• Le Son

     

    Jungle

     

     

    Chacun d’entre nous a une voie à trouver.
    Chacun d’entre nous a une voix à entendre...


    Dans la jungle tant de cris se chevauchaient.
    Certains étaient pour moi trop secs
    Et me faisaient l’effet d’une crécelle.
    D’autres étaient trop doux
    Et glissaient sur ma peau  comme un sirop sans goût.
    Parmi les bruits foisonnants
    De cascades, d’oiseaux et de singes hurleurs,
    J’ai marché longtemps à l’aveugle.

    J’ai glissé dans la boue et me suis écorchée
    Aux troncs épineux.
    J’ai dormi sous la canopée,
    À peine protégée des insectes vampires
    Et frémi de reconnaissance quand s’ouvrait un chemin,
    Quand l’éclaircie d’un sommet m’offrait sa parenthèse,
    Une vision plus vaste.

    Et puis tu es venue.
    Et j’ai perçu ce son comme une goutte d’or…
    Un timbre doux et clair,
    Aussi frais qu’un bouton de rose,
    Aussi lumineux et chaud
    Que l’appel nocturne d’une étoile.

    Ce son, j’aurais voulu le boire
    Et suis restée longtemps à te regarder, fascinée
    Par les chatoiements de la bulle scintillante
    Qui parfois s’amplifiait, éparpillant au loin
    Sa longue résonance limpide.

    Puis tu as disparu, me laissant sans lumière.
    Une grande vague est passée, effaçant tout,
    Nettoyant tout,
    Vidant tout de sa substance.
    Immobile et traversée moi-même
    Par ce souffle impérial,
    J’ai entendu le Son projeté en tous lieux.

    Immense et bruissant,
    Il chantait dans les arbres en milliers d’étincelles,
    Il pleurait dans les choses en gouttes d’arc-en-ciel,
    Vibrant à l’infini en ondes tournoyantes
    Et se perpétuant dans un mugissement
    Plus vaste que la mer,
    Il montait et s'enflait majestueusement.

    Glorieux et continu il éclairait le monde,
    Il irisait le ciel, riant, éblouissant,
    Irradiait des senteurs, faisait jaillir des fleurs,
    Roulait dans les abysses
    Et fusait vers les cimes
    En myriades de tintements joyeux.

    Il avait pris ta place.
    Il avait pris ma place.

    Tout était devenu
    D’Airain
    Et d'Or.

     

    Le Son

     

     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 3 Novembre 2016 à 09:42

    Bon jour Aloysia,

    Quand tu ne m'écris pas, je sais que tu "composes" et le résultat est super. J'ai beaucoup apprécié la voie pour arriver à la voix. Bises et merci, je suis en admiration,tu décris si bien les situations !

      • Jeudi 3 Novembre 2016 à 12:18

        Merci gentille Danaé.

    2
    Jeudi 3 Novembre 2016 à 21:41

    C'est joliment écrit Aloysia !

    Je reste sans voix...

    Bises et belle soirée

    Béa kimcat

      • Jeudi 3 Novembre 2016 à 21:58

        Merci Béa ; belle fin de soirée à toi aussi.

    3
    gazou
    Samedi 5 Novembre 2016 à 18:25

    J'aime beaucoup ton poème, je l'ai déjà relu plusieurs fois...Bonne soirée Aloysia !

      • Samedi 5 Novembre 2016 à 19:02

        Merci Gazou... ta lecture me permet moi aussi de le relire... et quoique ayant travaillé dessus très longtemps pour essayer d'exprimer au mieux ce que je ressentais, je le découvre à chaque fois comme quelque chose de neuf...

    4
    Samedi 5 Novembre 2016 à 19:05
    durgalola

    c'est très beau ; aujourd'hui dans le super marché, ils avaient mis le son à fond ; c'était insupportable à écouter, donnant envie de se sauver. Alors tes mots ne sont que douceur et joie. Bises et merci

      • Samedi 5 Novembre 2016 à 19:11

        En effet, ce ne devait pas être agréable... Merci Durgalola de ton appréciation. Ce Son "inaudible" est en effet fait de douceur et de plénitude...

