• La Lune


         Ce soir, dans le train qui me ramenait de Paris, je n'avais pas de Wifi pour pouvoir vagabonder sur les blogs et picorer vos textes ou griffonner les miens. La nuit étant tombée, profiter du paysage comme le matin était exclu.

         Je m'enfonçai donc dans mon siège confortable, car j'avais eu la chance d'obtenir un billet de première classe et m'étais éloignée de la salle déjà bondée pour m'emparer d'un compartiment vide.

             C'est alors que j'aperçus par la vitre noire située sur ma gauche la bille ronde de la lune totalement pleine... Non pas cette lune sophistiquée que je trouve partout quand j'en cherche une image, car elle est prise au télescope, ni le ballon blanc lumineux que l'on obtient par une photo classique, mais la vraie lune, cette tête de Pierrot un peu perdu, un peu triste, qui rappelle la chanson inversée, de celui qui frappe à la fenêtre en disant "Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu" !

     

    La Lune

      

         Dans l'incapacité de la trouver, j'ai dû vous faire ce dessin, très approximatif.

     

          Et elle glissait comme cela à la dérive dans les reflets du compartiment, prête à sombrer hors de l'espace blanc délimité par la projection du plafond, puis resurgissant indemne dans un lac de ténèbres, et je me plaisais à la suivre du regard en songeant aux "méditations de Pleine Lune" que nous avions appris à pratiquer à la Voie de la Lumière*, à partir des études de Pierre Lassalle qui était initialement astrologue : ces méditations étaient de véritables outils de travail sur soi (à réaliser seul chez soi du reste), dont le but était d'utiliser les énergies liées au signe astrologique dans lesquels s'opposaient le soleil et la lune pour une transmutation. Le Soleil, représentant l'Âme (ou le Soi) était la direction à observer tandis que la Lune, représentant la personnalité (ou ego) était ce dont on devait se détacher. Cette position d'extrême opposition était l'occasion d'un effort alchimique sur soi-même, en dirigeant sa pensée.

          À quelle pleine lune avions-nous affaire ce soir ? Rien moins qu'à celle du Scorpion ! Ce qui signifiait que le Soleil était bien en Scorpion, mais que la Lune par conséquent devait se situer en Taureau. Brûlant programme, car en signes fixes** il imposait le détachement de toute possession matérielle mais aussi de tout lien affectif. Mais je ne me souvenais plus bien des directives indiquées et songeais plutôt à ma préoccupation du moment : la lune était la personnalité manifestée, le Taureau représentait l'univers matériel et particulièrement le corps, tandis que le Soleil en Scorpion attirait systématiquement vers le dépassement de soi, la transformation par la mort de tout ce qui est inutile ou erroné, le dépouillement.

    (Paul Sauvanet*** : Ce que m'a dit le Temps, début ;
    tiré de "Le Songe du Temps", Les Voiles d'Or, 1991) 


         Je ne pus m'empêcher d'aller chercher la musique superbe de Paul Sauvanet pour accompagner cet instant, qui m'emplissait d'émotion tant ce reflet éploré semblait précipité, comme une feuille morte, vers le néant. Et pourtant ne le souhaitais-je pas vivement, cet effacement de l'ego ? Ce n'était plus alors qu'une bulle à la dérive, prête à l'éclatement, proche de la noyade... et qui bientôt disparut dans un nuage blanc ; sans cris et sans larmes, pof ! comme ça d'un seul coup. 

         Et moi, je notais tout cela sur un petit calepin qui m'avait été offert par l'association JALMALV : Jusqu' À  La Mort Accompagner La Vie ; et je me disais : « accompagner la vie  » jusqu'à la mort, ou au-delà ? En effet, qu'est-ce qui meurt ? Certainement pas la vie, en tous cas !


        La lune avait disparu mais j'étais toujours là... Comme le Lotus présent sur le logo de JALMALV.

    JALMALV - logo

     

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    * Voie spirituelle créée en 1989 par Pierre Lassalle, et dont l'appellation m'avait séduite.
    ** On appelle "Signes fixes" les signes de milieu de saison, qui entraînent des personnalités très stables mais aussi s'attachant fortement et difficiles à faire varier ; à la différence des "signes cardinaux", de début de saison qui marquent des personnalités créatives, actives et portées à entraîner les autres, ou des "signes mutables", de fin de saison, qui marquent les personnalités souples et réceptives, parfois fragiles mais aptes à évoluer ou à s'adapter.
    *** Paul Sauvanet, musicien de formation classique ayant étudié également la musique électroacoustique puis la pratique des synthétiseurs.


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