• La Petite Renarde Rusée

     
                Qui connaît « La Petite Renarde Rusée », de Leoš Janáček ?
             C'est pourtant le spectacle que l'Opéra Bastille a choisi de présenter, à l'occasion des fêtes de la Toussaint, et qui a enchanté des milliers de personnes.
              Peut-être, comme moi, certains d'entre vous connaissaient déjà cet opéra charmant de tendresse et de vivacité : il en existait un enregistrement en microsillon, mais auquel je ne comprenais pas grand-chose, car l'intrigue est compliquée et la langue tchèque n'arrange rien.
             Mais peut-être d'autres
    aussi parmi vous ne connaissent même pas Leoš Janáček, ce musicien tchèque considéré comme du XXe siècle, alors qu'il est né en 1854 - avant Debussy (1862) et avant même Puccini (1858) ! Lisez à cet égard l'article de Wikipédia (ici), mais aussi l'excellente étude de Pierre Dupont, médiathécaire (ici).

    Janáček (1854-1928)

           Janáček, doué d'un fort caractère et d'un amour aussi fort pour son pays que pour la nature en général, fut un des pionniers d'une musique nouvelle tout imprégnée de folklore et d'impressionnisme naturaliste. Son style très personnel frappe par une sorte d'acidité qui évoque à la fois la jeunesse d'un vin nouveau et la fraîcheur du printemps.

          Cependant il fallait cette résurrection de « La Petite Renarde Rusée » pour l'apprécier totalement, grâce à une mise en scène délicieuse accompagnée d'un système de « sur-titrage » (les traductions étaient affichées au-dessus de la scène) permettant la compréhension parfaite de tout le texte.
          C'est en l'honneur de l'Union Européenne, et de la prochaine nomination de la Tchéquie à sa tête, que le directeur de notre grande maison musicale a décidé de nous offrir ce cadeau ; et de plus, une dimension insoupçonnée de cette partition nous a été révélée à cette occasion : une très grande part y est faite à l'enfance - à tel point que durant les vacances de la Toussaint l'Opéra Bastille offrait une place gratuite à un enfant de moins de 14 ans pour toute place adulte achetée ! Bien au-delà du « Pierre et le Loup » de Prokofiev, c'est « L'Enfant et les Sortilèges » de Ravel et Colette que l'on retrouve dans cette charmante fable paysanne. Pourtant chacun de ces compositeurs semble bien avoir ignoré l'autre, les deux œuvres ayant été composées sensiblement en même temps : tandis que Ravel écrivit sa pièce entre 1919 et 1925, sur un livret de Colette, Leoš Janáček, lui, composait la sienne entre 1921 et 1923, sur un livret de sa propre plume.
          ... Et avec quel entrain ! Imaginez-vous qu'à l'âge de 70 ans, ce cher musicien venait de tomber amoureux d'une jeune femme de 32 ans ! Toute la jeunesse lui souriait, en la personne de cette petite fée fragile et séduisante qui semble bien avoir été dans son esprit le prototype du personnage de la Renarde. Et lorsque nous voyons le garde-chasse (qui a le rôle principal) rêver dans la campagne en parlant de sa nuit de noces, nous pensons bien que l'auteur s'identifie à lui.
           Cependant, l'idée première du livret a été inspirée à Janáček par une bande dessinée qui passait par épisodes dans le journal local et narrait les aventures rocambolesques d'une renarde comparable à notre goupil du moyen âge, sorte de personnification de l'irréductible campagnard qui sème la panique chez les bourgeois bien assis et leur tire sa révérence en beauté.

           
    Ici la renarde a chassé le blaireau de son terrier et y invite tous ses amis (voyez les mouches et l'escargot, avec un moustique au fond à gauche)
     

           D'où la complexité de la pièce, qui se déroule en plusieurs tableaux, tous coupés d'intermèdes musicaux durant lesquels les décors sont déplacés derrière un rideau rigide que le metteur en scène, André Engel, a fait orner de dessins enfantins illustrant les différents épisodes du récit. Et que dire des innombrables animaux qui peuplent la pièce ! Énorme masse de figurants, qui souvent ne chantent pas, mais ont pourtant un rôle important par leur présence et leur jeu : comme des moustiques, une sauterelle et un grillon, une libellule, un cerf et deux chevreuils, une chèvre et un bouc, une truie et son porcelet, un vache et son veau, des poules et un coq... Beaucoup d'enfants parmi ces figurants, et toujours magnifiquement grimés (une heure pour chaque maquillage paraît-il !).
     