    5
    Hélène***
    Samedi 5 Novembre 2016 à 19:14

    Mes visites sur les blogs sont trop rares, je le sais. Mais comme je suis heureuse de me poser ici, aujourd'hui, et que se glisse sous mes yeux ton écrit. Je le lisais en répétant tout bas "Que c'est beau, mais de qui est-ce cela, que c'est beau!"

    Tu as très bien su dire ton ressenti, mettre des mots, des émotions, sur le ressenti de plusieurs, je crois.

    Je te lève mon chapeau, moi qui n'en porte pas...Brava madame!***

      • Samedi 5 Novembre 2016 à 20:42

        Oh ! non Hélène*** . Ce qui tu écris est tout aussi merveilleux. Cependant le plus merveilleux c'est si cela éveille des échos dans le cœur de ceux qui me lisent. En effet ce que je dis, tout le monde peut l'éprouver, un jour ou l'autre.

    6
    Dimanche 6 Novembre 2016 à 01:23

    Une Illumination, très rimbaldienne d'une certaine façon. Sur ce fil d'or tu danseras d'étoile en étoile.

      • Dimanche 6 Novembre 2016 à 08:45

        Oh ! Rimbaud est toujours très présent dans mon esprit...

    7
    Dimanche 6 Novembre 2016 à 18:27

    Tu as glissé dans la boue, c'est bien car là aussi on peut trouver l'Or alchimique. Très beau poème merci pour ce moment de grâce. Amitiés.

      • Dimanche 6 Novembre 2016 à 20:06

        Merci, Ariaga, pour ce rappel de la boue qui produit l'Or alchimique... smile

    8
    Lundi 7 Novembre 2016 à 10:18

    En te lisant j'ai suivi ton cheminement

    D'abord en cacophonie tous les bruits m'ont assaillie

    Puis comme un don du ciel j'ai entendu chaque son distinctement

    Secs d'abord, puis harmonieux, clair, et en tendant l'oreille, tout en douceur

    Merci de ce plaisir partagé

    Belle journée Aloysia

    Bisous

      • Lundi 7 Novembre 2016 à 14:18

        Belle journée bien au chaud, Océanique. Prends bien soin de toi.

    9
    Jeudi 10 Novembre 2016 à 00:07

    j'adore les deux premiers vers !!!!!je vais me les noter !!!

    besos

    tilk

      • Jeudi 10 Novembre 2016 à 09:12

        Ils n'ont pourtant rien d'extraordinaire ! Merci Tilk, besos !

    10
    Jeudi 10 Novembre 2016 à 11:07

    Au fil de ta vision, j'ai reconnu un peu de mon propre parcours, et ce Son que parfois il me semble avoir perçu. Merci de ce poème, un très beau partage.

    Mes amitiés

    Alain

      • Jeudi 10 Novembre 2016 à 14:11

        Poète comme tu l'es, Alain, je ne suis pas surprise que tu l'aies perçu. smile

    11
    Vendredi 11 Novembre 2016 à 19:14

    Merci pour la petite Jessie... Elle avait des ganglions sous les aisselles et elle s'est mise à tousser dimanche dernier... Le véto n'avait pas laissé trop d'espoir (tumeur sans doute cancéreuse au poumon). Son état a empiré hier et mon oncle et ma tante l'ont veillée toute la nuit. Elle souffrait beaucoup.Ce matin, ils l'ont emmenée pour la piqûre finale...

    Le chagrin est immense pour ma famille. Surtout pour mon tonton avec qui elle avait une grande complicité.

    C'est tellement triste...

    Bisous Aloysia

    Béa kimcat

      • Vendredi 11 Novembre 2016 à 20:10

        En effet, c'est triste quand il y a la maladie et la souffrance. C'est exactement comme pour nous... 

    12
    Lundi 21 Novembre 2016 à 08:54
    Sabine la pèlerine

     Et c'est bien de t'être écorchée puis d'avoir frémi de reconnaissance que tu as pu entendre ce son, frais comme un bouton de rose ...

    Il t'a vidée de tout, te rendant claire, telle une source,  et perméable à toutes les splendeurs de ce monde .....!

    Sublime, ce poème est SU BLI ME !!!

    A très vite, je poursuis ma divine flânerie dans ton univers ..................Sabine

      • Lundi 21 Novembre 2016 à 09:29

        Merci, divine flâneuse... glasses



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