• Le Trésor Caché


            Voici un conte inspiré d'une méditation guidée que l'on m'a fait effectuer en 1991 : la "Méditation du Trésor Caché".

           Elle consistait à visualiser que l'on descendait dans la cave de sa maison, et qu'en y creusant on découvrait un Trésor. Cette trouvaille était sensée représenter notre créativité ignorée, nos dons secrets, et nous permettre d'en prendre conscience afin de l'exploiter.

           Bizarrement le souvenir m'en est revenu, mais tout est devenu différent. 

     

    Tarot de la transformation - Rajneesh

         Je suis un sannyâsin, et depuis vingt ans je sers mon Maître, respectueusement, fidèlement, attentif à ses moindres gestes, à ses moindres demandes.

          Hier enfin, mon Maître m’a confié un tout nouveau travail. Me tendant une pioche, il m’a demandé d’entrer dans la cabane que j’habite et d’y creuser profondément afin de trouver le Trésor qui s’y cache.

          Je me suis empressé de lui obéir. J’ai creusé toute la matinée, et vers midi enfin j’ai déterré un coffre, que je lui ai porté.

          Du bout de sa canne, il a fait sauter le loquet, le couvercle s’est renversé, et sont apparues des pierreries, une couronne et un sceptre.

          D’un regard de feu, il embrasa mon trophée et le réduisit en cendres. « Ce n’est pas cela, me dit- il, creuse encore ». Je retournai donc à la tâche.

         Tout l’après-midi, je m’évertuai à creuser, toujours, toujours plus profond… La sueur coulait sur mes tempes, mes membres et mon dos, et tout mon corps me faisait souffrir. J’étais descendu bien profond déjà quand je découvris enfin une large poche de cuir brune, épaisse et douce.

           Tressaillant de joie, je la lui portai aussitôt. Assis en méditation face au soleil couchant, il ne me prêtait plus attention et c’est avec difficulté que je lui exposai ma trouvaille.



    Le Trésor Caché - dessin de 1991

     

           D’un mouvement de sa canne, il détacha les lacets qui accolaient les peaux et dégagea un cœur vivant, qui battait doucement et régulièrement en émettant chaleur, lumière et harmonie.

          Levant vers moi un œil compatissant, il me dit : « Prends-le, il est à toi. Mais tu n’as pas encore trouvé. Creuse encore. »

         La nuit tombait. Je me sentis plus seul et misérable que jamais. À la fatigue et au découragement s’ajoutaient la honte de ne pouvoir satisfaire mon Maître. Voyant avec désespoir celui-ci se fondre peu à peu dans la nuit je retournai creuser le puits profond qui maintenant avait envahi le sol entier de ma cabane.

         Je creusais plus lentement, épuisé, dans les ténèbres. Je pensais avoir échoué, avoir déçu mon Maître. Seul me tenait en éveil le bruit régulier que faisait ma pioche en frappant la terre. Par moments je dégageais de grosses pierres que je lançais sur le côté. Le temps, dans l’obscurité, s’était comme suspendu. La tristesse et la fatigue mêlaient leurs larmes sur mon visage et mes épaules.

         Soudain, ma pioche me parut m’échapper, elle fut comme aspirée, ne rencontrant plus d’obstacle ! Une béance s’ouvrait sous mes pas... Y avait-il une cavité là-dessous ?

         Voici qu’à chaque nouvel effort la béance s’élargissait, de plus en plus ténébreuse, trahissant une ouverture toujours plus vaste ne laissant paraître aucune transition entre mon argile solide et ce vide inattendu. Un vent venu des profondeurs soufflait vers moi son haleine fraîche, me stupéfiant autant que m’effrayant. Comment cela se faisait-il ? Y avait-il là-dessous un passage ouvrant vers le cosmos, vers l’espace infini ?!

         De peur, je reculai et cherchai à m’agripper aux parois, pour remonter vers la sécurité de ma petite maison. J’étais à bout de forces. Ne comprenant plus rien, je me creusai un nid dans la paroi et m’y blottis pour dormir.

