voiture avec Coulibaly, le chauffeur-interprète.
     

    Mon voyage en Afrique noire - 3

    Puis, moi dans la Saharienne...

    Mon voyage en Afrique noire - 3

    (Ah ! nous étions jeunes alors !...)

        Nous partîmes donc vers le nord-ouest, en direction de Soubré, sur les rives du Sassandra. Jusqu'à Soubré, nous avions la route ; mais ensuite, ce fut la piste, une piste rouge (ça ne se voit pas sur la photo), et plus ou moins mauvaise, pleine de trous et de soubresauts (aïe !).

    cote-divoire.jpg

        Voici un aperçu  de notre  périple : d'abord, d'Abidjan à Grand Bassam, vers l'est. Puis vers Soubré, à l'ouest, et ensuite jusqu'aux environs de la croix, vers la frontière du Libéria, par une piste qui s'achevait en cul-de-sac à la grande forêt "vierge" (c'est-à-dire non encore débroussaillée ! d'où le mot "brousse"), après environ quatre villages de planteurs et à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Soubré. 

        Sans doute pour ne pas arriver le soir au village que nous visions, habité par des Malinkés d'origine malienne et musulmans de tradition, qui ignoraient notre langue, nous nous arrêtâmes pour dormir au village juste précédent : Niamagui, habité par des Baoulés parlant français et de tradition chrétienne "animiste".  
        C'était, sur la droite de la piste, un ensemble de cases rectangulaires de torchis (rouges à cause de la couleur de l'argile locale), recouvertes d'une paille gris jaunâtre. A notre arrivée, ce fut une ruée d'enfants qui entourèrent les voitures avec un enthousiasme endiablé. Ils étaient vêtus à l'européenne, très pauvrement, de chemises et de shorts pour les garçons, de petites robes pour les filles. Tandis que Francis, toujours discret, parlementait de son côté en compagnie de son guide avec des gens qui semblaient déjà le connaître, Robert fut immédiatement la cible de toutes les fureurs des petits villageois, à cause de sa caméra dont il s'obstinait à vouloir se servir. Tout le monde voulait être sur la photo ! Très vite, sans se démonter, il commença à leur expliquer qu'il cherchait à filmer des insectes, et leur demanda avec insistance de lui en trouver.
        Dès ce moment, il fut l'objet d'une attention permanente de la jeunesse locale : tout le monde avait une araignée, un scarabée à lui montrer... Et il commença à se promener environné d'une nuée empressée, étiqueté comme un chercheur scientifique en matière d'entomologie africaine. Il est vrai que Robert s'était beaucoup intéressé aux insectes, et qu'il en avait même une certaine connaissance : il avait toujours adoré les collectionner depuis son jeune âge, sous forme naturalisée. Sa passion de "fouilleur-dénicheur" reprenait le dessus, et comme c'était une passion de gamin, il n'était pas étonnant qu'il entraîne avec lui les gamins...!
        On nous montra la case où nous allions dormir : elle était divisée en deux pièces, parmi lesquelles se trouvait une chambre munie d'une porte et d'une fenêtre ; et dans la chambre nous trouvâmes avec bonheur un lit fait de joncs tressés, enveloppé d'une grande moustiquaire. Quel confort ! Je serais bien restée là un moment !... Sauf que le temps y était très, très orageux, et le ciel constamment couvert malgré une chaleur omniprésente.
        Les allées du village, boueuses, étaient en terre battue, et il y courait des chiens efflanqués, des poulets déplumés, et même des chèvres, qui parfois s'affrontaient au grand plaisir des assistants.
        Les visages étaient ronds, bonasses, mais on sentait chez les hommes une habitude de l'alcool et un certain laisser-aller. Les femmes étaient davantage vêtues à la mode africaine, avec une sorte de turban enroulé sur la tête d'où sortait un noeud vers le haut. Je ne savais pas encore que c'était le support nécessaire pour porter des charges sur la tête, ce que ces femmes faisaient constamment : de la bassine d'eau tirée du puits aux branchages pour ranimer le feu, ou même aux épis de maïs ramassés dans champs, tout était porté sur la tête, ce qui leur permettait d'avoir cette magnifique démarche toujours droite et fière.
        Et ces champs ? Et cette forêt ? J'ai bien peu d'images, mais je vais vous en donner une idée avec cette photo :

    Afrique-06.jpg

     

        C'est une villageoise de Niamagui qui ramasse des joncs dans son champ (riz ? Maïs ? Autre ? Je ne sais pas trop) : les champs ne sont jamais que des clairières gagnées par brûlis sur la "forêt" environnante ; mais cette "forêt" elle-même n'est qu'un ensemble de buissons plus ou moins hauts d'où s'élèvent çà et là quelques arbres élancés - palmiers ou autres...
        Cela m'a stupéfiée, moi qui entendais par "forêt vierge" un paysage du type de ceux que l'on voit dans "Tarzan" : la jungle, avec ses lianes... Rien de tout cela ici ! La végétation paraissait plutôt "sèche", et quand je disais naïvement à Robert : "ça ne me dépayse pas des paysages français" il montait sur ses grands chevaux :
        - "Quoi ??? Mais les arbres sont dix fois plus grands ! Regarde !!"
        Et de me montrer de gros "fromagers", dont les énormes racines plongeaient dans la terre en formant un triangle à la base du tronc.
        Cependant je n'étais pas convaincue : "A Fontainebleau, il y a des pins qui sont aussi hauts", affirmais-je. Ça le faisait bien rire...

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 2 Mai 2006 à 12:00
    Quel beau voyage en Côte d'ivoire, on s'y croirait presque la grosse châleur en moins mais c'est un réel plaisir de voyager avec toi, j'espère un jour avoir la chance de visiter quelques pays et de pouvoir faire comme toi, je suis super contente de voir à quel point on peut voyager avec internet, ce n'est pas pareil bien sûr mais au moins on voit du paysage. Mille bisous. A très bientôt.
    2
    Lundi 9 Janvier à 17:51

    Ton récit est passionnant, un vrai plaisir de le lire, surtout quand on connait un peu l'Afrique !

      • Lundi 9 Janvier à 18:37

        Ah ! Tu es gentille.



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