     


    Le pivert publie les bans devant le cerf, les chevreuils, le scarabée, le hérisson, la chèvre et le bouc. Je ne vous ai pas parlé de l'histoire d'amour entre la Renarde et le Renard (il y aurait tant à raconter !) mais c'est l'un des sommets de l'oeuvre (acte II)
     

    Ici la renarde, que le garde-chasse a capturée toute petite et amenée chez lui, sème la zizanie parmi les poules qu'elle appelle à se révolter contre le coq, en championne de l'émancipation féminine. (C'est après cet esclandre qu'elle s'enfuira et retrouvera sa liberté)


         À côté d'eux, qui évoluent dans un champ de tournesols symbolisant la nature, transpercée par une ligne de chemin de fer qui traduit l'intrusion brutale de l'homme dans cet innocent paradis, on voit aussi évoluer des personnages humains : le garde-chasse bien sûr, personnage principal amoureux du grand air et des animaux, et qui fait tout sauf chasser (il préfère dormir  au soleil en écoutant la sérénade des mouches et des grillons), mais aussi l'instituteur qui cache ses amours malheureuses, et le curé qui déteste les femmes et parle latin et grec (il cite même l'Anabase de Xénophon dans le texte !)... Sur un fond de ciels superbes (successivement d'azur, de rouge du couchant ou de rouge du levant, noir d'encre pour la nuit puis paré d'une magnifique pleine lune, et enfin tout blafard un jour de neige), la nature vire de l'été à l'hiver, le champ de tournesols disparaît pour laisser place à une seule voie ferrée tout enneigée.


    Première apparition de la Petite Renarde, bébé, qui découvre la grenouille
     

          Enfin, je n'en finirais pas de vous mettre l'eau à la bouche, mais savez-vous pourquoi je le fais ??
          Parce que cet opéra, vous pouvez le visionner intégralement et gratuitement, avec tous ses sous-titres, en ligne jusqu'au 31 décembre sur le site suivant :
    (où vous trouverez aussi un film sur « les coulisses du spectacle » et une interview du metteur en scène), et peut-être encore mieux sur celui-ci :
         
        
    En effet France 2 a procédé à l'enregistrement vidéo de la pièce le 4 novembre dernier, mais il semble exclu qu'elle en produise un DVD... Quel dommage ! Espérons que la chose se fera tout de même car cet enregistrement, qui est une grande première, est une réussite totale, et les salles combles que n'a pas cessé de faire l'Opéra Bastille (des cars entiers amenaient le public éloigné) en prouvent l'utilité.(2)
         Quoi qu'il en soit France Musique présente demain vendredi 14 novembre une émission entièrement consacrée à
    Janáček : de 13h à 14h30, « Grands Compositeurs », et retransmet l'opéra dans son intégralité lors de sa « Soirée Lyrique » ce samedi 15 novembre, de 19h à 23h (voir ici).
           ... Et une bonne nouvelle : France 2 nous promet la retransmission intégrale de la Petite Renarde Rusée («
    Příhody Lišky Bystroušky ») pour 2009 ! Alors, préparez-vous et guettez ! (voir ici  en petit juste  avant la photo).(3)

            Enfin, pour un aperçu musical, des extraits sont disponibles sur Youtube, parmi lesquels des passages d'un dessin animé qui avait été réalisé autrefois en anglais, sous le titre « The cunning little Vixen ». 
         Voici la version de concert.

     
     


     
     

  • Commentaires

    1
    Lundi 17 Novembre 2008 à 12:00
    Amitiés d’un petit poète qui s’enquiert de toute lumière…et vous convie au partage des émotions…


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