          Ce fut un sommeil profond et pesant. Le mystère et la terreur m’avaient comme englouti. Il ne restait plus rien de mes certitudes et de mes espoirs du passé, ils avaient été détruits par le regard de feu de mon Maître en même temps que le premier coffre. Et quant à ma foi en la possibilité d’aboutir dans ma quête, elle s’était dissoute avec la silhouette du Maître perdue dans la nuit et avait succombé à la vanité de mes efforts.

    ..........……………………………………………………………

         Quand je m’éveillai le Jour se levait, et devant moi la béance ouverte dans la nuit avait pris la forme du Cœur que m’avait rendu mon Maître ; mais cette fois, immense et lumineux, il se dilatait lentement et régulièrement de lui-même, tout en conservant sa pulsation gracieuse et paisible.

         Émerveillé, ébloui, je contemplai l’espace limpide qu’il révélait, s’ouvrant sans cesse davantage vers un abîme de clarté où il me semblait distinguer, sans le voir, le regard rayonnant de mon Maître.

         Bientôt il n’y eut plus de maison, plus de sol, plus de monde, et tournant mon attention vers moi-même, je m’aperçus que je n’avais plus de corps, plus de contours… Toute forme, toute couleur, toute sonorité, toute sensation avaient disparu.

          Qui étais-je ? Où étais-je ?

          Je n’étais plus qu’immensité radieuse.

          Qu’un Cœur souriant à l’Infini.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 19 Septembre 2016 à 11:25

    Bonjour Aloysia, ton histoire est bien jolie et prouve qu'il ne faut jamais baisser les bras, toujours espérer, mais faire l'effort de creuser encore davantage ! Bises

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 13:36

        Tu l'as dit, Danaé ; et pour cela tu es un modèle ! glasses Bisous.

    2
    gazou
    Lundi 19 Septembre 2016 à 14:57

    quel beau texte !

    Je vais le garder précieusement

    Merci !

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 16:31

        Merci Gazou.

    3
    Hélène***
    Lundi 19 Septembre 2016 à 15:30

    Ah, ce Rien Majuscule si plein, si puissant, si doux. Si Nous!

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 16:38

        Si "Nous" !!!!!!!!!!!!!!! money  

         

    4
    Evy
    Lundi 19 Septembre 2016 à 16:41

    ne bien belle histoire bonne journée 

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 16:55

        Bonne journée Evy.

    5
    Lundi 19 Septembre 2016 à 19:35

    Que c'est beau Aloysia ! Surtout la fin...

    Bises du lundi soir

    Béa kimcat

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 20:44

        Bisous du soir, Kimcat.

    6
    Lundi 19 Septembre 2016 à 21:14
    durgalola

    c'est un thème de méditation intéressant ; et dans la fin, tu trouves l'amour infini. Tes mots résonnent avec ceux entendus tout à l'heure, une voisine qui après une chimio, a des rayons tous les jours me disait " les infirmières et les médecins sont si prévenants que je ne pourrais les remercier qu'en leur tendant un plateau de trésors" et elle joignait le geste aux mots. Et ces trésors étaient l'amour tout simplement.

    Bises et bonne soirée 

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 21:22

        Ce que tu dis est magnifique, Durgalola. Plus on souffre et plus on est près de Dieu.

    7
    Lundi 19 Septembre 2016 à 21:16
    durgalola

    ici pas encore besoin de chauffage, mais le chat dort de nouveau à la maison, eh, eh ! et merci d'avance pour tes photos. 

      • Lundi 19 Septembre 2016 à 21:23

        J'ai déjà fait mon tri !

    8
    Mardi 20 Septembre 2016 à 12:13
    Daniel

    Du coup j'ai été cherché ma pelle et j'ai commencé à creuser un trou dans mon jardin. On verra bien ce qu'il adviendra !!

      • Mardi 20 Septembre 2016 à 15:41

        Tu es courageux et pratique, toi, Daniel. Mais de quel jardin parles-tu ? wink2

      • Jeudi 22 Septembre 2016 à 12:02
        Daniel

        Je suis très basique. Je parlais de mon vrai, celui qui est là devant mes yeux.

      • Jeudi 22 Septembre 2016 à 14:32

        Alors tu feras pousser de belles fleurs ! C'est dans "le laboureur et ses enfants" (La Fontaine). happy



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