• La Fin des Mots

     

    Caspar David Friedrich
    Voyageur contemplant une mer de nuages
    Caspar David Friedrich, 1818

     

     

    Il arrive un moment où les mots sont comme  des fils qui s’entremêlent
    Et s’entrelacent et s’entrenouent jusqu’à ne plus former qu’amas inextricables ;

    Il arrive un moment où les mots sont comme des arrêtes de roches auxquelles on s’agrippe,
    Et qui vous blessent et vous lacèrent jusqu’à vous laisser ensanglanté à flanc de falaise ;

    Il arrive un moment où les discours ressemblent aux aboiements de chiens
    Qui s’acharnent et s’acharnent à faire le plus de bruit possible,
    Montrant les dents, grognant et frémissant de haine…

    Car nos pensées sont semblables à ces chiens qui crient sur tout ce qui passe,
    Et nos paroles, à ces lambeaux de peau inutiles dont se débarrassent les serpents.

    Telles des nuées, laissons passer ces tumultes irraisonnés,
    Paroles, discours, lectures, pensées,
    Tout ce fatras de n’importe quoi qui vente à notre porte,
    Chassant la feuille morte… 

    Si haut, le sifflement du Dragon d’Air
    Qui plane suspendu dans l’Espace infini !

    Là où s’arrête le chemin pentu
    Dont les chaînes cliquettent encore à nos pieds écorchés
    S’ouvre un Silence inconcevable.

    Ce Silence est Appel ;
    Ce Silence est Abîme ;
    Mais
    Plonger n’est pas possible en vêtement de chair.

    Il se peut cependant qu’un Souffle des hauteurs
    Dissolve peu à peu cette forme imprécise,
    Et que dans un brouillard lentement dispersée
    Elle s’efface enfin dans l’Éclat du matin...

    Ou si le Dragon d’Or enfin se déchaînait
    Et soufflait son Néant éblouissant d’Amour,

    Peut-être l'entendrait-on pour la première fois,


    Le Chant des Profondeurs !...

     

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 8 Février 2016 à 08:51

    Coucou Aloysia,

    Comme c'est bien le silence !

      • Lundi 8 Février 2016 à 09:43

        C'est le repos...

    2
    Lundi 8 Février 2016 à 09:31

    Des mots qui arrivent....couche-les, chante-les....tricote-les...

    fais quelque chose mais ne les gaspille pas

      • Lundi 8 Février 2016 à 09:43

        Il faudrait savoir seulement les écouter ! Mais on peut aussi les collectionner en effet... smile Merci Fontaine.

    3
    Lundi 8 Février 2016 à 15:39
    Daniel

    Moi je suis du genre taiseux ! Je n'aime pas beaucoup parler. Je préfère la musique du silence....Les mots sont souvent là pour ne rien dire !

      • Lundi 8 Février 2016 à 16:33

        Et tu as bien raison... Je dois apprendre à écouter... 

    4
    Lundi 8 Février 2016 à 16:20

    La fin des mots   Ou la fin des maux ?   Un p'tit bonjour une fois...
    Jean

      • Lundi 8 Février 2016 à 16:34

        happy  Oui, Jean, c'est ce qu'on me disait à l'instant !! Evidemment, surtout dans le cas que j'évoque, les deux sont très proches !... Bises.

    5
    Lundi 8 Février 2016 à 20:29

    j'aime bien ton texte (un poème) ; les mots sont une nourriture et comme toute nourriture, elle doit être digérée et mêlée aux autres nourritures. C'est l'ensemble qui nous nourrit. Bises 

      • Lundi 8 Février 2016 à 21:53

        Une nourriture ? Il faut que tu m'expliques ça... eek

    6
    Mardi 9 Février 2016 à 15:52

    et bien ici,  les mots sont une nourriture ... les mots ne sont pas tout, cependant ils nous permettent d'échanger et cela  est  ainsi nourriture. Bises 

     

      • Mardi 9 Février 2016 à 16:17

        Oui, ils permettent d'échanger, ils sont donc du domaine du mental, pas de la nourriture ?

    7
    gazou
    Mardi 9 Février 2016 à 19:55

    en ce moment je suis affamée de silence..;

    mais j'ai aussi besoin de mots, quelques mots seulement , quelques mots justes..qui disent exactement ce qui vit en moi

      • Mardi 9 Février 2016 à 21:28

        Quand on trouve les bons mots, et qu'il y en a peu, c'est bien ; en effet on ne peut s'en passer bien sûr... Bises, Gazou.

    8
    Mercredi 10 Février 2016 à 11:58

    J'aime la chute de ton poeme...Merci Aloysia

      • Mercredi 10 Février 2016 à 14:42

        Merci de l'aimer, Marlène... smile

    9
    Mercredi 10 Février 2016 à 14:04

    Bonjour, merci pour ce texte qui accroche bien dès le départ ("les mots sont comme  des fils qui s’entremêlent

    Et s’entrelacent et s’entrenouent jusqu’à ne plus former qu’amas inextricables"). D'où l'importance du silence, pour prendre le temps de les démêler. 

      • Mercredi 10 Février 2016 à 14:42

        Tu dis vrai, Mireille... Car des mots, de toutes façons, il y en aura toujours !

    10
    Jeudi 11 Février 2016 à 01:39

    Nous savons bien qu'au-delà des mots se tient la vérité. Mais nous n'avons pour la saisir que nos pauvres mots. 

    Il me semble pourtant que la poésie leur ajoute cette lumière et ces ombres qui les approche de l'au-delà.

      • Jeudi 11 Février 2016 à 09:36

        Oui, même si le Silence appelle, ici nous n'avons que les mots pour le traduire. Et les tiens sont souvent très puissants à cet effet... Merci Carole.

    11
    Jeudi 11 Février 2016 à 05:45

    "Car nos pensées sont semblables à ces chiens qui crient sur tout ce qui passe,
    Et nos paroles, à ces lambeaux de peau inutiles dont se débarrassent les serpents."

    coucou matinal,

    Un texte magnifique, plein de vérités. Il m'a beaucoup touchée.

    bises

    smile

      • Jeudi 11 Février 2016 à 09:37

        Tu as senti qu'il y avait du "vécu" ? happy  Quand les chiens aboient trop fort, c'est assez pénible...  Bises, chère Martine.

    12
    Dimanche 21 Février 2016 à 18:56

    Faisons attention au pouvoir des mots . Il y en a des lumineux qui nous élèvent , des mots qui fortifient , qui nourrissent , et d'autres qui blessent , qui tuent . Alors écoutons dans le silence leurs vibrations et nous serons alors en faire des cadeaux . Bonne soirée 

      • Dimanche 21 Février 2016 à 19:33

        Oui, Arlette, tu as raison.

    13
    Samedi 27 Février 2016 à 10:09

    C'est dans le silence que je puise l'inspiration. Je ne le remplis pas assez souvent de musique. Je me contrains à sortir de ma bulle pour avoir une vie sociale. Cela fait beaucoup de "je". Ne serais-je pas un individu trop isolé qui n'aime que le contact des mots et celui de la nature, évitant ainsi de se plier au monde, de vivre des frictions, des contrariétés ?

      • Dimanche 28 Février 2016 à 20:29

        Nous sommes tous des individus, avec nos tendances inscrites dans nos gênes et dans notre histoire personnelle. Lorsque l'on cherche cependant la vérité sur notre nature profonde, nous devons tout oublier : que nous soyons blancs, noirs, verts ou bleus, il ne reste que ce qui ne peut être nommé ni identifié.



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